« 21 rue la Boétie », ou la fascinante histoire du grand-père d’Anne Sinclair
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« 21 rue la Boétie », ou la fascinante histoire du grand-père d’Anne Sinclair

Présentée début 2017 au Musée Maillol à Paris et probablement ultérieurement à Tel-Aviv, l'expo retrace la vie de ce découvreur de talents aussi connus que Picasso

Vernissage de l'exposition "21 rue de la Boétie" sur le légendaire vendeur d’œuvres d'art français Paul Rosenberg (1881-1959), au musée de la Boverie à Liège, en Belgique, le 21 septembre 2016. (Crédit : AFP/John Thys)
Vernissage de l'exposition "21 rue de la Boétie" sur le légendaire vendeur d’œuvres d'art français Paul Rosenberg (1881-1959), au musée de la Boverie à Liège, en Belgique, le 21 septembre 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

Ami et agent de Pablo Picasso ou encore d’Henri Matisse, Paul Rosenberg (1881-1959) fut l’un des marchands d’art les plus influents de l’entre-deux-guerres. Une riche exposition, tirée du livre « 21 rue la Boétie » écrit il y a quatre ans par sa petite-fille, Anne Sinclair, lui est consacrée à Liège (Belgique).

« Mon grand-père a été l’un des découvreurs de Picasso, de Matisse, de Braque, de Léger… Et les a accompagnés, beaucoup. Il était non seulement un galeriste, un marchand, mais il était un ami de ces peintres qu’il admirait par dessus tout. Lui se considérait comme un passeur, un entremetteur, un accoucheur », a expliqué à l’AFP la journaliste française lors de l’inauguration mercredi de l’exposition.

Accueillie jusqu’au 21 janvier dans l’écrin de La Boverie, le musée des Beaux-Arts de Liège, elle propose une soixantaine d’œuvres passées par la galerie de Paul Rosenberg au 21 rue La Boétie, dans le 8e arrondissement de Paris, entre sa fondation en 1910 et sa réquisition par les nazis sous l’Occupation. Ou par sa galerie de New York, où la famille s’est exilée au début de la Seconde Guerre mondiale et où est née, en 1948, Anne Sinclair.

Ces Picasso, Braque, Matisse, Léger, Marie Laurencin, Degas, etc., sont exceptionnellement réunis dans les salles lumineuses du musée liégeois, récemment rénové, grâce aux prêts de musées prestigieux (MOMA de New-York, National Gallery de Washington, Centre Pompidou de Paris…) et de richissimes collectionneurs.

Assaut contre l’art ‘dégénéré’

La journaliste française Anne Sinclair, petite-fille du légendaire vendeur d’œuvres d'art français Paul Rosenberg (1881-1959), au vernissage de l'exposition sur sa vie, "21 rue de la Boétie" au musée de la Boverie à Liège, en Belgique, le 21 septembre 2016. (Crédit : AFP/John Thys)
La journaliste française Anne Sinclair, petite-fille du légendaire vendeur d’œuvres d’art français Paul Rosenberg (1881-1959), au vernissage de l’exposition sur sa vie, « 21 rue de la Boétie » au musée de la Boverie à Liège, en Belgique, le 21 septembre 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

Ils y côtoient neuf chefs-d’oeuvre (Picasso, Chagall, entre autres) acquis par la ville de Liège en 1939 lors d’une vente publique organisée à Lucerne, en Suisse, par le régime nazi.

Pour Paul Rosenberg, Français de confession juive, il n’était pas question de profiter de cette occasion pour faire des affaires, souligne Anne Sinclair qui, petite fille, accompagnait son grand-père dans les musées ou chez Picasso, et dont Marie Laurencin a tiré un émouvant portrait, exposé à Liège.

« Mon grand-père était en lutte contre la conception nazie de l’art, dit ‘dégénérée’. Pour Hitler et ses sbires, la peinture, la sculpture… C’était l’art germanique traditionnel. Tout ce qu’ils appelaient dégénéré, des impressionnistes aux cubistes, de Renoir à Picasso, c’était de l’art à détruire », souligne la journaliste.

Une importante section de l’exposition met en exergue l’opposition frontale entre ces deux conceptions de l’art.

« La famille Soler », par exemple, témoignage exceptionnel de la « période bleue » de Picasso datant de 1903, propriété du musée liégeois, resplendit de modernité aux côtés de la sombre et académique toile « Famille de paysans de montagne » de l’obscur Rudolf Otto (1887-1962).

En 1940, Paul Rosenberg et sa famille parviennent à rejoindre les Etats-Unis en passant par Bordeaux. En chemin, le galeriste laisse une partie de sa collection dans les coffres d’une banque de Libourne (sud-ouest de la France).

Le combat de la restitution

Mais les coffres sont forcés en 1941, alors que Paul Rosenberg est déchu de sa nationalité française par Vichy, et les oeuvres pillées pour rejoindre la collection d’Hermann Göring. Cruauté de l’histoire, la galerie de la rue La Boétie accueillera les expositions antisémites de l’Institut d’Etude des Questions Juives jusqu’à la Libération.

Depuis sa nouvelle galerie à New York, où il contribue à faire de la « Big Apple » le nouveau centre mondial du marché de l’art, Paul Rosenberg et ses proches engagent alors la lutte pour la restitution des oeuvres pillées, avec le soutien de la France et de la Suisse.

Cartes à l’appui, l’exposition retrace en particulier les vicissitudes d’une toile de Matisse, « Robe Bleue dans un fauteuil ocre », achetée au peintre en 1937, volée par les nazis à Libourne avant de passer de mains en mains et de finir dans un musée d’Oslo. Elle n’a été rendue à la famille Rosenberg qu’en 2014.

Vernissage de l'exposition "21 rue de la Boétie" sur le légendaire vendeur d’œuvres d'art français Paul Rosenberg (1881-1959), au musée de la Boverie à Liège, en Belgique, le 21 septembre 2016. (Crédit : AFP/John Thys)
Vernissage de l’exposition « 21 rue de la Boétie » sur le légendaire vendeur d’œuvres d’art français Paul Rosenberg (1881-1959), au musée de la Boverie à Liège, en Belgique, le 21 septembre 2016. (Crédit : AFP/John Thys)

« Il y a encore une cinquantaine de toiles dans la nature, mais ils ont à peu près reconstitué la collection », se réjouit Anne Sinclair.

L’exposition « 21 rue la Boétie » sera présentée début 2017 au Musée Maillol à Paris et probablement ultérieurement à Tel-Aviv.

Renseignements: http://www.21ruelaboetie.com

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