La recherche génétique affirme tracer les mystérieuses origines des Druzes d’Israël
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La recherche génétique affirme tracer les mystérieuses origines des Druzes d’Israël

Une étude portant sur le génome à l’aide de l’outil ‘GPS’ controversé suggère que cette minorité religieuse a migré au Levant depuis les montagnes de la Turquie et de l’Irak. Selon son auteur, des similarités existent avec les Juifs ashkénazes

Ilan Ben Zion est journaliste au Times of Israel. Il est titulaire d'une maîtrise en diplomatie de l'Université de Tel Aviv et d'une licence de l'Université de Toronto en études du Proche-Orient et en études juives

Des Druzes israéliens du village de Yarka se rendent à une manifestation pour soutenir leurs frères en Syrie menacés par les combats entraînés par la guerre civile, le 14 juin 2015. (Crédit : Basel Awidat/Flash90)
Des Druzes israéliens du village de Yarka se rendent à une manifestation pour soutenir leurs frères en Syrie menacés par les combats entraînés par la guerre civile, le 14 juin 2015. (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

Les chercheurs pourraient avoir dénoué une partie du mystère de l’histoire et de la généalogie de la communauté religieuse des Druzes.

Une étude israélienne portant sur l’origine génétique des Druzes et publiée la semaine dernière dans les rapports scientifiques de Nature pourrait venir éclaircir l’histoire et la généalogie de cette discrète secte religieuse.

Les chercheurs ont examiné un échantillon de gènes issus des 13 000 membres Druzes du pays pour tenter de mieux comprendre les origines de ce groupe.

Les Druzes constituent une petite minorité – moins de 10 % de la population arabe israélienne. Environ 138 000 Druzes – sur une population estimée à 2,3 millions – habitent en Israël.

La Syrie en accueille un demi-million et le Liban 250 000.

Israël a reconnu les Druzes comme communauté religieuse distincte en 1956. Depuis, ces derniers sont soumis au service militaire obligatoire au sein de l’armée israélienne.

Cette religion est née d’une scission avec l’islam chiite au 10e siècle après l’ère commune et s’est répandue dans la région du Levant au cours du siècle suivant.

Ses croyances et ses pratiques sont gardées secrètes par ses disciples mais ses principes théologiques découlent de l’islam, du judaïsme, du zoroastrisme, du christianisme et de divers autres systèmes de foi. L’un des aspects du Druzisme, jusqu’à une période récente, était l’endogamie stricte – le mariage au sein du clan – une pratique amorcée aux environs du 12e siècle.

Selon des auteurs druzes qui l’ont écrit des centaines d’années plus tard, la persécution des fidèles entre 1021 et 1042 a causé le départ de cette communauté des villes du Levant. Elle a alors trouvé refuge au Liban, en Syrie et au nord d’Israël, où elle vit encore aujourd’hui.

“Les origines raciales des Druzes ont été souvent l’objet de spéculations sauvages au fil des années, a noté Kais Firro, historien à l’Université d’Haifa dans son livre A History of the Druzes publié en 1992.

Les théories des origines ont varié, pour certaines ‘naïves et étranges”, pour d’autres “curieuses et amusantes”, notamment “Araméennes, Arabes, Samaritaines, Cuthites, Hivites, Arméniennes, les Perses, Turques, plus étrangement Françaises et Anglaises, et même Tibétaines”, a-t-il écrit.

Eran Elhaik (Crédit)
Eran Elhaik (Crédit)

La nouvelle étude, supervisée par le généticien des populations de l’Université de Sheffield Eran Elhaik, a cherché à écarter les théories les plus douteuses en utilisant l’outil de structure de population (GPS), un algorithme qui tente d’identifier les origines d’une une population sur la base de son code génétique.

Elhaik explique que la technique “fonctionne de manière similaire au satellite de navigation de votre voiture” mais pour retrouver les généalogies.

La méthode implique la recréation d’un patrimoine génétique à travers le monde, puis à comparer les empreintes digitales des individus pour trouver une population correspondante.

En analysant l’ADN des Druzes israéliens et en le testant sur différentes populations dans tout le Moyen-Orient, Elhaik et ses collègues se sont efforcés de déterminer les origines de cette population.

La méthode GPS d’Ehlaik reste controversée.

Au début de l’année, l’étude d’Elhaik qui soulignait une trace des premiers Juifs ashkénazes dans ce qui est aujourd’hui la Turquie, soutenant une théorie également source de polémique sur les origines de la langue Yiddish, avait été dénoncée par certains spécialistes.

Les nouvelles conclusions de l’étude ont indiqué que les Druzes étaient étroitement liés aux régions voisines arabes de Syrie, du Liban et de Palestine, ainsi qu’aux Arméniens.

Mais les données GPS ont expliqué que les “tous premiers Druzes ont émergé des tribus turco-arméniennes résidant dans le Zagros et dans les montagnes environnantes avant la fin du premier millénaire” et qu’ils se sont ultérieurement mélangés aux populations syriennes en migrant au Levant.

Les auteurs ont postulé que les habitants turco-arméniens des montagnes qui se situent sur ce qui est actuellement la frontière turco-irakienne se sont ensuite étendus vers la Syrie, le Liban et Israël parallèlement aux Turcs Selçuk après la bataille de Manzikert en 1071.

“Même si elles n’étaient pas activement encouragées par les autorités religieuses, les registres historiques anciens et modernes ainsi que nos découvertes génétiques suggèrent qu’il est très probable que certaines conversions à la foi Druze ont été autorisées après le 11e siècle après Jésus-Christ”, expliquent les auteurs.

« Les efforts de conversion peuvent avoir perduré à petite échelle jusqu’à ce que des opérations régionales similaires aient attiré l’attention des gouvernements locaux, obligeant les Druzes à mettre un terme à leur travail de conversion ».

Dans un article concernant cette recherche publié la semaine dernière dans Scroll.in, Elhaik clame que la proximité génétique des Juifs ashkénazes et des Druzes est appuyée par ses deux recherches qui, cette année, indiquent l’origine turque des deux populations.

“Nos découvertes expliquent une saga de 1 000 ans. Celle de deux peuples qui vivaient côté à côte sur ces terres », écrit Elhaik. Les Juifs ashkénazes sont partis vers le nord et vers l’ouest, affirme-t-il, et les Druze se sont dirigés vers le sud, « avant que les deux populations ne se réunissent des centaines d’années plus tard » au sein d’Israël à notre époque contemporaine.

“Et même si à ce moment-là, aucun d’entre eux ne pouvait se souvenir de partager des origines communes, les deux ont pourtant conservé la preuve de ce partage dans leurs gènes”, a déclaré Elhaik.

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