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Opinion

La vacance de la maison du Premier ministre risque-t-elle de devenir une métaphore ?

Naftali Bennett - métaphoriquement parlant - ne devrait-il pas plus clairement habiter sa fonction ?

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

  • Un groupe d'Israéliens lisent la plaque sur le mur de Beit Aghion, la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 24 décembre 2021. (Crédit :  David Horovitz / Times of Israel)
    Un groupe d'Israéliens lisent la plaque sur le mur de Beit Aghion, la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)
  • Une porte de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)
    Une porte de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)
  • Un rideau noir poussé sur le bord d'une structure en métal en haut de la rue Smolenskin et qui mène à la résidence du Premier ministre, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)
    Un rideau noir poussé sur le bord d'une structure en métal en haut de la rue Smolenskin et qui mène à la résidence du Premier ministre, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)
  • Le portail situé en haut de la rue Smolenskin qui mène à la résidence du Premier ministre, le 24 décembre 2021. (Crédit :  David Horovitz / Times of Israel)
    Le portail situé en haut de la rue Smolenskin qui mène à la résidence du Premier ministre, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)
  • Des passants rue Smolenskin, dans la section interdite aux voitures qui mène à la rue Balfour, le 24 décembre 2021. (Crédit :  David Horovitz / Times of Israel)
    Des passants rue Smolenskin, dans la section interdite aux voitures qui mène à la rue Balfour, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)
  • La vue sur la rue Balfour du haut de la rue Smolenskin, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)
    La vue sur la rue Balfour du haut de la rue Smolenskin, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)

Pendant des années, le secteur qui entoure l’intersection entre la rue Balfour et la rue Smolenskin a été un territoire contesté, parfois même de manière violente.

Au paroxysme des mouvements d’opposition au mandat du Premier ministre Benjamin Netanyahu, des dizaines de milliers de personnes y affluaient pour réclamer sa démission en raison de sa corruption présumée et d’une multitude d’autres malversations supposées. Ses critiques et ses partisans se faisaient face au cours de sit-in ou autres rassemblements, les uns à côté des autres, sur la rue Balfour. La police intervenait à cheval ou en utilisant des canons à eau pour disperser les mouvements anti-Netanyahu, considérant qu’ils étaient restés au-delà du temps permis ou qu’ils avaient franchi le périmètre autorisé.

Le couple Netanyahu s’était plaint des incitations à la haine à son encontre. Les voisins, pour leur part, avaient dénoncé la foule et le bruit. Les tribunaux avaient consacré des audiences aux plaintes déposées par certains groupes qui réclamaient l’interdiction ou le déplacement des manifestations, et celles de ceux qui cherchaient, au contraire, à encore les élargir.

Dans les périodes où les rassemblements sociaux majeurs avaient été largement interdits aux Israéliens pour cause de pandémie, les attroupements de la rue Balfour étaient restés les seuls, à Jérusalem, où les protestataires avaient conservé le droit de se regrouper – le droit à manifester, quoique limité, restant supérieur à l’impératif d’empêcher la propagation d’un virus meurtrier.

Suivant les règles de distanciation sociale, les manifestants rassemblés pour réclamer la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence officielle, le 24 septembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pas de tel spectacle si, d’aventure, vous vous rendez aujourd’hui au carrefour entre la rue Balfour et la rue Smolenskin.

Les manifestants, leurs tentes et leurs pancartes, sont partis. Les policiers ont également déserté les lieux. La famille Netanyahu est elle aussi partie, un départ récalcitrant qui a eu lieu au mois de juillet, presque un mois après que le Premier ministre a perdu le pouvoir.

Et les occupants désignés, les premiers occupants de l’ère post-Netanyahu du 9, rue Smolenskin – un bâtiment mieux connu sous le nom de Beit Aghion et, depuis le milieu des années 1970, sous celui de résidence du Premier ministre – n’ont jamais emménagé.

Naftali Bennett et son épouse, Gilat, ont en effet décidé de rester dans leur habitation de Raanana, à proximité des écoles de leurs quatre enfants – où Naftali Bennett est resté ces derniers temps en quarantaine, sa fille ayant contracté la COVID-19.

La vue sur la rue Balfour du haut de la rue Smolenskin, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)

Le Premier ministre Naftali Bennett a bien fait une apparition à la résidence en date du 1er décembre, distribuant une photo qui pourrait bien avoir pour objectif de rappeler aux Israéliens qu’il pourrait vivre là-bas s’il le souhaitait.

Mais des travaux de rénovation majeurs visant à améliorer notamment la sécurité et l’infrastructure vont être lancés dans le bâtiment, et ils pourraient durer jusqu’à un an – il semble que Sara Netanyahu ait été dans son bon droit lorsqu’elle se plaignait (souvent) que l’habitation commençait à s’effondrer.

Et ce qui est frappant, c’est qu’alors qu’aucun Premier ministre n’occupe la résidence – ou ne prévoit de le faire – les abords de la résidence et les bâtiments environnants, le long de la rue Smolenskin sont, pour la toute première fois depuis 20 ans, entièrement accessibles aux citoyens.

Au cours d’un rassemblement anti-Netanyahu, il y a un an, quelques manifestants avaient franchi un checkpoint à l’intersection – à bonne distance de la résidence, toutefois – et la famille Netanyahu aurait été emmenée à cette occasion en hâte dans une pièce sécurisée.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et sa femme Sara, reçoivent le président américain Donald Trump et sa femme Melania, le 22 mai 2017, à la Résidence du Premier ministre à Jérusalem. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Aujourd’hui, ce bâtiment de brique et de mortier – de pierres de Jérusalem, en fait – qui avait tellement passionné les Israéliens, cet emplacement physique où étaient apparues, béantes, nos divisions nationales amères, immenses, est abandonné. Non sécurisé. Largement ignoré.

Le portail de métal, en haut de Smolenskin, est encore en place, avec son symbole de l’État, sa hanoukkia en relief ; c’est le cas également des bornes métalliques placées chacune à l’extrémité d’une petite partie de la rue qui reste fermée à la circulation et d’un cadre en acier sur lequel était accroché, par le passé, un lourd rideau noir tamisant la vue depuis la rue.

Les guérites occupées par les gardes, au sommet du mur de la résidence, de l’autre côté de la rue et le long des immeubles environnants, sont aussi toujours là.

Mais les guérites sont vides. Le rideau noir a été poussé sur le côté. Le portail en métal s’ouvre.

La guérite d’un garde de l’autre côté de la rue, face à la résidence du Premier ministre, le 24 décembre 2021. (Crédit : David Horovitz / Times of Israel)

Si vous choisissez de le faire – et c’est en effet ce qu’avait choisi de faire un petit groupe d’Israéliens en visite quand je m’y étais moi-même rendu, il y a quelques jours – vous pouvez ainsi déambuler le long de la rue Smolenskin, lire la plaque bleue sur le mur de la résidence qui détaille l’histoire de Beit Aghion et même frapper à la porte métallique de la résidence elle-même.

Au vu de tout cela, difficile de résister à la métaphore.

Il n’y a aucun doute sur le fait que Netanyahu est parti – du poste de Premier ministre et de la résidence officielle – pour le moment et peut-être bien pour toujours.

Mais alors que le ministre de la Défense, Benny Gantz, fait le choix d’accueillir chez lui le dirigeant de l’Autorité palestinienne (AP) dont Bennett ne veut pas entendre parler ; alors que le ministre des Finances, Avigdor Liberman, déclare qu’il n’y aura plus de confinements, ces confinements que Bennett, pour sa part, n’a pas écartés ; alors que le directeur-général du ministère de la Santé refuse de signer l’autorisation d’une quatrième dose de vaccin pour l’ensemble de la population pourtant vivement recommandée par Bennett ; alors qu’une partie du gouvernement semble avoir déclaré la guerre à l’agriculture israélienne ; alors que l’essor digne d’éloges du secteur technologique, aux côtés des prix de l’immobilier en hausse, de l’effondrement du tourisme et du déclin d’une grande partie du reste de l’économie, approfondissent radicalement les inégalités entre les Israéliens et qu’Israël, en marge, regarde une communauté internationale maladroite céder devant les progrès sans relâche du programme nucléaire iranien – difficile de ne pas penser que le successeur de Netanyahu, métaphoriquement parlant, devrait chercher à habiter plus explicitement sa fonction.

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