L’allié de Netanyahu demande à l’Etat d’abandonner “l’Affaire 2000”
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L’allié de Netanyahu demande à l’Etat d’abandonner “l’Affaire 2000”

Miki Zohar exige que le procureur général enquête sur les fonctionnaires mentionnés dans un reportage télévisé ; le ministre de la Justice accepte le déni d'inconduite du parquet

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le propriétaire du Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes (Photo composée : Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le propriétaire du Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes (Photo composée : Flash90)

Un député Likud a formellement demandé à l’État d’abandonner les poursuites pénales contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans l’une des trois affaires de corruption dont il est accusé, après qu’un reportage télévisé a allégué qu’un enquêteur avait un conflit d’intérêts.

Dans le même temps, le ministre de la Justice Avi Nissenkorn a soutenu le démenti du parquet selon lequel il avait dissimulé le lien de l’enquêteur avec les proches de suspects criminels et a balayé les “théories du complot” disant que les affaires visaient à faire tomber le Premier ministre.

Le député Miki Zohar, chef de file de la coalition et considéré comme un proche allié de Netanyahu, a déclaré mardi matin qu’il avait demandé au procureur général Avichai Mandelblit d’abandonner les charges dans l’affaire dite « Affaire 2000 », dans laquelle Netanyahu aurait tenté de conclure un accord avec un propriétaire de journal pour renverser un rival en échange d’une couverture plus positive.

« Ce matin, j’ai contacté le procureur général pour lui demander de clore immédiatement l’Affaire 2000 et d’annuler l’acte d’accusation ridicule déposé contre le Premier ministre », a tweeté Zohar. « Notre affirmation selon laquelle l’Affaire 2000 est totalement infondée a été confirmée la nuit dernière par la révélation d’un conflit d’intérêts corrompu dans l’enquête. »

Dans une lettre à Mandelblit, Zohar a accusé que « toutes les personnes impliquées dans les enquêtes sur Netanyahu et dans la décision de les ouvrir sont montrées ici comme ayant eu une conduite inappropriée grave qui soulève de nombreuses questions et de nombreux doutes sur leur intégrité et leur processus de décision dans tout ce qui concerne les enquêtes sur le Premier ministre ».

« Une enquête doit être immédiatement ouverte » sur toutes les personnes impliquées, a-t-il ajouté, y compris l’ancien commissaire de police Roni Alsheich et l’ancien procureur d’État Shai Nitzan.

Le député Miki Zohar lors d’une réunion du comité d’organisation à la Knesset le 13 janvier 2020. (Hadas Parush/Flash90)

La Douzième chaîne a rapporté lundi que de hauts responsables des forces de l’ordre avaient déposé une plainte auprès du contrôleur de l’Etat ces derniers jours, alléguant que des officiers de police et le procureur de l’Etat s’étaient engagés dans une vaste opération de dissimulation d’un grave conflit d’intérêts par l’un des enquêteurs sur Netanyahu et sa femme, Sara, afin de ne pas faire dérailler les enquêtes sur la corruption du Premier ministre.

Netanyahu a qualifié le reportage de « choquant » et de « bombe atomique », qui prouve que les affaires de corruption qui lui sont reprochées relèvent d’un complot. D’autres hauts responsables du Likud ont également demandé une enquête sur les accusations.

Nissenkorn, du parti Kakhol lavan, a déclaré mardi qu’il était satisfait de la dénégation des allégations par le ministère public.

« Le système [d’application de la loi] doit constamment se vérifier, enquêter, rectifier et répondre de manière substantielle à toutes les critiques. Et c’est ce qu’il fera. Le reportage d’hier soir sur la Douzième chaîne, basé sur des rapports de 2017, a reçu une réponse détaillée du ministère public, qui parle d’elle-même », a-t-il écrit sur Twitter.

Le 19 mars 2020, le député Avi Nissenkorn arrive à la Cour suprême de Jérusalem pour déposer une pétition contre le président de la Knesset Yuli Edelstein (Yonatan Sindel/Flash90).

« Les théories du complot ridicules selon lesquelles les affaires sont bricolées [pour incriminer Netanyahu] sont infondées, et s’ajoutent à d’autres appels incitatifs – pour enquêter sur les juges, les enquêteurs, le procureur général et bien d’autres encore. Tous ces éléments ont un objectif commun : détruire le système d’application de la loi. Cela n’arrivera pas », a-t-il déclaré. « Le système juridique continuera de fonctionner de manière indépendante et sans crainte, parce que c’est ainsi, et seulement ainsi, que la démocratie sera maintenue ici ».

Selon le reportage télévisé, les responsables affirment que le surintendant Avi Rotenberg, l’enquêteur en chef chargé des allégations selon lesquelles Sara Netanyahu aurait dépensé des fonds publics à son profit personnel, n’aurait pas révélé à ses supérieurs en 2016 qu’il entretenait une relation extra-conjugale avec Judy Nir-Mozes.

Nir-Mozes est la soeur du propriétaire de journal Arnon Mozes, accusé avec le Premier ministre dans l’Affaire 2000. Selon les procureurs, Mozes et Netanyahu auraient négocié un accord par lequel Mozes apaiserait les critiques du journal à l’égard de Netanyahu, qui en échange initierait des lois pour affaiblir la circulation du journal rival Israel Hayom. Netanyahu a été accusé de fraude et d’abus de confiance, tandis que Mozes est accusé de corruption.

Judy Nir-Mozes (à gauche), mondaine, investisseuse et animatrice de talk-show israélienne, et Shimon Riklin, journaliste israélien et présentateur de la Chaîne 20, participent à un panel le 11 novembre 2019. (Moshe Shai/Flash90)

Netanyahu a nié les accusations dans les trois cas, qui incluent également une accusation de corruption concernant un autre accord médiatique, alléguant qu’il est victime d’un complot de la presse, des forces de l’ordre et du système judiciaire pour le renverser.

En juin 2019, Sara Netanyahu a été condamnée pour détournement de fonds publics dans le cadre d’un accord de plaidoyer dans une affaire l’accusant d’avoir eu recours à un traiteur à la résidence du Premier ministre.

Le reportage télévisé a montré des documents internes de la police censés révéler que, confronté à des rumeurs sur sa relation, Rotenberg les a démenties, a déclaré qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêts, et a eu accès aux documents de l’Affaire 2000.

Arnon Mozes arrive au tribunal de district de Jérusalem le 24 mai 2020. (Amit Shabi/Pool/Flash90)

Selon le reportage, Roni Rittman, qui a dirigé l’unité anti-corruption du Lahav 433, a fini par apprendre la relation de Rotenberg avec Nir-Mozes, mais ne l’a pas signalée au département des enquêtes internes de la police du ministère de la Justice, ou PIID.

Au lieu de cela, Rittman a décidé de traiter la question « avec discrétion », et a suggéré à Rotenberg de changer de poste.

Le PIID – qui enquête sur les allégations de méfaits des policiers – n’a été informé qu’après que la femme de Rotenberg a contacté la police et menacé de rendre l’information publique.

L’unité du ministère de la Justice a été « horrifiée » par l’information et a demandé une enquête, selon la Douzième chaîne.

Les enquêteurs du PIID ont écrit que Rotenberg « était conscient de l’intérêt personnel de Nir-Mozes dans le résultat de l’enquête et la façon dont elle a été traitée, y compris de la relation étroite entre elle et son frère ».

Le procureur Shai Nitzan s’exprime lors de la conférence annuelle sur la justice à Airport City, près de Tel-Aviv, le 3 septembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Mais les procureurs ont par la suite conclu que malgré cette relation, il n’y avait aucune raison d’enquêter sur Rotenberg, puisqu’il n’y avait aucune indication qu’il travaillait au profit de Nir-Mozes au cours de l’enquête, selon le reportage.

Le reportage télévisé affirme que Nitzan a empêché la poursuite de l’enquête du PIID par crainte que l’information ne soit divulguée et ne fournisse à Netanyahu des munitions puissantes dans sa campagne visant à présenter les enquêtes comme un complot contre lui.

Toutes les personnes accusées dans le reportage de la Douzième chaîne ont nié ces allégations.

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