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L’ambassadeur d’Israël accuse une grande foire du livre en Suède d’antisémitisme

Selon Ziv Nevo Kulman, les organisateurs de la foire de Göteborg ont "systématiquement" exclu Israël, malgré le thème de la culture juive ; les directeurs se disent "perplexes"

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadeur d'Israël en Suède, Ziv Nevo Kulman, au centre, et la directrice de la foire du livre de Göteborg, Frida Edman, à gauche, lors du forum du professeur Christer Mattsson sur l'antisémitisme dans le programme de la foire du livre, le 29 septembre 2023. (Crédit : Ambassade d'Israël en Suède)
L'ambassadeur d'Israël en Suède, Ziv Nevo Kulman, au centre, et la directrice de la foire du livre de Göteborg, Frida Edman, à gauche, lors du forum du professeur Christer Mattsson sur l'antisémitisme dans le programme de la foire du livre, le 29 septembre 2023. (Crédit : Ambassade d'Israël en Suède)

Une grande foire du livre scandinave est accusée « d’antisémitisme structurel » pour son programme 2023, qui se concentre sur la culture juive, mais qui, selon certains, met de côté Israël et le sionisme.

L’incident a relancé le débat dans le pays sur la définition de l’antisémitisme et sur la place d’Israël dans l’identité juive à travers le monde.

La Foire du livre de Göteborg 2023, le plus grand événement culturel de Scandinavie avec plus de 80 000 visiteurs chaque année, s’est déroulée de jeudi à dimanche dernier dans la deuxième plus grande ville de Suède. Le programme a été organisé en partenariat avec Judisk kultur i Sverige – ou Culture juive en Suède – une institution culturelle de premier plan dans le pays.

La culture juive était l’un des thèmes principaux de l’événement, le programme officiel couvrant largement la Diaspora juive, la Shoah, l’antisémitisme et la culture yiddish.

Mais l’ambassadeur d’Israël en Suède, Ziv Nevo Kulman, a affirmé que l’État juif avait été systématiquement exclu de l’événement.

« Lorsque nous avons entendu parler du thème, nous avons pensé qu’il était ‘bien' », a déclaré Nevo Kulman au Times of Israel. « Il devait y avoir beaucoup de pays présents et ça aurait pu être être un bon moyen de les faire connaître à de nombreux Israéliens. »

Nevo Kulman a déclaré que les organisateurs avaient rejeté plusieurs propositions de l’ambassade concernant les séminaires, boycottant de fait l’État juif.

« Ils nous ont laissé entendre, et cela nous a été dit par des voies indirectes, qu’ils ne voulaient pas de propagande du gouvernement israélien à la foire. Ceci est une forme d’antisémitisme », a déclaré Nevo Kulman.

« Ils travaillent avec de nombreuses ambassades de pays occidentaux, mais ils ne veulent aucun lien avec nous. »

Il a également indiqué que Jewish Culture in Sweden, fondée et dirigée par l’Israélo-Suédoise Lizzie Oved Scheja, avait coopéré avec la direction de la foire pour mettre l’ambassade à l’écart. Scheja est une ancienne attachée culturelle de l’ambassade.

Les Israéliens n’ont pas fait l’objet d’une interdiction générale. D’après Nevo Kulman, sur les 36 séminaires et sur les 50 conférences organisés autour du thème de la culture juive, cinq étaient animés par des Israéliens.

« Il y avait des Israéliens. Je ne peux pas dire qu’Israël a été boycotté », a-t-il concédé.

Le diplomate a également pointé du doigt les drapeaux flottant à l’entrée de l’événement. Comme chaque année, les drapeaux des pays scandinaves ont flotté, ainsi que le drapeau LGBTQ. Pour marquer le thème de cette année, la Foire du livre a fait flotter le drapeau de la culture juive en Suède, et non un drapeau israélien.

L’événement « Marak Off » de l’ambassade d’Israël en marge de la Foire du livre de Göteborg, en Suède, le 29 septembre 2023. (Crédit : Ambassade d’Israël en Suède)

Christer Mattsson, spécialiste de l’antisémitisme à l’Université de Göteborg, reconnaît que le programme exclut structurellement Israël et le sionisme.

« Lorsque j’ai vu le programme de la Foire du livre, avec le thème de la culture juive, c’était un très beau programme », a-t-il déclaré lors d’une table ronde qu’il a organisée à la foire sur la question du contenu de l’événement autour d’Israël. « J’ai remarqué qu’il y avait une surreprésentation de la Shoah, de la culture de la Diaspora, du monde disparu, et très peu de choses sur Israël. »

« Ce n’est pas la faute d’une seule personne, d’une seule institution, d’une seule organisation », a poursuivi Mattson, la directrice de la foire, Frida Edman, assise à côté de lui sur la scène. « Tant de personnes ont été impliquées dans l’élaboration de ce programme. Je me demande comment il se fait que lorsque je tape ‘sionisme’ dans le programme de la Foire du livre, il n’y a aucun programme qui parle du sionisme. »

« Est-il possible de parler de la vie juive contemporaine sans évoquer, ne serait-ce que brièvement, le sionisme ? », a-t-il demandé.

La police arrivant après qu’une synagogue a été attaquée dans un incendie criminel raté à Göteborg, en Suède, le 9 décembre 2017. (Crédit : Adam IHSE AFP/TT News Agency)

Mattson a fait valoir que l’exclusion était une forme subtile d’antisémitisme. « Lorsque nous parlons de racisme, d’antisémitisme etc., nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur ce qui est là, nous devons également parler de ce qui n’est pas là, car la reproduction [des tropes antisémites] se fait également par ce qui est absent. »

Un aperçu de quatre jours

Le directeur du programme de la Foire du livre, Oskar Ekstrom, a refusé de commenter le contenu de la Foire en ce qui concerne Israël, préférant faire une déclaration en réaction à des allégations similaires faites par le quotidien Haaretz avant l’événement.

« Plusieurs affirmations contenues dans l’article nous laissent perplexes et nous nous distançons naturellement de l’accusation selon laquelle le Salon du livre ou sa direction seraient antisémites sous quelque forme que ce soit », ont déclaré Ekstrom et Edman.

« Le thème de la Foire du livre ne peut jamais être exhaustif, mais nous sommes convaincus que l’importance d’Israël pour la culture juive sera soulignée dans les discussions, notamment grâce aux auteurs, musiciens, cinéastes, architectes et chefs d’origine juive d’Israël, de France, de Pologne, des États-Unis, d’Ukraine, d’Allemagne, d’Autriche, d’Espagne, de Roumanie, d’Italie, du Canada, de Grèce, de Lituanie, du Royaume-Uni, de Suisse et de Suède qui participeront à l’événement. »

« Grâce au thème de la culture juive, la Foire du livre de Göteborg espère donner au public nordique, pendant quatre jours, un aperçu de la culture juive mondiale aux multiples facettes et de sa riche tradition littéraire », ont-ils conclu.

S’exprimant lors de la table ronde organisée par Mattson, Edman a déclaré que « la Foire du livre est un mauvais exemple d’antisémitisme ».

« Ce que nous voulons faire dans le programme du séminaire, c’est mettre en lumière la culture, l’auteur, la littérature », a-t-elle déclaré.

Un manifestation pro-palestinienne et anti-Israël à Göteborg, en Suède en 2015. Les panneaux disent en suédois ‘Boycott Israël’. (Crédit : Marianne Pleen Schreiber)

Edman a ajouté que pour le programme officiel, les organisateurs s’adressaient aux partenaires concernés, obtenant ainsi des propositions de séminaires et de conférences. Sur les quelque 1 000 propositions, son équipe en a accepté environ 300.

« Je n’appelle pas cela de l’antisémitisme. J’appelle cela la liberté de parole, la liberté d’expression. »

Edman a déclaré que Nevo Kulman avait été invité à envoyer des propositions, ce que son ambassade a fait. « Je ne pense pas que vous ayez été exclu, mais bien que vous avez été invités. »

Elle a ajouté qu’au-delà du programme officiel, la foire comporte des stands et des scènes qui ne sont pas gérés par les organisateurs.

« Je n’appelle pas cela de l’antisémitisme », a-t-elle insisté. « J’appelle cela la liberté de parole, la liberté d’expression. »

Ils ont tout refusé

L’envoyé d’Israël à Stockholm a toutefois rejeté l’explication d’Edman.

« L’année dernière, lorsqu’il était question de l’Afrique du Sud, ils n’avaient eu aucun problème à travailler avec », a-t-il déclaré au Times of Israel. « Ils n’ont eu aucun problème à travailler avec l’ambassade de Pologne, l’ambassade d’Autriche, des pays qui peuvent être fiers de leur héritage juif. Mais me concernant, moi un représentant officiel de l’État d’Israël, cela m’est interdit. »

Le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen, à gauche, rencontrant son homologue suédois Tobias Billström, à Stockholm, le 15 mai 2023. (Crédit
: MAG/Ambassade d’Israël en Suède)

Il a ajouté que l’attaché culturel de l’ambassade avait proposé toute une série d’idées de programmes. « Mais ils ont tout refusé. »

L’une des propositions consistait à organiser une table ronde réunissant des Juifs et des musulmans qui s’opposeraient à l’incinération des livres saints.

Une autre proposition consistait à organiser un événement avec les directeurs des bibliothèques nationales d’Israël et des pays nordiques. Cette proposition a d’abord été rejetée, et ce n’est qu’après que les directeurs des bibliothèques nationales des pays nordiques ont accepté le programme, qu’il a été proposé sur une scène annexe.

En guise de protestation, l’ambassade a organisé un événement appelé « Marak Off », un jeu de mots sur le terme hébreu désignant les cubes de bouillon de poulet et sur le fait qu’elle ne figurait pas au programme principal. De célèbres Suédois ont lu des nouvelles de l’auteur israélien Etgar Keret au Musée national des Cultures du monde, en face de la Foire du livre.

L’écrivain et artiste israélien Etgar Keret lors d’une interview avec l’AFP à son domicile, à Tel Aviv, le 5 novembre 2020. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)

« Comment peut-on à la fois avoir la culture juive comme sujet principal, tout en continuant le parti pris contre Israël ? », a demandé Nevo Kulman.

Nevo Kulman a rejeté l’idée que la composition de l’actuel gouvernement israélien avait quelque chose à voir avec l’attitude de l’organisateur. Il a ajouté que les années précédentes, des événements autour d’Israël avaient également été refusés, alors que des sujets pro-palestiniens avaient été acceptés.

« J’étais également présent l’année dernière – avec un gouvernement différent », a-t-il expliqué. « Je ne pense pas que cela aurait eu de l’importance si c’était ce gouvernement ou un autre. »

Selon lui, le sujet est devenu un débat animé au sein de la communauté juive, certains soutenant sa critique virulente de la foire, d’autres l’accusant de politiser un événement culturel.

Selon Edman, ce débat est la preuve que la foire a été correctement organisée.

« Nous voulions donner un aperçu de la culture juive, et nous voulions vraiment nous concentrer sur la littérature et la culture, donner un aperçu et être très inspirés, et peut-être rentrer à la maison et vouloir en apprendre encore un peu plus », a-t-elle expliqué.

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