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L’AP espère que la visite de von der Leyen à Ramallah résoudra la crise financière

L'aide de l’UE est bloquée depuis des mois, après un débat sur le conditionnement du financement à la suppression des incitations à la haine dans les manuels scolaires palestiniens

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse après une vidéoconférence avec les dirigeants de l'UE au bâtiment du Conseil européen, à Bruxelles, le 23 avril 2020. (Crédit : Olivier Hoslet/AP)
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse après une vidéoconférence avec les dirigeants de l'UE au bâtiment du Conseil européen, à Bruxelles, le 23 avril 2020. (Crédit : Olivier Hoslet/AP)

Après deux ans et demi d’interruption de l’aide de l’Union européenne, l’Autorité palestinienne espère que le financement, à hauteur de centaines de millions d’euros, reprendra à la suite de la visite de la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen à Ramallah, prévue mardi.

« J’espère qu’elle viendra avec la nouvelle suivante : cette affaire est terminée, et pour de bon », a déclaré le Premier ministre de l’AP, Mohammad Shtayyeh, à la télévision officielle palestinienne samedi soir.

L’aide européenne aux Palestiniens avait été suspendue par Bruxelles suite au débat sur la question de déterminer s’il fallait conditionner une partie de l’aide à l’AP au retrait des incitations à la violence présumées des manuels scolaires palestiniens.

Les manuels scolaires de l’AP sont depuis longtemps un sujet de controverse. Divers organismes de surveillance ont critiqué les programmes scolaires en raison de leur incitation présumée à la violence et de leur glorification du terrorisme. L’AP les défend en disant qu’ils sont le fidèle reflet de leur narratif national.

Mme Von der Leyen doit atterrir à Tel Aviv lundi pour une série de réunions avec des responsables israéliens et palestiniens. Elle rencontrera le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid lundi avant de se rendre à Ramallah pour rencontrer Shtayyeh mardi.

Une source diplomatique qui a parlé au Times of Israel a déclaré qu’elle ne pouvait pas confirmer si Mme Von der Leyen avait l’intention de renouveler le financement après la réunion de mardi, mais « qu’il y avait de grands espoirs ».

« Il y a eu des interventions de dirigeants et de diplomates européens pour résoudre la question. C’est dans l’intérêt de tout le monde – y compris d’Israël », a déclaré la source, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, lors d’une conférence de presse à Ramallah, le 27 février 2021 (Crédit : WAFA).

Quant à savoir si le renouvellement du financement serait conditionné à des changements dans les manuels scolaires palestiniens, la source a déclaré :  » Telle est la grande question « .

L’Union européenne, le plus grand donateur de l’AP, contribue au versement des salaires des nombreux fonctionnaires de l’AP, qui constituent une part importante de l’économie de la Cisjordanie. Entre 2008 et 2020, Bruxelles a envoyé environ 2,5 milliards de dollars en soutien budgétaire direct à l’AP.

Fin 2021, un haut fonctionnaire de la Commission européenne, Oliver Varhelyi – un conservateur proche de l’homme fort hongrois Viktor Orban – a proposé de conditionner environ 10 millions de dollars d’aide de l’UE à l’AP à la réforme des manuels scolaires.

Depuis, les États européens débattent vivement de cette mesure qui suscite des sentiments forts pour et contre à Bruxelles. Ce retard s’ajoute à une période de deux ans pendant laquelle les fonds ont été retardés pour des raisons techniques.

 » La vraie question est la suivante : est-il juste que cette aide financière considérable soit liée à un seul volet des relations entre l’Europe et les Palestiniens ? » a déclaré un diplomate européen critique de la proposition lors d’une interview en février.

En revanche, la proposition a été saluée par l’organisation à but non lucratif IMPACT-se, qui publie régulièrement des rapports analysant les programmes scolaires palestiniens.

Image d’une fille souriant devant des « hérétiques » qui sont brûlés dans un manuel scolaire palestinien. Illustration (Crédit : IMPACT-SE)

« L’opposition du Parlement européen, de la Commission et du Conseil lui-même est désormais trop forte pour transférer des sommes d’argent importantes à l’AP alors même qu’elle continue effrontément à produire des manuels scolaires antisémites et violents », a déclaré en mars le directeur d’IMPACT-se, Marcus Sheff.

Après des mois de délibérations bureaucratiques, la décision de renouveler ou non le financement revient maintenant à Von der Leyen, qui pourrait choisir de passer outre Varhelyi ou chercher à pousser un compromis à travers la Commission européenne, ont déclaré des responsables.

Le haut diplomate palestinien Ahmad al-Deek a déclaré au Times of Israel que, selon l’AP, la crise de financement serait résolue dans quelques jours.

« Nous estimons que les choses évolueront vers une résolution. La question est maintenant entre les mains de la commissaire [Von der Leyen] – et nous espérons qu’elle nous apportera de bonnes nouvelles », a déclaré al-Deek.

Tout degré de conditionnalité serait inacceptable pour Ramallah, a déclaré un responsable de l’Autorité palestinienne lors d’un appel téléphonique.

« Nous espérons que le financement reprendra sans conditions », a déclaré le fonctionnaire, qui a parlé sous couvert d’anonymat.

Ramallah est en proie à des difficultés financières chroniques et à une diminution du soutien international, ce qui rend très pénible la perte du financement de l’UE. Les responsables palestiniens et israéliens ont averti que l’AP pourrait faire face à un effondrement fiscal, en partie dû au manque d’aide.

De nombreux fonctionnaires de l’AP ont dû s’en sortir avec des salaires partiels ou retardés pendant des mois. L’AP a pris de plus en plus de retard dans les paiements à Israël pour l’électricité et l’eau. Et l’AP a eu du mal à payer les frais médicaux des Palestiniens qui se font soigner dans les hôpitaux israéliens.

Pour tenter d’atténuer la crise fiscale croissante, Israël a prêté plus de 600 millions de shekels (176 millions de dollars) à Ramallah l’année dernière. Mais sur la même période, Israël a déduit un montant similaire pour pénaliser l’AP qui verse des allocations aux familles des Palestiniens tués ou emprisonnés par les autorités israéliennes, y compris à celles des terroristes condamnés – une politique de l’AP qui, selon Israël, incite à la violence.

Sur cette photo d’archives du 23 juin 2016, un ouvrier sur un ascenseur ajuste les drapeaux de l’UE devant le siège de l’UE à Bruxelles. (Crédit : Virginia Mayo/AP)

Les responsables de l’Autorité palestinienne ont déclaré à plusieurs reprises qu’ils n’accepteraient pas que l’aide soit conditionnée à des modifications des manuels scolaires palestiniens. L’AP a rejeté à plusieurs reprises l’accusation selon laquelle ses manuels scolaires encouragent la violence et le terrorisme.

« On nous demande d’expliquer et de justifier ce qui apparaît dans notre matériel éducatif, alors que celui-ci illustre notre histoire et notre identité nationale. Entre-temps, nul n’exige que les programmes scolaires et les médias israéliens soient contrôlés aussi, pour montrer au monde la véritable incitation à la violence au sein des institutions israéliennes », a déclaré le président de l’AP, Mahmoud Abbas, dans un discours aux Nations Unies l’année dernière.

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