L’AP pourrait déclarer Gaza « district rebelle », isolant davantage l’enclave
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L’AP pourrait déclarer Gaza « district rebelle », isolant davantage l’enclave

Un responsable de Ramallah a admis que le changement aggraverait probablement la situation humanitaire dans la bande de Gaza ; "Nous espérons que le Hamas se réveillera"

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Des Palestiniens collectent des colis d'aide dans un centre de distribution alimentaire des Nations unies, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 janvier 2018 (Crédit : Said Khatib / AFP)
Des Palestiniens collectent des colis d'aide dans un centre de distribution alimentaire des Nations unies, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 janvier 2018 (Crédit : Said Khatib / AFP)

L’Autorité palestinienne pourrait étudier la possibilité de déclarer la bande de Gaza comme une zone rebelle, ce qui consoliderait la scission entre la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Un haut responsable du Fatah a déclaré mardi au Times of Israël qu’il ne pouvait exclure la possibilité de déclarer la bande de Gaza comme un « district rebelle » si la crise entre le Hamas et le Fatah n’était pas résolue dans un proche avenir.

Dans son discours devant les dirigeants palestiniens lundi soir, Abbas a menacé de prendre « des mesures nationales, légales et financières » contre le Hamas. Abbas n’a pas fourni plus de détails sur les sanctions prévues.

Le responsable du Fatah, qui s’exprimait sous couvert d’anonymat, a déclaré lors d’une interview dans son bureau de Ramallah que déclarer la bande de Gaza « district rebelle » dispenserait le gouvernement de l’AP de toutes ses responsabilités envers l’enclave côtière.

« Déclarer Gaza comme district rebelle signifierait que l’Autorité Palestinienne ne serait plus responsable de quoi que ce soit », a déclaré le responsable.

« D’une certaine manière, ce serait comme un divorce entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. Nous espérons que cela ne se produira pas et que le Hamas se réveillera et réalisera que ses politiques et ses actions sont très néfastes et destructrices pour le peuple palestinien et son projet national. »

Le responsable a reconnu qu’une telle décision entraînerait une grave crise humanitaire et économique dans la bande de Gaza.

Par le passé, l’AP a soulevé l’option de « zone rebelle » dans le cadre de ses efforts visant à faire pression sur le Hamas pour qu’il abandonne son contrôle sur l’enclave. Cependant, aucune décision à cet égard n’a jamais été prise ou rendue publique.

Avec une inquiétude croissante au cours des derniers mois, les responsables de l’ONU ont averti que la bande faisait face à une crise humanitaire massive, avec un épuisement de l’eau potable et l’explosion du chômage. Alors que les efforts d’unité ont échoué, les responsables du Hamas et d’autres ont attiré l’attention sur le fait que les sanctions infligées par Abbas, censées contraindre le mouvement rival du Hamas, paralyseraient les 1,5 million d’habitants de la bande.

Une scission entre la bande de Gaza et la Cisjordanie compliquerait probablement les efforts de paix et aggraverait la situation humanitaire dans la bande de Gaza.

Un Palestinien assis à côté d’une charrette à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 14 mars 2018 (AFP PHOTO / MOHAMMED ABED)

Plus tôt dans la journée, la chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, a averti qu’une scission était inacceptable.

« Nous voyons cela très clairement : la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza sont ensemble. Il n’y a pas d’Etat de Palestine sans Gaza, ni avec seulement Gaza », a-t-elle déclaré lors d’une réunion des pays donateurs de Gaza. « C’est pourquoi nous attendons de toutes les parties palestiniennes qu’elles aillent outre les troubles et continuent sur la voie de la réconciliation, avec courage et détermination. La situation est extrêmement fragile. »

Le responsable palestinien a déclaré que, malgré les tensions croissantes entre les deux parties, les dirigeants de l’AP continueront à œuvrer en faveur de l’unité nationale et de la « réconciliation » entre le Hamas et le Fatah.

Le Hamas est le chef de facto de la bande de Gaza depuis un coup d’état sanglant en 2007, tandis que le mouvement du Fatah d’Abbas domine la Cisjordanie, gouvernée par l’Autorité palestinienne. Les efforts de réconciliation successifs entre les deux groupes rivaux ont échoué.

Mardi, le gouvernement de l’Autorité palestinienne a appelé le Hamas à abandonner immédiatement le contrôle de la bande de Gaza, déclarant qu’il était prêt à assumer toutes ses responsabilités dans la zone.

Le gouvernement a déclaré après sa réunion hebdomadaire à Ramallah que les Palestiniens de la bande de Gaza resteraient en tête de la liste des priorités.

Le gouvernement a affirmé que l’attentat à la bombe contre le convoi du Premier ministre Rami Hamdallah dans le nord de la bande de Gaza faisait partie d’une « grande conspiration visant à séparer la bande de Gaza de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Cette conspiration soutient l’établissement d’une entité palestinienne séparée dans la bande de Gaza », a déclaré le gouvernement dans un communiqué, après sa réunion hebdomadaire.

Friedman ‘ambassadeur des colons’

Par ailleurs, l’Autorité palestinienne a poursuivi mardi ses attaques contre l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, David Friedman, cette fois en l’accusant d’antisémitisme et de racisme.

Le ministère des Affaires étrangères de l’AP a déclaré que les déclarations et les actions de Friedman contre les Palestiniens contrevenaient aux normes diplomatiques.

La conduite et la rhétorique de Friedman représentent « les formes les plus laides de l’antisémitisme et constituent une violation flagrante des lois internationales et des résolutions des Nations unies relatives au conflit israélo-arabe », a rapporté le ministère.

Alors que l’antisémitisme se réfère normalement exclusivement au sentiment anti-juif, certains Palestiniens affirment qu’il devrait s’étendre à tous les peuples sémitiques, y compris aux Palestiniens.

Mahmoud Abbas, dirigeant de l’Autorité palestinienne, devant une photo de la mosquée du Dôme du Rocher, dans la Vieille Ville de Jérusalem, lors d’une réunion des dirigeants palestiniens à Ramallah, en Cisjordanie, le 19 mars 2018 (FLASH90)

« Friedman a-t-il jamais eu le courage de critiquer l’Etat d’occupation pour tous les crimes qu’il a commis contre les Palestiniens sans défense ? », a demandé le ministère dans un communiqué.

« Jour après jour, Friedman prouve qu’il est l’ambassadeur des colons et de leurs gangs et qu’il a approuvé l’idéologie et les positions de l’extrême droite en Israël. »

Le ministère de l’AP a fustigé Friedman pour ses tweets « haineux et racistes », se référant apparemment à un message Twitter lundi dans lequel Friedman critiquait l’AP pour ne pas avoir condamné les attaques terroristes contre les Israéliens.

Le fait que l’ambassadeur américain possède une maison dans une implantation montre qu’il n’est pas impartial, selon le communiqué. On ne sait pas à quelle maison les Palestiniens faisaient référence. Si Friedman a bien fait un don d’argent à l’implantation de Beit El, il ne possèderait pas de maisons en Cisjordanie.

La faction dirigeante du Fatah d’Abbas a également poursuivi son attaque contre l’administration américaine, l’accusant d’afficher « le plus haut degré d’hypocrisie politique » dans ses rapports avec les Palestiniens et le président de l’AP.

« La Maison-Blanche coupe l’aide à l’UNRWA et menace de fermer le bureau de l’OLP à Washington, tout en invitant Abbas à poursuivre le processus de paix », a déclaré Oussama Qawassmeh, porte-parole du Fatah. « L’accord du siècle ne passera pas et notre peuple se rallie derrière notre président face à l’agression israélo-américaine. »

Le président américain Donald Trump a qualifié son plan tant attendu de paix au Moyen-Orient « d’accord du siècle ». Bien que le plan n’ait toujours pas été rendu public, les Palestiniens l’ont rejeté et ont juré de le contrecarrer.

Le gouvernement de l’AP a également fustigé le prétendu plan de paix de l’administration américaine, le qualifiant de « ruse » et de tentative visant à détourner l’attention des efforts continus d’Israël pour « achever ses projets de colonisation et la judaïsation de Jérusalem ».

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