Lapid est à Bibi ce que Josué fut à Moïse : Il mène Israël-EAU en Terre promise
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Analyse

Lapid est à Bibi ce que Josué fut à Moïse : Il mène Israël-EAU en Terre promise

Lors de sa première visite officielle de ministre des Affaires étrangères, il a charmé ses hôtes et ouvert la voie vers de nouveaux accords, bloqués par la mégalomanie de Netanyahu

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid serre la main du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Cheikh Abdullah bin-Zayed al-Nahyan à Abou Dhabi, Émirats arabes unis, le mardi 29 juin 2021. (Shlomi Amsalem / Bureau de presse du gouvernement via AP)
Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid serre la main du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Cheikh Abdullah bin-Zayed al-Nahyan à Abou Dhabi, Émirats arabes unis, le mardi 29 juin 2021. (Shlomi Amsalem / Bureau de presse du gouvernement via AP)

DUBAÏ, Émirats arabes unis — Le samedi 19 juin, alors que le nouveau gouvernement Yair Lapid / Naftali Bennett terminait sa première semaine au pouvoir, dans les synagogues du monde entier les Juifs ont lu la partie de la Torah qui décrit Moïse frappant un rocher dans le désert pour en extraire de l’eau, au lieu de lui parler comme Dieu l’avait commandé.

En guise de punition, Moïse – le chef qui a conduit les Hébreux à la liberté et les a maintenus unis pendant quarante longues années dans le désert – n’a pas été autorisé à entrer en terre de Canaan. Au lieu de cela, un nouveau chef, avec un nouveau style, Josué, reprit là où Moïse s’était arrêté et mena le peuple en Terre promise.

Au cours de ses deux jours de visite aux Émirats arabes unis – la première visite officielle d’un ministre israélien dans l’État du Golfe – Lapid a cherché à faire ce que Netanyahu n’avait pas pu faire.

Le nouveau ministre des Affaires étrangères avait pour objectif de s’appuyer sur les années de travail en coulisses de Netanyahu qui ont rendu possibles les accords d’Abraham, et d’ouvrir la relation afin que les citoyens des deux pays puissent profiter des avantages réels, tangibles et significatifs de ce partenariat en plein essor.

Netanyahu mérite beaucoup de crédit pour les accords d’Abraham, la série d’accords qu’Israël a signés avec quatre États arabes en 2020 que l’administration Trump a aidés à mettre au point.

Lapid est bien conscient de la dette qu’il a envers son prédécesseur. Il a fait tout son possible pour remercier Netanyahu lors de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade d’Israël à Abou Dhabi mardi, qualifiant son rival politique d’« architecte des accords d’Abraham ».

Netanyahu, pour sa part, n’a pas semblé plus magnanime dans son nouveau rôle de chef de l’opposition, tweetant mardi « bonne chance à la nouvelle ambassade d’Israël à Abou Dhabi » sans évoquer Lapid ou le nouveau gouvernement.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid est accueilli sur le tarmac par le ministre d’État des Émirats arabes unis Ahmed al-Sayegh pour sa visite de deux jours, le 29 juin 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem, GPO)

Selon toutes les indications, Lapid a réussi son premier test majeur en tant que premier diplomate d’Israël. Il a fait grande impression sur ses hôtes et ouvert le prochain chapitre des relations Israël-EAU.

Ouvrir le goulot d’étranglement

L’expérience diplomatique de Netanyahu, sa crédibilité dans sa résistance à l’Iran et son influence dans les coulisses du pouvoir à Washington ont été reconnues et respectées dans toute la région, et ont aidé Israël à sceller les accords avec les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan.

Mais d’autres traits de Netanyahu en tant que leader d’Israël – notamment sa tendance à rechercher un avantage politique partout et à saper ses rivaux politiques – ont empêché l’accord avec les Émirats arabes unis de développer tout son potentiel.

Il a caché des informations cruciales à ses ministres, dont son accord de ne pas retarder une vente américaine d’avions de combat F-35 aux Émirats arabes unis.

Netanyahu a cherché à plusieurs reprises à se rendre aux Émirats arabes unis pour célébrer lui-même l’accord et a refusé d’autoriser Gabi Ashkenazi, alors son ministre des Affaires étrangères, à faire le voyage, selon des sources de la délégation Lapid au Times of Israel, pour l’empêcher de lui voler la vedette.

Le président américain Donald Trump (à droite) avec le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin-Zayed al-Nahyan (à gauche), le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn Abdullatif al-Zayani (2e à gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (au centre), posent pour des photos à la Maison Blanche avant la signature des accords d’Abraham, dans lesquels le Bahreïn et les Émirats arabes unis reconnaissent Israël, à Washington, le 15 septembre 2020. (Crédit : SAUL LOEB / AFP)

Mais les Émirats arabes unis ont refusé d’être utilisés dans la campagne de réélection de Netanyahu et ont fait pression pour que le voyage soit reporté. Il a finalement été reporté pour de bon après une querelle avec la Jordanie en mars, qui a refusé que son avion survole le territoire du royaume.

Les Émiratis préférant attendre les résultats des élections israéliennes et Netanyahu interdisant aux autres ministres de faire le voyage, les accords de suivi avec les Émirats arabes unis n’ont pas pu avoir lieu.

La visite de Lapid « a ouvert le goulot d’étranglement » et la voie vers d’autres accords, a déclaré au Times of Israel une source diplomatique israélienne faisant partie du voyage. Il s’agissait de la rencontre entre ministres des Affaires étrangères que les Émiratis attendaient, et dans un avenir proche, les ministres du Tourisme, de l’Agriculture, de l’Environnement et d’autres pourront faire le voyage et initier d’autres accords.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à droite, et la ministre émiratie de la Culture Noura Al Kaabi inaugurent la nouvelle ambassade israélienne à Abou Dhabi, le 29 juin 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

La visite de mardi et mercredi était significative en soi, mais le charme et les compétences relationnelles et de bonne conversation de Lapid ont fait leur effet, particulièrement dans une région qui valorise les relations personnelles. Sa rencontre mercredi avec la ministre d’État des Émirats arabes unis à la Coopération internationale, Reem al-Hashimi, s’est poursuivie bien au-delà du temps imparti, alors que les deux responsables se sont mis à discuter de religion et de philosophie.

La veille, alors que des membres de la délégation dînaient avec leurs hôtes au restaurant Zuma à Abou Dhabi, Lapid et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah bin-Zayed al-Nahyan, se sont assis ensemble à une table séparée, ce qui a donné lieu à une discussion de près de deux heures.

« Tout le monde pouvait voir, à la façon dont ils étaient assis et se parlaient, tout le temps qu’ils ont passé assis ensemble, que c’était plus qu’une simple discussion professionnelle », a déclaré Lior Hayat, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, rencontre la ministre d’État de la coopération internationale et directrice-générale de la Dubaï Expo, Reem Al Hashimi, le 29 juin 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

« La diplomatie est une question de personnes », a-t-il expliqué. « Lorsque vous en arrivez au point où vous établissez une relation personnelle, amicale, cela aide en cours de route à surmonter tous les autres obstacles qui pourraient apparaître. »

« Je pense sans aucun doute que cela a été établi. »

« C’est une personne sympathique et c’est agréable de discuter avec lui », a déclaré Lapid avec légèreté après que sa réunion de travail avec ben-Zayed se soit également prolongée mardi soir.

Dialogue stratégique

La visite de Lapid était plus qu’une conversation profonde jusque tard dans la nuit. Plusieurs réalisations importantes au cours du voyage ont fait avancer les relations bilatérales.

Les inaugurations de l’ambassade d’Israël à Abou Dhabi et du consulat à Dubaï ont été des événements significatifs, même s’ils interviennent après des mois de coopération ouverte entre les parties.

« Ce n’est pas juste une mission (diplomatique) parmi d’autres », a déclaré Hayat. « C’est une mission qui a toute son importance au niveau politique. »

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (à gauche) et son homologue émirati Abdullah bin-Zayed al-Nahyan signent un accord économique et commercial au ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis à Abou Dhabi, le 29 juin 2021. (Crédit : Lazar Berman / The Times of Israel)

Les deux ministres des Affaires étrangères ont également publié mercredi une déclaration commune. Bien qu’elle soit conforme aux sentiments exprimés par les deux parties lors de la visite, la déclaration semble montrer une expansion significative de la relation. « Les liens bilatéraux seront approfondis, élargis et renforcés encore davantage dans un avenir proche pour le bénéfice des deux pays et de la région dans son ensemble », indique le communiqué.

Le texte indique également que les deux parties travaillent en étroite collaboration sur les questions diplomatiques et sécuritaires. « Les ministres ont discuté de l’importance d’approfondir le dialogue stratégique et la coopération entre les deux pays pour relever les défis régionaux et saisir les opportunités », peut-on lire. « Ils ont convenu qu’un dialogue stratégique étroit fournirait un mécanisme efficace pour promouvoir une dynamique positive de paix dans la région. »

Bien que la déclaration ne précise pas à quels « défis régionaux » elle fait référence, on peut supposer sans risque que la menace posée par le programme nucléaire iranien et son réseau de mandataires se trouvent en tête de liste des menaces auxquelles les deux parties sont confrontées.

En outre, Lapid et bin-Zayed ont signé un accord bilatéral de coopération économique et commerciale, le 12e accord entre les deux pays au cours des 9 derniers mois. L’accord ouvre la porte à une multitude d’autres accords qui ne tarderont pas, ont révélé des sources diplomatiques au Times of Israel.

Le ministre d’État émirati chargé de l’intelligence artificielle, Omar Sultan al-Olama (à gauche) et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (à droite) lors de l’inauguration du nouveau consulat d’Israël à Dubaï, le 30 juin 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem / GPO)

Les ministres des EAU ont exprimé la même impression cette semaine. Lors de la cérémonie d’inauguration du consulat de Dubaï mercredi, le ministre d’État à l’Intelligence artificielle Omar Sultan al-Olama a déclaré que les liens entre les partenaires « devraient se renforcer ».

« Nos deux pays inaugureront une prochaine phase qui sera un modèle pour les pays du monde entier », a-t-il promis.

Il est évident pour les deux parties que d’autres pays arabes encore sans relations formelles avec Israël prêtent une attention particulière à cette relation afin de déterminer leur propre plan d’action.

« Plus les relations avec les Émiratis seront prospères, plus les autres pays voudront aller de l’avant », a déclaré Hayat.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (au centre) accueille le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid avant leur rencontre à Rome, le 27 juin 2021. (Crédit : Andrew Harnik / Pool / AFP)

L’administration Biden veut aider Israël à étendre les accords d’Abraham, et ses applaudissements suite à la visite de Lapid sont la preuve de ce désir.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken, après avoir rencontré Lapid à Rome dimanche, a déclaré mardi dans un communiqué que la création de l’ambassade et la visite de Lapid aux Émirats arabes unis pour marquer l’occasion « étaient importantes pour Israël, les Émirats arabes unis et la région dans son ensemble ».

Pourtant, la prochaine étape sera plus difficile que certains ne le pensent. Alors qu’Israël est en contact avec plus d’une douzaine d’États de la région qui n’ont actuellement pas de relations avec lui, les États-Unis n’ont pas une forte influence sur ces pays encore indécis. Les dirigeants prendront leurs décisions en fonction de leurs propres intérêts politiques, notamment la réaction qu’ils anticipent de la part de leur population, et non la pression ou les incitations des États-Unis ou d’Israël.

Une agréable surprise

Des sources de la délégation ont affirmé avoir été eux-mêmes surpris par l’enthousiasme et le désir des Émiratis d’accélérer les relations bilatérales.

À chaque occasion, les responsables et porte-parole des Émirats arabes unis ont souligné que des obstacles potentiels tels que le changement de gouvernement israélien et le conflit de mai à Gaza n’auraient absolument aucun effet sur le développement des relations.

La visite de Lapid était à l’évidence d’une importance majeure pour les Émiratis. Les principaux journaux de la presse écrite anglophone et arabophone du pays ont fait leur Une avec une photo du ministre des Affaires étrangères, preuve des priorités du gouvernement dans un pays qui surveille et restreint la liberté de la presse.

Les journaux du matin aux Émirats arabes unis font leur une avec la visite de Yair Lapid, le 30 juin 2021. (Crédit : Ministère des Affaires étrangères)

Le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohamed bin-Zayed, est intervenu de sa propre initiative pour s’assurer que la délégation israélienne bénéficierait de repas casher fraichement préparés à l’hôtel au lieu des repas casher préemballés qui avaient été commandés. Les jeeps des gardes du bureau de bin-Zayed ont escorté le camion transportant la nourriture casher pour s’assurer qu’elle atteigne sa destination sans que l’intégrité de la casheroute ne soit altérée.

« Les dirigeants émiratis ont franchi un cap de façon très courageuse pour ouvrir la voie, pour créer le cercle de la paix », a déclaré Hayat. « Outre le fait que nous apprécions et que nous admirons ce courage, nous devons avoir conscience que d’autres pays nous regardent. »

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