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L’armée élargit la présence des femmes dans les unités de combat

Sur recommandation d'une commission, les femmes pourront accéder à des unités supposées masculines ; leur présence sera un test décisif pour envisager d'autres rôles

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Photo d'illustration : Des femmes soldats pendant l'entraînement sur une photo non-datée publiée par l'armée en date du 7 juin 2022. (Crédit : Armée israélienne)
Photo d'illustration : Des femmes soldats pendant l'entraînement sur une photo non-datée publiée par l'armée en date du 7 juin 2022. (Crédit : Armée israélienne)

L’armée israélienne a annoncé, mardi, qu’elle offrirait un plus grand nombre de rôle dans les unités de combat aux femmes, au-delà des unités mixtes d’infanterie légères qui en accueillent d’ores et déjà certaines.

Une décision qui implique que les soldates ayant intégré Tsahal pourront servir dans des unités de recherche et de secours et dans des unités de combat du génie d’élite, où leur présence sera un test décisif. Les militaires ont ainsi affirmé que d’autres fonctions encore pourraient être ouvertes aux femmes à l’avenir selon la réussite des soldates en termes d’intégration dans ces unités.

Cette initiative suit les recommandations d’une commission interne qui a appelé l’armée à offrir de nouveaux rôles de combat aux recrues. Pour entrer dans ces unités, elles devront au préalable se soumettre à divers examens physiques et psychologiques.

La commission avait été formée par Tsahal en 2020 et elle devait évaluer l’incorporation des femmes dans de nouveaux rôles dans les unités de combat, après une requête qui avait été déposée par quatre soldates devant la Haute Cour de justice qui réclamaient le droit d’entrer dans des unités qui ne sont actuellement ouvertes qu’aux hommes. La commission avait été placée sous la direction du commandant des forces terrestres de l’armée israélienne, le général Yoel Strick.

Les femmes seront dorénavant autorisées à servir dans l’unité héliportée 669, un détachement de recherche et de secours (cela avait été annoncé la semaine dernière), dans l’unité de combat du génie d’élite Yahalom et elles pourront être chauffeuses dans une brigade d’infanterie – cette incorporation en particulier sera déterminée à une date ultérieure.

Selon la commission, il y aurait probablement des dizaines de soldates aptes physiologiquement à tenir certains rôles dans les unités d’infanterie. Elle a toutefois décidé de leur permettre d’abord d’occuper des fonctions de chauffeuses pour les tester. Les recrues, dans ce rôle, devront répondre aux exigences nécessaires pour intégrer les troupes d’infanterie.

Expliquant cette expansion relativement modeste, le panel a indiqué qu’il ne pensait pas qu’il y ait beaucoup de femmes qui répondent aux exigences physiologiques strictes et dures qui sont nécessaires pour assumer d’autres rôles dans les unités de combat d’élite.

Des soldats de l’Unité 669 d’élite de l’Armée de l’Air israélienne participent à un exercice sur cette photo sans date. (Armée israélienne)

Au sein de l’Unité 669, les femmes feront l’objet d’un contrôle « pour garantir que l’unité continuera à mener sa mission opérationnelle à la qualité requise », a fait savoir Tsahal.

Dans l’unité Yahalom, a annoncé l’armée, les femmes serviront à des postes liés au déminage et autres « missions uniques ».

Les deux unités commenceront à recruter des femmes d’ici un an, selon les estimations faites par Tsahal.

Ce projet d’incorporer des femmes en tant que chauffeuses de combat dans une unité d’infanterie dépendra de la capacité à recruter un nombre suffisant de troupes et des leçons qui seront tirées du processus de recrutement dans les unités 669 et Yahalom, a noté Tsahal, ce qui implique que le projet pourrait prendre plus de temps.

Les femmes servent dans une grande variété de rôles au sein de l’armée, aux côtés de leurs homologues masculins dans de nombreux cas. Elles sont aussi pleinement présentes dans les unités de combat mixtes – comme dans les bataillons Caracal et Bardelas qui sont chargés de protéger la frontière d’Israël avec l’Égypte et la Jordanie respectivement.

Dans les forces aériennes, femmes et hommes servent ensemble dans les unités de défense aérienne, notamment dans le Dôme de fer – qui est considéré comme une unité de combat.

De plus, la commission a recommandé que plusieurs unités dans lesquelles les femmes servent de facto aux côtés des hommes – notamment dans la marine, où elles occupent certains rôles – soient répertoriés comme officiellement ouvertes aux soldates.

Illustration : Des femmes soldats du bataillon Bardales pendant un entraînement, le 13 juillet 2016. (Crédit: Hadas Parush/Flash90)

Le chef d’État-major Aviv Kohavi a accepté les recommandations et les conclusions de la commission, « en précisant qu’elles combinent les exigences professionnelles et opérationnelles militaires, ce qui entraîne une utilisation optimale du capital humain, en plus de maintenir la bonne santé des troupes », a annoncé l’armée dans un communiqué.

« Les recommandations faites par la commission seront mises en vigueur de manière professionnelle et progressive », a continué l’armée.

Ces soldates assignées à de nouveaux rôles seront surveillées de près et leurs performances serviront probablement de test pour l’ouverture possible d’autres fonctions nouvelles aux femmes.

L’armée a insisté, dans le passé, sur le fait qu’elle permettait aux femmes de tenir des rôles dans les unités de combat pour des raisons pratiques et non pour se conformer à un agenda progressiste, disant qu’elle avait besoin de toutes les femmes et de toute la main-d’œuvre à disposition pour ses missions.

Photo d’illustration : Des soldates pendant un exercice sur une photo non-datée publiée par les militaires, le 7 juin 2022. (Crédit : Armée israélienne)

La semaine dernière, un groupe de rabbins du mouvement nationaliste-religieux a signé un communiqué adressé à Kohavi réclamant l’arrêt des efforts visant à intégrer les femmes aux côtés des hommes dans les unités de combat.

Les détracteurs de l’intégration des deux sexes au sein de l’armée la rejettent souvent en disant qu’il s’agit d’une expérimentation sociale dangereuse qui pourrait avoir potentiellement des conséquences sur la sécurité nationale, tandis que ses partisans affirment qu’elle est nécessaire depuis longtemps et qu’elle est mise en place dans de nombreux pays occidentaux.

Ceux qui s’opposent à la présence des femmes au sein de l’armée font remarquer que certaines exigences ont été abaissées pour les soldates de combat – ce qui s’apparente, selon eux, à un sacrifice en termes d’efficacité – et que les femmes qui font leur service militaire sont plus sujettes à des traumatismes liés au stress.

De son côté, la Haute cour a reporté le jugement dans le dossier déposé par les quatre soldates en l’attente de la finalisation de la mise en place de la commission. L’armée a soumis, mardi, une réponse réactualisée aux magistrats comprenant tous les détails des recommandations faites par les membres du panel.

Le service militaire est obligatoire pour les hommes israéliens qui restent dans l’armée pendant deux ans et huit mois contre deux ans pour les femmes. Certaines unités exigent de leurs troupes de rester plus longtemps en raison de périodes de formation plus longues.

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