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L’armée israélienne révèle des « sites du Hamas » dans les zones civiles de Gaza

Des responsables ont présenté des preuves de l'existence d'une infrastructure présumée à proximité d'écoles et de mosquées afin de justifier les frappes israéliennes

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Cette illustration publiée par l'armée le 27 juillet 2022 montre une usine d'armes du Hamas à côté de l'hôpital Shifa dans la bande de Gaza. (Crédit : armée israélienne)
Cette illustration publiée par l'armée le 27 juillet 2022 montre une usine d'armes du Hamas à côté de l'hôpital Shifa dans la bande de Gaza. (Crédit : armée israélienne)

L’armée israélienne a accusé mercredi le groupe terroriste palestinien du Hamas de Gaza de développer des infrastructures militaires dans des zones civiles et à proximité d’écoles, de mosquées et de commerces, manifestement dans le but de justifier de manière préventive les dommages collatéraux de toute frappe future dans l’enclave densément peuplée.

Ces efforts font suite à l’examen minutieux, par la communauté internationale, des agissements d’Israël au cours de la guerre de l’année dernière contre le groupe terroriste, qui a entraîné la mort de dizaines de civils et une importante frappe aérienne sur un bâtiment utilisé par des médias internationaux.

Des responsables du commandement sud de Tsahal ont informé les membres de la presse étrangère en Israël de la présence d’une série de sites où, selon l’armée, le Hamas a placé des infrastructures militaires à proximité de zones civiles.

Il s’agit notamment d’un tunnel qui passe à côté d’une usine de boissons gazeuses Pepsi et d’une école financée par les Nations unies dans la ville de Gaza. Tsahal a déclaré que le tunnel était utilisé par le Hamas pour stocker des armes et mobiliser des terroristes.

Plusieurs autres sites de fabrication et de stockage d’armes et tunnels du Hamas situés près d’écoles, d’universités, de mosquées et d’autres sites civils ont également été présentés aux journalistes, notamment une fabrique d’armes près de l’hôpital Shifa de la ville de Gaza. L’armée a également publié les identités de plusieurs combattants du Hamas qui vivent dans des immeubles situés au-dessus des entrées des tunnels.

Israël affirme que l’utilisation par le Hamas de zones civiles pour des activités militaires, notamment le lancement de roquettes sur Israël, constitue un crime de guerre.

Cette illustration publiée par l’armée le 27 juillet 2022 montre une ligne rouge où se trouverait un tunnel du Hamas, à côté d’une usine Pepsi et d’une école financée par l’ONU, dans la ville de Gaza. (Crédit : armée israélienne)

« Le monde entier doit être mis au courant des crimes commis par le Hamas, et un lourd tribut doit lui être infligé aujourd’hui », a déclaré le ministre de la Défense, Benny Gantz, qui a également visité la frontière de Gaza mercredi.

Mais les responsables militaires ont admis que tenter d’expliquer au monde chaque action israélienne tout en menant une guerre a été une tâche difficile.

Au lendemain de la guerre de l’année dernière, l’armée a commencé à travailler pour mieux coordonner ses efforts de sensibilisation de la population au sujet de ses actions opérationnelles. La réunion d’information de mercredi s’inscrivait dans le cadre d’un nouvel effort militaire visant à préserver la liberté d’action à Gaza, qui, selon les responsables, dépend fortement de la légitimité internationale.

Selon les responsables de l’armée israélienne, la date de la réunion n’avait pas d’importance majeure, car le Commandement sud a prévu d’informer régulièrement les médias étrangers de l’activité du Hamas à Gaza tout au long de l’année, et pas seulement pendant une guerre.

Israël a mené quatre guerres majeures et de nombreuses séries de combats plus courts dans la bande de Gaza depuis que le groupe terroriste du Hamas a pris le pouvoir lors d’un violent coup d’État en 2007.

Cette illustration publiée par l’armée le 27 juillet 2022 montre une ligne rouge où se trouverait un tunnel du Hamas, à côté de l’Université islamique de Gaza. (Crédit : armée israélienne)

Lors du conflit le plus récent, en mai 2021, le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, avait fait état d’au moins 243 Palestiniens tués, dont 66 enfants et adolescents, et de 1 910 blessés. Il n’a pas fait de distinction entre les membres des groupes terroristes et les civils, et l’armée israélienne a maintenu qu’elle avait tué quelque 225 agents terroristes.

Le nombre de victimes civiles a suscité de vives critiques au niveau international, et la Cour pénale internationale de La Haye a ouvert une enquête sur les méthodes utilisées par Israël sur le champ de bataille, qui remontent aux événements ayant précédé le précédent conflit majeur à Gaza en 2014, et qui, selon elle, pourraient constituer des crimes de guerre.

Israël rejette les critiques, affirmant qu’il prend de nombreuses précautions pour éviter les pertes civiles inutiles.

Cette illustration publiée par l’armée le 27 juillet 2022 montre une ligne rouge où se trouverait un tunnel du Hamas, à côté d’une école et d’une mosquée dans la bande de Gaza. (Crédit : armée israélienne)

L’Etat hébreu affirme que ses cibles sont basées sur des renseignements sophistiqués et approuvés par des conseillers juridiques et d’autres experts, et qu’il avertit souvent les habitants d’évacuer avant que leurs maisons ne soient frappées. Il affirme avoir affiné ses missiles guidés, en délivrant de petites charges utiles qui minimisent les dommages au-delà de la cible précise.

Israël fait valoir que les pertes civiles sont inévitables dans l’environnement urbain densément peuplé de Gaza. Les terroristes tirent souvent des roquettes depuis des zones résidentielles bondées, ce qui attire les frappes de représailles israéliennes, et Israël accuse les terroristes d’utiliser des civils, y compris leurs propres familles, comme boucliers humains.

« Le Hamas tire depuis les zones de population civile et sur la population civile [israélienne]. Comme Israël est déterminé à apporter la paix et la stabilité, nous serons également déterminés à frapper chaque cible militaire du Hamas et des [autres] organisations terroristes qui menacent les citoyens d’Israël », a déclaré Gantz mercredi.

Malgré la rhétorique, Israël a souvent eu du mal à justifier ses actions au monde en temps réel pendant la guerre.

De la fumée s’élève de la tour Al-Jalaa dans la ville de Gaza, qui abritait des appartements et plusieurs agences de presse, dont l’Associated Press et Al Jazeera, après une frappe aérienne israélienne, le 15 mai 2021. (Atia Mohammed/Flash90)

Lors du conflit de mai 2021, Tsahal a détruit un immeuble de 12 étages abritant des organisations de médias, dont l’Associated Press et Al Jazeera. L’armée israélienne, qui a donné aux journalistes de l’AP et aux autres locataires environ une heure pour évacuer les lieux, a affirmé quelques mois plus tard que la tour était utilisée par le Hamas pour installer des équipements destinés à bloquer les signaux GPS afin d’interférer avec le système de défense antimissile du Dôme de fer, qu’Israël utilisait pour intercepter les roquettes, les obus de mortier et les drones lancés depuis Gaza.

Un ancien général israélien a déclaré que le bombardement s’apparentait à un « but contre son camp », causant plus de dommages à l’image d’Israël qu’il n’apportait d’avantages opérationnels.

Bien que des responsables de Tsahal aient depuis reconnu que l’armée aurait dû mieux expliquer les raisons pour lesquelles elle a frappé le bâtiment, aucun n’a déclaré publiquement que la frappe était une erreur.

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