Le Centre Wiesenthal accuse le CFCM d’immiscer la religion dans le conflit
Rechercher

Le Centre Wiesenthal accuse le CFCM d’immiscer la religion dans le conflit

Selon le Conseil français du culte musulman, "la communauté internationale doit aider les parties à trouver une solution urgente mettant fin à l’occupation"

Mohammed Moussaoui (L), président du Conseil français du culte musulman (CFCM) signe une "charte de principes" aux côtés du président français Emmanuel Macron, le 18 janvier 2021 au palais de l'Elysée à Paris. (Crédit : Ludovic Marin/Pool/AFP)
Mohammed Moussaoui (L), président du Conseil français du culte musulman (CFCM) signe une "charte de principes" aux côtés du président français Emmanuel Macron, le 18 janvier 2021 au palais de l'Elysée à Paris. (Crédit : Ludovic Marin/Pool/AFP)

Le mois dernier, dans un communiqué annonçant l’envoi d’une lettre à Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Affaires religieuses français, le Centre Wiesenthal a estimé que le dernier communiqué du Conseil français du culte musulman (CFCM), association qui se veut représentative des musulmans de France, risquait de mettre les Juifs de France en danger. La lettre avait été envoyée dans le contexte du conflit entre Israël et le groupe terroriste du Hamas.

Dans son texte, le CFCM – qu’ont quitté en mars dernier la Fédération de la Grande Mosquée de Paris, le Rassemblement des musulmans de France, Musulmans de France et la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles – a évoqué des « crimes de guerres » présumés commis par Israël.

Selon l’association, « la communauté internationale doit aider les parties à trouver une solution urgente mettant fin à l’occupation et à ses humiliations pour permettre à chacun de vivre dans la paix et la dignité ».

Les dirigeants de l’association appelaient ainsi « les musulmans de France et notamment les imams et responsables de mosquées à consacrer le prêche du vendredi prochain à faire connaître la place de la mosquée Al-Aqsa, troisième haut lieu saint de l’islam et à la ville d’Al Qods (Jérusalem), dans la religion musulmane ».

Par ceci, le CFCM plaçait ainsi le conflit sur le plan religieux. « À ce jour, personne n’a osé aller sur ce terrain estimant que juifs et musulmans sont en guerre », a estimé dans une tribune pour Opinion Internationale Eric Gozlan, co-directeur de International Council for Diplomacy and Dialogue.

Il rappelle ainsi que cela n’était pas prôné par la Coordination des fédérations musulmanes et que cette dernière « appelait le gouvernement français et l’Union européenne à intervenir instamment afin que cesse ce cycle de violences inouï qui tue des civils innocents de chaque côté » et rappelait « que ce conflit n’est pas celui d’une religion contre une autre. Au contraire, les religions appellent et incitent constamment à la paix et à la fraternité ».

« Chacun de nous pourra constater la différence de ton entre ces deux déclarations. Si le CFCM demande aux imams de parler du conflit lors de la prière collective du vendredi, grand moment spirituel de la religion musulmane, la Coordination des fédérations musulmanes refuse avec force que ce conflit s’introduise dans les mosquées de l’hexagone », a-t-il écrit.

Le Dr. Shimon Samuels, directeur du Centre Wiesenthal pour les relations internationales, a lui aussi estimé que la déclaration de Mohammed Moussaoui, président du CFCM, semblait aller au-delà de son mandat religieux.

Il a ainsi condamné l’appel au sermon et estimé que l’organisation de collectes de fonds au profit d’ONG opérant dans les Territoires palestiniens, d’une campagne de mécénat entre les mosquées de France et les mosquées palestiniennes, et d’une campagne de parrainage entre familles françaises et palestiniennes, ne relevait pas du rôle du CFCM – cela car les fonds risquaient d’être redistribués à des groupes liés à l’organisation terroriste du Hamas.

« Le CFCM semble aller au-delà de sa compétence religieuse en abordant des questions politiques. Cela pourrait être, même involontairement, interprété par les islamistes français – déjà fortement influencés par le récit palestinien soutenant le Hamas – afin de mobiliser dans le cadre d’attaques djihadistes contre la communauté juive française », a écrit Samuels.

Dans sa lettre à Gérald Darmanin, Samuels a suggéré que « la déclaration du CFCM a peut-être rejeté les valeurs politiques françaises, qui consistent à garantir que l’islam en France suit l’ensemble des valeurs de la République… et pourrait, même involontairement, inciter à davantage de haine et de violence contre les Juifs de France ».

En début d’année, Mohammed Moussaoui, président du CFCM, avait signé une « charte de principes » aux côtés du président français Emmanuel Macron, au palais de l’Elysée à Paris.

Signé par cinq fédérations du CFCM sur neuf, ce texte dénonce notamment « l’instrumentalisation » politique de l’islam, proscrit « l’ingérence » d’États étrangers dans le culte en France et réaffirme la « compatibilité » de la foi musulmane avec la République.

Après son adoption formelle, ce texte avait été salué par le chef de l’État comme un « engagement net et précis en faveur de la République » et doit ouvrir la voie à la création d’un Conseil national des imams (CNI) chargé de « labelliser » les imams exerçant en France.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...