Le film sur la Shoah, « The Testament », n’est pas un « autre film sur la Shoah »
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Attention, quelques spoilers !

Le film sur la Shoah, « The Testament », n’est pas un « autre film sur la Shoah »

Le réalisateur israélien Amichai Greenberg dévoile un certain nombre de surprises dans un film qui interroge sur le 'Plus jamais' et évolue de l'idéologie à la liturgie

Ori Pfeffer joue Yoel dans 'The Testament' (publiée avec l'autorisation de Gum Films)
Ori Pfeffer joue Yoel dans 'The Testament' (publiée avec l'autorisation de Gum Films)

NEW YORK – Un écran noir précède le début du film « The Testament » signalant qu’il est « inspiré par les événements qui ont eu lieu lors des derniers jours de la Seconde Guerre mondiale en Autriche. »

Alors que le film sort en Israël le 11 janvier, nous posons la question : Est-ce que cela signifie que c’est une histoire vraie ? En partie une histoire vraie ? Si oui, quelle partie ? Et pourquoi est-ce important ?

Cela aurait beaucoup d’importance pour le protagoniste du film, Yoel, l’historien orthodoxe qui travaille pour une organisation de recherche sur l’Holocauste financée par l’État, liée à Yad Vashem.

L’intérieur élégant et moderne du bâtiment autrichien, avec ses sols blancs étincelants et son écran plat, dissimule l’endroit où la plupart des travaux de Yoel ont lieu : un sous-sol faiblement éclairé avec de vieilles cartes accrochées au mur et une serrure sur la porte qui ressemble à une cage.

Nous voyons Yoel pour la première fois alors qu’il se bat contre les bureaucrates autrichiens, pour gagner du temps. Un plan d’urbanisme autrichien pour développer le logement dans la ville fictive de Lensburg, mais il y a juste assez de preuves pour suggérer qu’un massacre contre des travailleurs juifs a eu lieu là-bas … quelque part.

Yoel est déterminé à localiser le site et à en préserver sa sainteté, mais les fouilles précédentes ont échoué à trouver les restes et la ville souhaite « regarder vers l’avenir, pas le passé ».

Un bref report est accordé à Yoel pour poursuivre ses recherches, l’une des nombreuses surprises que nous réserve le réalisateur Amichai Greenberg.

L’équipe de Yoel et les Autrichiens ne sont pas dans la même pièce – ils discutent en visio-conférence via des ordinateurs. Il faut prendre du recul pour voir toute l’image.

Ses recherches frénétiques vont l’amener à une découverte qui va bouleverser sa vie – et ce film – les divisant en deux. Sa mère survivante de l’Holocauste a livré un témoignage filmé de ses souvenirs de guerre, qui devait être conservé dans un dossier secret jusqu’à sa mort. Pour la mission de Yoel, cela n’a pas d’importance mais il remarque une incohérence dans son nom.

Yoel a entendu toutes les histoires horribles de ce qu’ont fait ces gens pour survivre, mais il ne s’attendait pas à ça : sa mère n’est pas juive. Elle était la fille abandonnée d’une femme de chambre qui travaillait pour une famille juive. Elle a été élevée à leurs côtés, a pris part à leurs rituels, et quand les nazis sont venus, elle n’a fait aucun effort pour se différencier. Beaucoup considéreraient cette vieille femme pratiquante comme juive de facto, mais toute la vie de Yoel est motivée par la recherche de faits, au nom de la vérité – concept analysé tout au long du film.

Capture de ‘The Testament’, réalisé par Amichai Greenberg (publiée avec l’autorisation de Gum Films)

Son rabbin lui conseille de passer à autre chose. Sa sœur aussi. Pensez-vous qu’il va suivre ces conseils ? Non, bien sûr que non, mais voici que le premier film du réalisateur Greenberg prend une tournure inattendue. Vous aurez besoin de voir le film par vous-même pour le découvrir.

Et vous devriez voir ce film. En tant que critique pour le Times of Israel depuis plus de cinq ans, j’ai vu beaucoup de films axés sur les cultures européennes tentant d’enterrer leurs crimes de guerre contre les juifs. (Je suggère de regarder « Aftermath », « 1945 » et, surtout, « Ida« , qui est l’un des cinq meilleurs films des années 2010).

Certains critiques ne le disent pas, mais lorsqu’un film de plus de ce genre sort dans le circuit des festivals, il y a un sentiment de « Oh, un autre ? » (Les critiques du Festival de Venise où a été projeté « The Testament » vont des louanges au rejet catégorique.)

Mais quelque chose m’a frappé lors d’une scène dans laquelle Yoel est frustré et tendu, interrogeant agressivement une survivante âgée, et lui demandant où elle se trouvait précisément sur un champ lorsqu’elle a entendu des cris et des coups de feu il y a 70 ans.

Plus loin dans le film, nous voyons Yoel pousser son fils à réciter sa Haftarah à la perfection.

Capture de ‘The Testament’, réalisé par Amichai Greenberg (publiée avec l’autorisation de Gum Films)

Il y a une symétrie entre les deux moments. Alors que les survivants vieillissent et disparaissent, leurs histoires se mélangent-elles à nos textes religieux ? Quand, regarder un film sur le sujet cesse-t-il d’être « Ne jamais oublier », et devient-il liturgique, sans parler du divertissement ? Et quand sommes-nous davantage susceptibles de trouver les choses les plus précieuses de Yoel dans le monde, « des faits » ?

Je peux sembler un peu trop dramatique, mais pour un film sur un homme espérant reconnaître (venger ?) les âmes des oubliés alors que son identité lui est retirée, il est difficile de ne pas l’être.

« The Testament » est un grand film, et sa fin est poignante. Alors, non, vous n’avez jamais vu cette histoire auparavant.

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