Le gouvernement US va injecter des fonds pour la paix israélo-palestinienne
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Le gouvernement US va injecter des fonds pour la paix israélo-palestinienne

La loi Middle East Partnership for Peace Act, adoptée par le Congrès en décembre, prévoit 250 millions de dollars sur cinq ans pour la promotion d'initiatives de réconciliation

Des Juifs Israéliens et des Palestiniens discutent ensemble pendant une réunion hebdomadaire organisée par y Ali Abu Awwad, un Palestinien de Cisjordanie, le 22 juillet 2015. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Des Juifs Israéliens et des Palestiniens discutent ensemble pendant une réunion hebdomadaire organisée par y Ali Abu Awwad, un Palestinien de Cisjordanie, le 22 juillet 2015. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Avec l’adoption récente par le Congrès américain de la loi « Nita M. Lowey Middle East Partnership for Peace Act », les organisations qui œuvrent en faveur de la paix entre Israéliens et Palestiniens sont désireuses de découvrir ce que pourront réussir à faire exactement les 250 millions de dollars qui vont être mis à leur disposition.

Le budget avait été approuvé à la fin du mois de décembre 2020 dans le cadre d’une enveloppe de dépenses de 2,3 milliards de dollars combinant fonds gouvernemental et secours face à la pandémie de coronavirus, et il avait été inscrit dans la loi par le président américain Donald Trump quelques jours avant le Nouvel an.

La loi, qui porte le nom de la membre du Congrès démocrate qui avait pris la tête de cette initiative bipartisane – Nita Lowey est dorénavant à la retraite – va permettre au gouvernement américain de financer des initiatives de construction de la paix et de réconciliation entre Israéliens et Palestiniens sur une période de cinq ans.

C’est l’ALLMEP (Alliance for Middle East Peace), un réseau de 130 organisations à but non-lucratif œuvrant en faveur de la paix et d’autres groupes de la société civile travaillant avec les Israéliens et les Palestiniens, qui a exercé les plus fortes pressions pour obtenir ces fonds. Une coalition d’organisations, comme l’AIPAC, J-Street, l’AJC (American Jewish Committee) et le New Israeli Fund ont soutenu l’ALLMEP dans ces efforts.

Nita Lowey (NY), principale Démocrate de la Chambre des représentants américaine. (Crédit : capture d’écran YouTube/nitalowey)

Une allocation significative

Cette législation résulte d’années de travail de sensibilisation de la part de l’ALLMEP qui prône depuis longtemps la création d’un fonds international pour la paix israélo-palestinienne sur le modèle du Fonds international pour l’Irlande, une organisation indépendante fondée en 1986 par les gouvernements britanniques et irlandais et qui avait été crée en partie par les États-Unis pour promouvoir le dialogue dans une Irlande alors fortement fracturée.

John Lyndon, directeur-exécutif de l’ALLMEP, a noté que le financement était significatif, pas seulement en raison de son caractère bipartisan ou du degré d’efforts et de collaboration qui a pu avoir lieu entre les différentes organisations, mais aussi parce qu’il était une chance de renforcer et de soutenir la paix, la réconciliation et le dialogue entre Israéliens et Palestiniens, un dialogue qui pourrait s’établir pendant plusieurs années, voire plusieurs décennies.

Il a ajouté que la séparation physique actuelle entre Israéliens et Palestiniens pouvait entraîner des stéréotypes et de la déshumanisation, ce qui rendait ce financement d’autant plus important, autorisant des investissements dans des initiatives qui aideront à briser les barrières et à construire des relations.

John Lyndon, directeur exécutif de l’ALLMEP. (Alliance for Middle East Peace)

« Ces idées très ancrées sur l’identité ou l’inimitié avec vos voisins, il faut du temps pour les rectifier – il faut un engagement réel, soutenu », a commenté Lyndon. « Cela nécessite un engagement profond et la prise au sérieux de l’identité des personnes, leurs lignes rouges – et cela nécessite de comprendre pourquoi les gens disent ce qu’ils disent. »

Joel Braunold, directeur du Centre pour la paix au Moyen-Orient S. Daniel Abraham et ancien président de l’ALLMEP, a déclaré que ce type de politique était crucial dans une stratégie de paix réussie.

« En regardant le processus de construction de la paix en Israël et dans le cadre du conflit israélo-palestinien, il est extrêmement clair qu’une stratégie partant de la société civile et une politique économique venue d’en haut ne sont pas des éléments secondaires mais une composante indispensable pour mettre en place une stratégie susceptible de réussir. Je pense que c’est l’un des enseignements essentiels que nous tentons d’appliquer ici en optant également pour une approche plus inclusive », a dit Braunold. « L’utilité des fonds n’est pas seulement de renforcer ceux qui sont depuis toujours dans le camp de la paix, mais également de trouver des moyens différents de faire contribuer davantage de segments issus de la société civile. »

Lyndon a expliqué que, maintenant que le projet de loi avait été définitivement adopté, il était nécessaire que le camp de la paix commence à s’organiser et qu’il passe en revue ses capacités avant la réception de ce financement – qui devrait être remis au plus tôt en 2022.

Préparer le terrain

Amal-Tikva est un projet qui a été mis en place au mois de septembre 2019 et qui vise à renforcer la paix entre Israéliens et Palestiniens en rassemblant les philanthropes, les experts de terrain, les organisations et les activistes pour construire des initiatives de paix et chercher des opportunités de financement.

Amal-Tikva (le nom signifie espoir en arabe et en hébreu) offre aussi des conseils sur la croissance et l’impact organisationnels, ainsi que sur le développement durable avec l’espoir de créer un environnement où les organisations issues de la société civile pourront travailler stratégiquement et conjointement en faveur de la paix.

Meredith Rothbart, cofondatrice et directrice-générale d’Amal-Tikva. (Autorisation)

« L’objectif est d’inspirer l’espoir, dans la société israélo-palestinienne, qu’une paix est possible, de faire en sorte que les gens la désirent, qu’ils en rêvent, qu’ils la veulent – qu’ils aient le sentiment que c’est une réalité », a expliqué Meredith Rothbart, cofondatrice et directrice-générale de l’organisation. « Parce que sans cela, tout sera impossible. »

Avec l’adoption de la loi de financement par le Congrès, Amal-Tikva aide à préparer le terrain pour le moment où l’argent sera mis à disposition en aidant les organisations à améliorer leurs capacités, à se professionnaliser et à recevoir les fonds.

Pour ce faire, l’initiative a mis en place un programme nommé Fieldbuilding 360, un programme virtuel de trois mois qui soutient stratégiquement des promotions choisies d’organisations œuvrant pour la paix. La première promotion s’est terminée récemment et elle espère pouvoir en mobiliser encore deux autres cette année.

Pendant Fieldbuilding 360, les groupes ont pu se lier, collaborer, partager des expériences et se soutenir les unes les autres. Les leaders de l’organisation ont aussi travaillé, une fois par semaine, sur leurs stratégies diverses avec Amal-Tikva.

« Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour nous organiser et pour nous structurer, pour définir des stratégies et nous coordonner dans le but de nous assurer que nous avons bien mis en place tout ce qui est possible » pour obtenir cet argent très nécessaire, a expliqué Rothbart.

Elle a dit considérer Fieldbuilding 360 comme un accélérateur de start-up, mais pour les ONG. Elle a cité un programme, Tech2Peace, qui combine formation technologique et formation entrepreneuriale, activités sociales et dialogue pour construire une société israélo-palestinienne qui sera non seulement engagée dans la paix, mais qui pourra aussi renforcer ses collaborations dans le secteur hi-tech régional.

Un financement à un moment critique

L’approbation de ces fonds américains n’aurait pas pu survenir à un moment plus critique. Un rapport de recherche paru au mois d’avril 2020 et réalisé par Amal-Tikva, évaluant les besoins des organisations de la société civile palestinienne et israélienne, avait souligné leurs faiblesses, et notamment un manque de financement et de personnel.

Joel Braunold, directeur du Centre pour la paix au Moyen-Orient S. Daniel Abraham et ancien dirigeant de l’ALLMEP. (Autorisation)

Parmi ses conclusions, le rapport avait estimé que les responsables des organisations avaient besoin de soutien et que les programmes de construction de la paix ne comptaient pas un grand nombre de participants.

Il y a dorénavant un espoir que ces financements puissent aider ces organisations à s’élargir et à soutenir l’idée d’un dialogue s’inscrivant dans la compréhension et la réconciliation.

Parce que les financements des initiatives visant à construire la paix entre Israéliens et Palestiniens avaient été coupés par l’administration Trump, en 2018, Lyndon, de l’ALLMEP, dit qu’il veut que les organisations se montrent ambitieuses avec l’arrivée de ces fonds et qu’elles puissent poursuivre des objectifs qu’elles ne pouvaient pas se donner auparavant.

« Pas besoin de convenir de l’endroit où doit se trouver la frontière – ou même si ça va être deux États versus une confédération », a dit Lyndon. « Il faut que la priorité reste la nécessité pour les Israéliens et les Palestiniens de se connaître véritablement les uns et les autres, d’entretenir des relations, de mettre en place des programmes et de donner l’élan nécessaire pour construire un processus de paix. »

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