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Le grand mufti de Jérusalem met en garde contre une guerre religieuse régionale

Le religieux sunnite a dénoncé "l'escalade des attaques" d'Israël et des résidents d'implantations sur les lieux saints musulmans lors des épisodes de violence du week-end à Hebron

Le cheikh Muhammad Hussein, grand mufti de Jérusalem, et des Palestiniens protestant à l'occasion de l'anniversaire de la déclaration Balfour devant le consulat général britannique, à Jérusalem-Est, le 2 novembre 2021. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)
Le cheikh Muhammad Hussein, grand mufti de Jérusalem, et des Palestiniens protestant à l'occasion de l'anniversaire de la déclaration Balfour devant le consulat général britannique, à Jérusalem-Est, le 2 novembre 2021. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Le grand mufti de Jérusalem, le religieux sunnite en charge de la mosquée Al-Aqsa, a exprimé dimanche sa conviction que « l’escalade des attaques » d’Israël et des résidents d’implantations juifs sur les lieux saints musulmans menaçait « d’entraîner la région dans une guerre de religion ».

La déclaration du cheikh Muhammad Ahmad Hussein, grand mufti depuis sa nomination par l’Autorité palestinienne (AP) en 2006, fait suite à un week-end tumultueux à Hébron, au cours duquel un nombre indéterminé de Juifs ont attaqué des militaires de Tsahal et provoqué des affrontements avec des Palestiniens.

Hussein a souligné que les fenêtres des mosquées Bab al-Zawiya et al-Sadiq à Hébron avaient été brisées au cours du week-end, à la suite d’actes de vandalisme commis par des « milices extrémistes de résidents d’implantations juifs », selon le grand mufti. Il a affirmé que l’armée israélienne était parfaitement au courant de ces attaques et n’avait rien fait pour les arrêter.

Hussein a déclaré que les actes de vandalisme perpétrés dans les deux mosquées « avaient violé le droit divin et civil ainsi que les normes internationales, qui ont consacré les libertés de religion et de culte ».

La police israélienne a déclaré que « dès réception de la plainte [concernant les vitres brisées], une enquête a été ouverte dans le but de retrouver les auteurs présumés de cet acte ».

Au cours du week-end, la police a arrêté six Israéliens pour des actes de violence présumés contre l’armée et des civils palestiniens à Hébron. Les six individus ont été libérés dimanche, et il n’était pas clair s’ils étaient toujours considérés comme suspects.

Une soldate israélienne a déposé plainte après avoir été attaquée par un Israélien alors qu’elle était en service dans la ville. La militaire, qui vit à Hébron, a déclaré aux enquêteurs que son assaillant l’avait jetée à terre alors qu’elle aidait une personne blessée, puis l’avait frappée avec un bâton avant de prendre la fuite. La soldate l’a décrit à la police, mais il n’a pas encore été arrêté.

Les images du week-end – dont une vidéo montrant un Juif religieux frappant un Palestinien – ainsi que les témoignages de harcèlement contre des soldats de Tsahal – ont provoqué l’indignation générale en Israël.

Giora Eiland, général à la retraite et ancien conseiller à la sécurité nationale, a comparé les attaques contre les Palestiniens et les soldats, à la Nuit de Cristal, les pogroms dirigés par les nazis contre les Juifs en Allemagne, en 1938.

« Des dizaines de personnes ont pris des magasins palestiniens pour cible, causant des dommages, et ont déclenché des émeutes sans aucune provocation apparente, blessant des Palestiniens », a déclaré Eiland à la Douzième chaîne. « Ce sont des scènes terribles qui ne sont pas sans rappeler le 10 novembre 1938, date de la Nuit de Cristal, sauf que bien sûr, nous étions de l’autre côté », a-t-il ajouté.

Eiland a déploré ce qu’il a appelé le développement d’une « justice à deux vitesses », faisant apparemment référence à une situation où les attaques des Palestiniens et des Arabes israéliens contre les Juifs israéliens sont dénoncées et sanctionnées, alors que les attaques des Juifs contre les Arabes ne le sont pas.

Hussein, pour sa part, a également condamné ce qu’il a appelé « la prise de contrôle par les Juifs de la mosquée al-Ibrahimi », en utilisant le nom musulman du lieu saint que les Juifs reconnaissent comme le Tombeau des Patriarches.

Juifs et musulmans croient que les matriarches et patriarches bibliques sont enterrés à cet endroit à Hébron (à l’exception de Rachel, dont la tombe se trouve à l’extérieur de Bethléem).

Point névralgique du conflit entre Juifs et musulmans et sanctuaire vénéré par les deux religions, le site fait l’objet de dispositions spéciales destinées à apaiser les tensions, notamment la division du complexe en espaces réservés aux Juifs et aux musulmans.

Dans le cadre de ces dispositions, les communautés juive et musulmane peuvent chacune choisir 10 jours saints particulièrement importants dans l’année pendant lesquels elles bénéficient de droits d’utilisation exclusifs du complexe et peuvent donc accéder à des zones normalement réservées aux membres de l’autre religion.

Le week-end dernier, la communauté juive a eu l’exclusivité du complexe pour célébrer le Shabbat Hayei Sarah (Vie de Sarah), qui raconte l’histoire de l’acquisition du site par Abraham et de l’enterrement de sa femme, Sarah, au Tombeau des Patriarches.

Le mois dernier, alors que la communauté juive avait pleinement accès au site religieux pour les fêtes du Nouvel an juif, des vidéos montrant des Juifs dansant dans des parties du complexe normalement réservées aux musulmans ont suscité l’ire de nombreux Palestiniens, comme en témoigne une avalanche de messages sur les réseaux sociaux.

À cette occasion, Hussein avait condamné Israël pour avoir fermé le site aux fidèles musulmans.

En 2006, Hussein avait donné sa bénédiction au recours de l’attentat-suicide comme tactique de « résistance » et avait nié en 2015 que les temples bibliques se soient jamais trouvés au sommet du complexe du mont du Temple/mosquée Al-Aqsa.

Yishai Fleisher, le porte-parole de la communauté juive de Hébron, a attribué l’agitation à Hébron la semaine dernière à quelques mauvais acteurs et a déclaré qu’il était « absurde » pour Hussein de prétendre qu’une guerre de religion pourrait éclater.

« La grande majorité du Shabbat s’est déroulée sans incident », a déclaré Fleisher. « Quatre Juifs ont été arrêtés pour troubles à l’ordre public sur les 40 000 visiteurs ; de plus, ces personnes étaient ivres. Ils ont fait preuve d’un comportement criminel, mauvais et inapproprié. Aucun d’entre eux n’était originaire de Hébron, ou n’étaient même des résidents d’implantations. »

Fleisher a déclaré que la plupart des gens avaient célébré le Shabbat à Hébron au cours du week-end dans un esprit de coexistence et de respect.

« À la fin de la paracha – portion de la Torah – il est raconté comment Isaac et Ismaël ont enterré ensemble leur père, Abraham. Voilà ce qu’incarne ce Shabbat : une culture de la voie ‘abrahamique’ que musulmans, Juifs et chrétiens partagent. »

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