Le Hamas chasse les « collaborateurs » après l’opération israélienne à Gaza
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Le Hamas chasse les « collaborateurs » après l’opération israélienne à Gaza

Un responsable a indiqué que le groupe terroriste palestinien a retrouvé une partie des équipements d'espionnage présumés que les forces israéliennes tentaient d'installer

Les policiers du Hamas effectuent un raid à Nuseirat, au sud de la ville de Gaza, le 22 mars 2018, qui a abouti à l'arrestation d'un suspect dans un récent attentat à la bombe contre le Premier ministre palestinien, ont déclaré des responsables. ("AFP PHOTO / MOHAMMED ABED")
Les policiers du Hamas effectuent un raid à Nuseirat, au sud de la ville de Gaza, le 22 mars 2018, qui a abouti à l'arrestation d'un suspect dans un récent attentat à la bombe contre le Premier ministre palestinien, ont déclaré des responsables. ("AFP PHOTO / MOHAMMED ABED")

Le groupe terroriste palestinien du Hamas à la tête de la bande de Gaza rechercherait les suspects qui, pense-t-il, ont pu aider les forces spéciales israéliennes lors d’un raid qui a eu lieu il y a deux semaines. Il s’efforcerait spécialement de retrouver un petit camion aperçu sur des images de surveillance, selon un article publié samedi dans le journal libanais al-Akhbar.

Ce petit camion aurait été utilisé par les forces israéliennes ou par ceux qui sont soupçonnés de les avoir aidés, qualifiés par le groupe terroriste de « collaborateurs », selon l’article.

Le 11 novembre, un groupe de soldats israéliens a été repéré à distance de la frontière, dans le sud de Gaza, lors d’une opération qui a mal tourné, entraînant un affrontement meurtrier qui a tué un officier israélien et sept terroristes palestiniens. Cet incident a donné lieu à des tirs de roquettes féroces depuis la bande pendant 25 heures, auxquels l’armée israélienne a riposté par des frappes aériennes.

Un responsable du Hamas a estimé au début de la semaine que les soldats semblaient avoir tenté d’installer des équipements facilitant les activités d’écoute des Palestiniens au sein de l’enclave côtière.

« L’ennemi sioniste a essayé de concrétiser une avancée sécuritaire majeure. Il aurait apparemment tenté d’installer des équipements et de construire quelque chose qui lui aurait rendu plus faciles les meurtres, les piratages et les enlèvements », a commenté le chef-adjoint du Hamas à Gaza Khalil al-Hayya auprès de la chaîne de télévision Al-Aqsa TV, affiliée au Hamas, samedi dernier.

Selon le reportage paru samedi dans al-Akhbar, un responsable du Hamas aurait déclaré que le groupe s’était emparé d’une partie du matériel d’espionnage israélien que les soldats avaient tenté de mettre en place, ajoutant qu’il était similaire à des équipements précédemment saisis auprès d’une « cellule d’espionnage » au mois de mai.

Le Hamas s’est montré particulièrement fier d’avoir publié des photographies, jeudi, de ce qu’il a clamé être le personnel militaire des forces spéciales israéliennes impliqué dans l’opération de la semaine dernière, a raconté l’article libanais. Le mouvement a déclaré que la parution des clichés était un « coup porté » au censeur de l’armée israélienne.

Ces photos ont été publiées sur les médias sociaux, accompagnées de l’adresse courriel et de deux numéros de téléphone de l’aile militaire du groupe terroriste à Gaza – les brigades Ezzedine al-Qassam – afin de permettre aux Gazaouis de donner d’éventuelles informations sur le raid. Des clichés des deux véhicules qui auraient été utilisés par les forces spéciales ont également été postés sur Internet.

Même si elles sont disponibles sur Internet, ces photographies ne peuvent être reprises par les médias israéliens sur ordre du censeur militaire, qui a par ailleurs approuvé la publication du cliché flouté figurant dans cet article.

Selon un reportage diffusé vendredi par la chaîne Hadashot, les forces du Hamas organisent actuellement des recherches et mettent en place des barrages routiers ces derniers jours pour tenter d’obtenir plus de détails sur l’opération israélienne dans la bande.

Le groupe palestinien craint que ces soldats d’élite aient opéré pendant un temps indéterminé sous son nez dans dans la bande, peut-être même en y exploitant une base, selon le reportage.

Selon Hadashot, qui a indiqué avoir fabriqué son reportage sous la surveillance du censeur militaire israélien, le Hamas s’efforce de découvrir ce que faisait très exactement à Gaza l’équipe de l’armée.

Le Hamas pense que les troupes israéliennes, lors de cet incident, ont franchi la frontière avec Gaza à un poste officiel, où ils ont montré des papiers d’identité quelconques, a précisé la chaîne. Elle a par ailleurs indiqué que le groupe terroriste à la tête de Gaza estime que les forces spéciales ont pu maintenir une base militaire dans une habitation de la bande en opérant sous la couverture d’une organisation caritative.

Le Hamas se demande combien de temps la base israélienne a pu être exploitée et s’il y en a d’autres, a ajouté la chaîne israélienne. Apparemment, les forces avaient des voitures à leur disposition – notamment une Mercedes et une Volkswagen — et des armes, a-t-elle ajouté.

Dans un appel public hautement inhabituel lancé jeudi, le censeur militaire a demandé aux Israéliens de ne partager aucune information sur le raid qu’ils pourraient détenir, même si elles sont sans importance de leur point de vue.

« Le Hamas oeuvre en ce moment à interpréter et à comprendre l’événement survenu le 11 novembre à Gaza et toute information, même si elles considérée par celui qui la publie comme anodine, peut potentiellement mettre en danger des vies humaines et nuire à la sécurité de l’Etat », a noté le censeur.

Le Hamas a par ailleurs fait savoir jeudi que les soldats israéliens entrés au sein de l’enclave côtière appartenaient à l’unité de reconnaissance d’élite Sayeret Matkal et qu’ils avaient pénétré à Gaza via un poste-frontière. Le censeur militaire israélien a autorisé la publication de ces allégations qui n’ont pas été confirmées.

L’opération, au cours de laquelle un lieutenant colonel israélien – qui n’a pu être identifié que par la première lettre de son nom en hébreu « Mem » – a été tué et un autre officier blessé, a dégénéré en échanges de tirs dans une rue de Khan Younès et entraîné une course-poursuite frénétique en voiture.

Les forces spéciales israéliennes ont été obligées de battre en retraite à la hâte, demandant des frappes aériennes pour les couvrir et leur évacuation en hélicoptère par l’unité d’élite 669 – qui se consacre au recherches et aux secours.

Les enregistrements de conversations entre des combattants du Hamas ont été obtenus par Hadashot cette semaine. La chaîne a précisé ne donner aucune indication sur leur origine et refuser de les rendre publics directement « afin de ne pas mettre en danger une source ».

L’authenticité des enregistrements n’a pas été confirmée par les autorités israéliennes qui ont gardé presque entièrement le silence sur la nature et l’issue de l’opération.

Selon le reportage de Hadashot, les forces spéciales israéliennes ont été d’abords identifiées comme suspectes par des responsables de la sécurité du Hamas – probablement des agents de police – qui ont vu le véhicule circuler devant eux aux abords de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza.

Une illustration réalisée par la chaîne Hadashot, d’une course poursuite dans les rue de Khan Younès dans le cadre de l’opération de l’armée le 11 novembre 2018. (Crédit : capture d’écran)

« A toutes les forces et à toutes les positions, une Volkswagen bleue circule de manière suspecte et très rapidement après de l’université islamique », signale un responsable à la radio, selon la retranscription.

« Il y a des personnes suspectes à bord de la voiture. Elles sont dangereuses. Approchez avec prudence », ajoute-t-il.

Il apparaît clairement qu’à ce stade, à la lumière d’une conversation ultérieure, le Hamas pense avoir affaire à un gang criminel ou peut-être à une milice qui n’est pas placée sous son contrôle.

Selon un récit des événements fourni par Hadashot, les membres du Hamas commencent alors à suivre le véhicule et s’engagent rapidement dans une course-poursuite dans les rues de Khan Younès. Alors qu’une voiture du Hamas poursuit l’unité de l’armée israélienne depuis l’ouest de la ville, d’autres unités du groupe terroriste installent un barrage routier à l’est.

Puis, à un moment, il y a un échange de tirs. Le reportage de Hadashot ne détermine pas quelle partie en est à l’origine mais des informations antérieures émanant de Gaza ont laissé entendre que ce sont les soldats israéliens qui ont les premiers ouvert le feu.

Les membres des forces de sécurité palestiniennes réunis dans la morgue de l’hôpital où cinq des six hommes tués dans une opération israélienne à Khan Younis, dans le sud de Gaza, ont été transportés, le 11 novembre 2018 (Crédit : Said KHATIB / AFP)

Les conversations par radio du Hamas reprennent alors, selon la retranscription. « Le véhicule a forcé notre barrage et des coups de feu nous ont pris pour cibles. A tous, venez là où nous sommes. Tout le monde doit rejoindre notre secteur pour qu’on puisse gérer la situation ».

C’est seulement à ce moment-là, alors que l’armée pense être exposée et que l’opération de secours est en cours du côté israélien, que les responsables du Hamas réalisent qu’ils ont des Israéliens en face d’eux.

« Les avions de combat sont au-dessus de nos têtes. Faites tous attention », dit une voix à la radio, ajoutant peu de temps après : « Ecoutez nos instructions avec attention. Ce sont des Juifs ».

C’est à peu-près à ce moment là que le commandant de l’armée israélienne, le lieutenant-colonel « Mem », est touché par un tir du Hamas et mortellement blessé.

Les forces israéliennes cessent alors de fuir, descendent de la voiture et affrontent les agents du Hamas. Ils ouvrent le feu, tuant apparemment l’équipe du mouvement terroriste entière. Un hélicoptère israélien lance alors un missile qui détruit le véhicule du Hamas, a expliqué le reportage.

Le président Reuven Rivlin console la famille d’un officier de Tsahal tué dans la bande de Gaza lors des funérailles de l’officier le 12 novembre 2018 (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

Un soldat israélien revenu à la voiture pour se saisir de la dépouille de « Mem » est blessé dans les échanges de tirs.

Sous l’oeil attentif de l’hélicoptère de l’armée, en vol stationnaire, les forces israéliennes fuient alors à pied vers le site d’atterrissage de l’hélicoptère de secours.

Ce récit, tiré des conversations entre les membres du Hamas, suggère que l’opération s’est trouvée exposée par plus qu’une patrouille d’alerte du Hamas. La réponse israélienne, qui a déjà été qualifiée « d’héroïque » la semaine dernière par les leaders israéliens, semble avoir empêché la capture de militaires et elle est parvenue à assurer le rapatriement de la dépouille de l’officier tué comme du soldat blessé.

Les responsables du Hamas considéreraient l’échange de tirs comme un échec parce que leur objectif premier – selon le reportage de Hadashot – était de capturer les soldats de l’armée israélienne, à portée de main du groupe à ce moment-là.

Le raid a entraîné des représailles massives de la part du Hamas sous la forme de 500 roquettes et obus de mortier qui ont été lancés vers des villes et des villages israéliens, le 12 et le 13 novembre, avant qu’Israël et le Hamas ne conviennent d’un cessez-le-feu qui avait été négocié par l’Egypte.

Cette trêve, à son tour, a entraîné la démission du ministre de la Défense Avigdor Liberman en signe de protestation et une semaine de chaos politique pendant laquelle le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est battu pour conserver sa coalition et pour éviter des élections anticipées, ce qu’il a finalement réussi.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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