Le Juif kenyan refoulé à Ben Gurion va obtenir un visa
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Le Juif kenyan refoulé à Ben Gurion va obtenir un visa

Une commission parlementaire a fustigé la décision du ministère de l'Intérieur ; le mouvement Massorti déplore la discrimination contre les juifs non-orthodoxes

Yehudah Kimani sonne du shofar, le 13 décembre 2017, à Kasuku, dans les montagnes de Kenya.( Crédit : Yehudah Kimani/Facebook)
Yehudah Kimani sonne du shofar, le 13 décembre 2017, à Kasuku, dans les montagnes de Kenya.( Crédit : Yehudah Kimani/Facebook)

Le leader juif Kenyan, qui s’était vu refoulé à son arrivé en Israël, puis expulsé, en dépit de son visa, pourra prochainement entrer en Israël, après un débat agité dans une commission parlementaire, qui a remis en cause la gestion de cette affaire par le ministère de l’Intérieur.

Le mouvement conservateur, qui est à l’initiative de cette session, avec la député Yael Cohen-Paran (Union sioniste), a affirmé que le refus de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières dont a fait l’objet Yehudah Kimani, s’inscrit dans l’attitude habituelle discriminatoire d’Israël à l’encontre des Juifs de communautés émergentes à travers le monde, qui ne sont pas associées aux mouvements orthodoxes.

« C’est un scandale, et un nouveau niveau de discrimination [a été atteint] », a déclaré Yizhar Hess, le PDG du mouvement conservateur (Massorti) en Israël, dans un communiqué.

« Je ne pense pas que le ministère de l’Intérieur se serait comporté de la sorte envers des Juifs d’autre couleur, ou qui auraient effectué une conversion orthodoxe. »

Le 18 décembre, Yehudah Kimani, 31 ans, a été refoulé à la frontière par les autorités israéliennes. Il était venu dans l’Etat juif pour suivre un programme d’études de trois semaines dans une yeshiva du mouvement conservateur, mais a été immédiatement renvoyé au Kenya. Il a déclaré que cette expérience lui a laissé le sentiment d’être un « sous-homme ».

Kimani a pris la parole devant la commission parlementaire pour l’immigration, l’intégration et les affaires relatives à la Diaspora, lors de la réunion du 3 janvier, dans un message vidéo pré-enregistré. Dans cette vidéo, il revient sur les deux demandes de visa touriste, et sur le rejet à son arrivée à Ben Gurion.

Durant cette audience, le ministère de l’Intérieur a été contraint de revenir sur son refus du 18 décembre.

L’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières a déclaré, juste après que Kimani a été renvoyé, que son visa avait été « obtenu frauduleusement » dans la mesure où il n’avait pas informé l’ambassade que sa précédente demande avait été refusée. Mais Kimani et les membres du mouvement conservateur en Israël ont été en contact direct avec l’ambassade israélienne à Nairobi, pour comprendre ce qui manquait à l’obtention du second visa.

Mais durant la session de mercredi, le ministère de l’Intérieur a déclaré que Kimani avait fait une demande de visa touriste, alors que l’objet de sa visite était de devenir étudiant. Il existe un visa étudiant, mais de nombreux visiteurs se rendent en Israël pour participer à des programmes d’études courts en Israël, avec des visas touristes.

À la fin de cette session, la commission a demandé au ministère de l’Intérieur d’accorder à Kimani un visa pour une date ultérieure, afin qu’il puisse étudier dans une yeshiva affiliée au mouvement conservateur. On ne sait pas encore s’il s’agira d’un visa touriste ou étudiant.

Justin Philips, qui siège au conseil du mouvement conservateur du centre Fuchsberg, et qui a financé le déplacement de Kimani, a déclaré qu’il envisageait de porter plainte pour être indemnisé sur les frais engagés, et pour financer le prochain voyage de Kimani.

Kimani, 31 ans, est le chef des 50 membres de Kehilat Kasuku, un petit groupe de familles dans une région montagneuse et rurale du Kenya, qui ont décidé de vivre un “judaïsme messianique” au début des années 2000.

Yehuda Kimani et 4 membres de sa famille devant la synagogue de Kasuku, Kenya (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

En attendant de savoir s’il pourra revenir en Israël pour prendre part au programme d’étude de la yeshiva Massorti, Kimani prévoit un autre voyage aux États-Unis pour faire connaitre sa communauté, et récolter des fonds pour y construire une synagogue.

Kimani a déclaré qu’il avait très mal vécu le refus à la frontière israélienne, mais qu’il commençait à voir le positif dans cette situation.

« Quand j’ai appris que mon cas allait être débattu à la Knesset, cela m’a vraiment montré que j’ai quelque chose d’important à faire dans ce monde », a-t-il déclaré, depuis le Kenya. « Maintenant, les gens savent qu’il y a des Juifs partout, qu’il y a des Juifs au Kenya. Ils m’ont donné la chance de me faire connaitre, et de faire connaitre la communauté kenyane. »

Kimani a tout de même aussi évoqué les conséquences négatives de cette affaire, notamment sur les doutes sur son identité juive.

Amos Arbel, le directeur du département du recensement au ministère de l’Intérieur, a qualifié Kimani de « goy [non-juif] du Kenya », et a demandé si Israël voulait que « la moitié de l’Afrique vienne en Israël ».

Arbel a souligné que le ministère de l’Intérieur n’a pas reconnu la conversion de Kimani, en dépit du fait que l’Agence juive reconnait la communauté Abayudaya d’Ouganda comme juifs, et leur permet d’immigrer en Israël dans le cadre de la Loi du Retour.

« Quand ils ont parlé du visa dans cette affaire, je ne m’attendais pas à entendre quelqu’un dire que j’étais un goy », a déclaré Kimani.

Avec la plupart de sa famille, il s’est converti en Ouganda en 2010, sous les auspices du rabbin Gershom Sizomu et d’autres rabbins conservateurs, qui ont mis sur pieds des tribunaux rabbiniques extraordinaires pour les conversions en Ouganda.

Kimani aide les nouveaux membres de la communauté juive kenyane à se préparer pour le prochain tribunal rabbinique en Ouganda, en les mettant en contact, via Internet avec des rabbins bénévoles qui les aident à étudier, et qui répondent à leurs questions. Pour certains membres, c’est la première fois qu’ils utilisent un ordinateur.

« Je me rendais en Israël pour accroître mes connaissances et mes compétences, pour apprendre et revenir enseigner à ma communauté », a expliqué Kimani. « Le [gouvernement israélien] devrait envisager d’ouvrir ses portes aux Juifs de tous les mouvements. »

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