Le Likud accuse Bennett de « tirer parti » du plan d’annexion
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Le Likud accuse Bennett de « tirer parti » du plan d’annexion

Après la reculade du Premier ministre sur la promesse d'annexion rapide, les responsables de son parti critiquent le ministre de la Défense qui réclame une action immédiate

Le dirigeant du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 22 avril 2013. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Le dirigeant du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 22 avril 2013. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Le parti du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu a attaqué, dimanche, le ministre de la Défense Naftali Bennett, accusant le numéro un de la formation Yamina de « tirer parti » des plans d’annexion de certains secteurs de la Cisjordanie.

L’offensive lancée contre Bennett – politicien de droite, comme le Likud, qui n’a pas hésité à affronter le Premier ministre dans le passé – a été entreprise après une nouvelle reculade de Netanyahu face à la promesse d’annexion immédiate qu’il avait faite après le dévoilement du contenu du plan de paix pour le Moyen-Orient du président Donald Trump, le mois dernier.

« Nous avons déjà amorcé le processus de cartographie des territoires qui, selon le plan de Trump, vont intégrer l’Etat d’Israël », a-t-il déclaré lors d’un événement de campagne du Likud qui était organisé dans l’implantation de Maale Adumim, samedi soir.

« Cela ne prendra pas beaucoup de temps et nous terminerons cela », a ajouté Netanyahu qui n’a pas donné de détails. Ces propos ont été largement considérés comme admettant que l’initiative ne pourrait pas être mise en oeuvre avant les élections du 2 mars.

Après ce discours, samedi soir, Bennett a vivement recommandé à Netanyahu de faire approuver l’annexion sans aucun délai.

« Il n’y aura jamais un moment plus approprié que celui-là pour élargir notre souveraineté sur ce qui est notre terre », a-t-il écrit sur Twitter. « J’appelle Netanyahu à amener à un vote immédiat, devant le cabinet, la question de la mise en oeuvre de la souveraineté en Judée-Samarie. M. le Premier ministre, nous serons à vos côtés. Sans souveraineté, nous aurons un État terroriste palestinien avec Jérusalem comme capitale ».

Photo d’illustration – Des fillettes ultra-orthodoxes se rendent à l’école en Cisjordanie, le 4 septembre 2016 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Ce post paru sur les réseaux sociaux a apparemment entraîné la colère de Netanyahu, des responsables du Likud disant que « Bennett est en train d’essayer de tirer parti pour lui-même des plans de souveraineté que le Premier ministre a présentés au cours des trois années de travail avec le président Trump ».

« Bennett n’est pas familier avec les détails ou les initiatives diplomatiques entreprises avec l’administration américaine. Ses propos ne font que mettre en péril l’extension de la souveraineté », ont-ils continué.

Les officiels du Likud ont également prétendu, sans détail et sans fournir de preuves, que Bennett avait mis en place des « entretiens en marge » avec le leader du parti Kakhol lavan, Benny Gantz.

Bennett et les autres membres de la formation Ymaina ont exclu de manière répétée rejoindre un gouvernement dirigé par Gantz et ils ont tous signé une promesse de loyauté à Netanyahu suite aux élections du mois de septembre, une ratification qui avait empêché Yamina et Bennett de mener des négociations indépendantes avec Kakhol lavan.

Les responsables de Yamina ont réagi, dimanche, en critiquant la décision prise par Netanyahu d’attaquer en public son partenaire de droite, comparant cette offensive « à une fusillade à l’intérieur d’un véhicule blindé » – une image fréquemment utilisée par Bennett pour décrire les querelles internes à la droite de l’échiquier politique.

« La raison pour laquelle Netanyahu s’empresse d’ouvrir le feu à l’intérieur du véhicule blindé qui transporte ses troupes et d’attaquer ses partenaires les plus loyaux aujourd’hui et demain – les sionistes religieux – reste indéterminée », auraient dit les officiels de Yamina.

« Nous n’avons aucunement l’intention de nous laisser traîner dans ce type de discours. Nous continuerons à mener une campagne positive consacrée aux questions importantes, à demander la souveraineté ici et maintenant et à promouvoir les intérêts israéliens les plus importants en termes de sécurité, de système judiciaire, d’éducation, d’identité juive, de transports et encore davantage ».

Immédiatement après l’annonce par Trump du contenu de sa proposition de paix au conflit israélo-palestinien – une annonce faite lors d’une cérémonie organisée à la Maison Blanche, le 28 janvier, à laquelle avait assisté Netanyahu – le Premier ministre avait dit aux journalistes qu’il prévoyait de présenter son plan d’annexion de la vallée du Jourdain et des implantations de Cisjordanie à l’approbation du cabinet dans les jours suivants.

Carte conceptuelle de la Vision pour la paix publiée par l’administration Trump le 28 janvier 2020.

Si l’ambassadeur américain au sein de l’Etat juif Israel David Friedman avait initialement fait part du soutien américain à une annexion immédiate de la part d’Israël, le conseiller de la Maison Blanche et artisan du plan, Jared Kushner, avait clairement établi le jour suivant que l’administration Trump désirait que Netanyahu attende au moins la formation d’un nouveau gouvernement israélien, à l’issue des élections nationales du 2 mars. Friedman est aussi revenu sur ces propos dimanche.

Kushner a indiqué jeudi qu’il faudrait probablement « deux mois » pour terminer le travail sur les cartes détaillées de Cisjordanie avant qu’Israël ne soit en capacité d’annexer les implantations et la Vallée du Jourdain.

Netanyahu n’a pas établi clairement, samedi, si ce travail de cartographie était mené en coordination avec les Etats-Unis. Il n’a pas précisé si une commission avait été par ailleurs mise sur pied pour travailler sur le projet.

« Il y a beaucoup, beaucoup de territoires et cela ne prendra pas beaucoup de temps », a-t-il clamé.

Netanyahu a insisté sur le fait que l’administration Trump soutiendrait ses plans d’annexion, ce que son parti du Likud a qualifié de « déclaration particulièrement importante ».

« Ne vous y trompez pas : Le président Trump nous suivra là-dedans », a-t-il dit.

Suite à sa promesse initiale, Netanyahu s’est retenu d’établir un calendrier pour l’annexion et il a vivement recommandé à ses partisans réunis mardi lors d’un événement de campagne de l’aider à être réélu, disant qu’une victoire permettrait à son parti du Likud d’obtenir l’approbation pour la mise en oeuvre du plan de paix de Trump.

Ces propos ont semblé reconnaître que l’annexion ne serait pas d’actualité avant le scrutin national.

Netanyahu aurait néanmoins dit aux chefs d’implantations, jeudi, qu’il travaillait encore à un certain degré d’annexion avant les élections, selon les participants à cette réunion.

L’AFP a contribué à cet article.

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