Le nouveau plan de Tsahal, de « Waze of War » au général chargé de contrer l’Iran
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Le nouveau plan de Tsahal, de « Waze of War » au général chargé de contrer l’Iran

Le plan pluriannuel Momentum vise à créer une armée plus intégrée, plus performante - même si le manque de gouvernement entraîne un problème de budget

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Photo d'illustration. Des soldats israéliens de l'unité de lutte contre le terrorisme d eLotar lors d'un entraînement sur la base militaire d'Adam, près de Modiin, le 22 juillet 2019  (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Photo d'illustration. Des soldats israéliens de l'unité de lutte contre le terrorisme d eLotar lors d'un entraînement sur la base militaire d'Adam, près de Modiin, le 22 juillet 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’armée israélienne a commencé cette semaine à mettre véritablement en oeuvre le développement de son plan Momentum – un plan à facettes multiples et portant sur plusieurs années qui vise à restructurer et à recentrer Tsahal sur tous les types de menaces que l’Etat juif pourrait devoir affronter dans un avenir proche.

Certaines parties du plan ont d’ores et déjà été mises en oeuvre mais ses orientations principales seront mises en place dans les prochains mois et le travail devrait durer au cours des cinq prochaines années.

Le ministre de la Défense, Naftali Bennett, a approuvé les principaux aspects du plan, le mois dernier. Ce dernier devait alors encore être approuvé par le cabinet de sécurité.

Au cours de la semaine passée, le chef d’Etat-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi, a présenté les aspects majeurs du plan aux hauts-officiers militaires.

« Les menaces n’attendent pas que nous soyons prêts à y faire face », a dit Kohavi aux hauts-responsables militaires qui étaient réunis. « Nous nous trouvons dans un lieu singulier où si nous n’appuyons pas fortement sur l’accélérateur dès maintenant et que nous n’augmentons pas notre impulsion, alors une faille se développera – pas dans un mois, pas dans un an, mais dans les prochaines années. Et c’est ce qui décidera de nos éventuelles victoires ».

Le chef d’Etat-major Aviv Kohavi présente son plan Momentum aux hauts-responsables militaires au mois de février 2020 (Crédit : Armée israélienne)

Le plan, qui prévoit l’acquisition de nouveaux missiles, drones, véhicules blindés, batteries anti-aériennes, hélicoptères, et navires en plus de la modernisation des équipements existants, sera coûteux, ce qui nécessitera une hausse budgétaire significative – qui est plus difficile en raison de l’instabilité gouvernementale actuelle.

En même temps, l’armée israélienne financera son plan Momentum par le biais de son allocation budgétaire mensuelle – calculée en prenant le budget total de 2019 et en le divisant en douze parts égales – et par le biais également de l’aide militaire américaine à hauteur de 3,8 milliards de dollars allouée à Tsahal par les Etats-Unis chaque année, dans le cadre d’un protocole d’accord qui avait été signé par le président américain Barack Obama.

Une augmentation de deux milliards de shekels du budget de la Défense a également été approuvée en théorie, mais elle n’a pas encore été remise aux militaires.

Jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement, l’écart entre le budget annuel de l’armée israélienne et ce dont elle aurait besoin dans les faits pour mettre pleinement en oeuvre le plan Momentum ne sera probablement pas entièrement comblé.

Gagner vite

Le principe directeur du plan, connu en hébreu sous le nom de Tenufa et qui a été élaboré sous la direction du chef d’état-major de l’armée israélienne Aviv Kohavi, est de s’appuyer pleinement sur tous les domaines dans lesquels l’armée affiche une supériorité face à ses ennemis – qu’il s’agisse de la puissance aérienne, des renseignements et des technologies – afin de garantir que les soldats garde un avantage constant et significatif face à leurs ennemis, en particulier face à l’Iran et au Hezbollah.

Les militaires comptent ainsi utiliser cette supériorité pour s’adjuger la victoire dans les guerres futures et ceci le plus rapidement possible, dans la mesure où la longueur d’un conflit est souvent assimilée à la défense – indépendamment du vainqueur sur le champ de bataille.

Pour ce faire, l’armée pense qu’elle doit améliorer de manière significative sa capacité à identifier des cibles ennemis et à en frapper le plus grand nombre possible, dans les meilleurs délais. Les militaires ont donc créé des groupes de travail en termes de renseignement qui rassemblent des représentants de secteurs différents – renseignement humain ou de signal, analystes – qui œuvreront à identifier de telles cibles le plus vite possible.

« Sur quoi est donc basé le plan ? Sur la capacité nettement améliorée à découvrir l’ennemi, sur la capacité nettement améliorée à détruire l’ennemi, sur l’intégration qui nous permet d’être très, très efficaces », a dit Kohavi cette semaine.

« La mise en oeuvre du plan Momentum pluriannuel va permettre à Tsahal de renforcer ses capacités de manière significative. Le plan va augmenter la létalité de l’armée israélienne… et créera les conditions nécessaires pour raccourcir la durée d’une guerre », a-t-il ajouté.

Le plan va donc impliquer également l’amélioration de la qualité et de la quantité des équipements et des armes, et mettra les nouvelles capacités militaires à la disposition d’un plus grand nombre de soldats à travers une meilleure communication et une meilleure accessibilité.

Un champ de bataille pleinement intégré, tel que vu par les militaires israéliens dans le cadre du plan Momentum, au mois de février 2020 (Crédit : Armée israélienne)

Dans le cas des systèmes technologiques, il faudra faire en sorte que toutes les parties, au sein de l’armée, puissent parler le même langage.

En plaçant tous les systèmes militaires dans le même réseau, les troupes d’infanterie auront accès aux images des drones des zones qu’ils sont sur le point d’investir, les avertissant des menaces potentielles, tandis que les avions-chasseurs pourront être alertés par les soldats sur le terrain de nouvelles cibles à frapper – au moins en théorie.

C’est en tout cas ce qui se concrétisera via un programme informatique que l’armée israélienne a appelé le « Waze de la guerre » – du nom d’une application de navigation populaire – qui permettra aux commandants de voir facilement des cibles sur une carte ainsi que les méthodes variées qu’ils peuvent utiliser pour les frapper – artillerie, troupes au sol, avions-chasseurs, drones, etc.

Ce plan nécessitera également une réorganisation d’une partie de l’armée, nécessaire pour mieux se focaliser sur les menaces qu’Israël est amené à affronter.

Par exemple, Kohavi a proposé de créer un poste à l’état-major qui se consacrera à la lutte contre l’Iran, en réunissant les composantes variées amenées à combattre les menaces émanant de la République islamique sous une seul et même autorité.

L’armée israélienne insiste sur le fait qu’elle va appuyer les aspects du plan qui ne sont pas concernés par les contraintes budgétaires, indépendamment de la manière dont les questions de financement seront résolues.

« Ce plan pluriannuel n’est pas seulement une affaire d’argent, il ne s’agit pas uniquement de projets. C’est avant tout un calibrage de nos futures perspectives, de nos priorités, de notre orientation en termes d’organisation, que nous devrons tous adapter à de nouveaux repères », a-t-il expliqué.

« Les défis autour de nous ne nous permettent pas d’attendre – et donc, malgré les complexités posées, le plan pluriannuel est en cours de mise en oeuvre », a ajouté Kohavi, faisant allusion à l’instabilité politique dans le pays.

Le plan Momentum est le successeur plus onéreux du plan Gédéon – un plan de rationalisation qui visait à réduire les coûts – qui avait guidé Tsahal au cours des cinq dernières années et qui avait été critiqué pour sa prise en charge – ou sa négligence, selon de nombreux détracteurs – des forces terrestres de l’armée.

La proposition de Kohavi place les « unités de manœuvre » militaires, en particulier l’infanterie et les tanks, sur le devant de la scène tout en renforçant de manière significative les financements pour l’armée de l’air.

Les vieux équipements dehors, bienvenue à la nouveauté

Le plan Momentum sera l’occasion de réorganisations structurelles majeures au sein de Tsahal.

En plus de la création d’un poste à l’Etat-major qui se consacrera exclusivement à l’Iran – les détails de cette initiative restent encore à déterminer – l’armée va supprimer une brigade entière de blindés qui utilisaient des véhicules anciens et un certain nombre de tanks seront également retirés du service. Deux escouades aériennes utilisant de vieux avions bénéficieront de nouveaux appareils plus avancés. Il est impossible de dire pour le moment si ce seront des F-35 ou des F-15 modernisés.

Un hélicoptère Yasur de l’armée israélienne, le 19 avril 2018. (Moshe Shai/Flash90)

Dans les années à venir, l’aviation militaire remplacera également ses flottes d’hélicoptères de transport Sikorsky CH-53, vieilles de 51 ans, par des modèles de type CH-47 Chinook chez Boeing ou Ch-53K King Stallion du fabricant Lockheed Martin.

La décision finale sur le choix final des appareils n’a pas encore été prise.

Le commandement de la défense de l’armée de l’air israélienne sera aussi restructuré avec le déploiement d’un système national de défense antiaérienne, en plaçant les batteries actuellement dispersées dans tout le pays dans des zones où l’armée israélienne identifie habituellement des tirs de roquettes.

Avec l’acquisition de batteries supplémentaires et de missiles intercepteurs améliorés, les déploiement seront largement fixes – même si certains systèmes pourront être occasionnellement déplacés pour une meilleure couverture – et les opérations seront centralisées à partir d’un seul endroit.

L’armée réfléchit également à créer un nouveau niveau dans sa gamme de défense antiaérienne – actuellement constituée du Dôme de fer, de la Fronde de David à moyenne portée et des systèmes Arrow à longue portée – pour pouvoir se confronter aux roquettes et obus de mortier de courte portée contre lesquels le Dôme de fer a du mal à se défendre actuellement.

La technologie utilisée pour ce nouveau système reste indéterminée, même si le ministère de la Défense s’est récemment vanté d’une percée réalisée dans le développement de lasers anti-roquettes.

Le ministère de la Défense et le contractuel de la défense Rafael testent une version mise à jour du système de défense du Dôme de fer en janvier 2020. (Ministère de la Défense)

Les militaires créeront également une nouvelle division de combat, la Division 99, qui sera constituée à partir de la brigade Kfir. Au début, cette unité sera placée sous l’autorité des forces terrestres mais une fois qu’elle sera pleinement formée et opérationnelle, elle sera transférée sous la responsabilité, au choix, des commandements du sud, du nord ou central.

Comme l’a annoncé Kohavi le mois dernier, la brigade Kfir sera transformée en une unité d’infanterie « supérieure », qui sera équivalente aux quatre autres brigades d’infanterie militaire – un processus qui devrait prendre au moins trois ans.

Jusqu’à présent, la brigade s’était concentrée sur la lutte contre le terrorisme palestinien, particulièrement en Cisjordanie mais également dans la bande de Gaza. Grâce à cette mutation qui commencera dans l’année, la brigade Kfir sera formée, comme les autres unités d’infanterie, à combattre sur tous les fronts.

Des soldats de la Brigade Kfir de Tsahal lors d’un entraînement dans la vallée du Jourdain, le 28 novembre 2017. (Crédit : Judah Ari Gross / Times of Israel)

Cette transformation devrait commencer cet été avec des exercices visant à préparer les soldats au combat sur le front du nord. Pour procéder à ce changement profond de l’unité destinée à devenir une brigade d’infanterie « supérieure », Kfir devra aussi être à l’aise avec l’utilisation des missiles antitanks. L’unité devra également intégrer dans ses rangs des centaines de soldats supplémentaires – un procédé de recrutement qui devrait prendre au moins deux ans.

Et la brigade aura enfin besoin de blindés pour le transport du personnel. L’armée réfléchit actuellement aux véhicules à utiliser et à la manière de les acquérir rapidement.

Au sein des forces terrestres – qui sont responsables du développement des techniques de combat et de la formation des soldats, mais qui n’interviennent pas dans leur commandement en temps de guerre – l’armée créera une nouvelle unité expérimentale connue sous le nom de « brigade d’attaque », qui incorporera des troupes terrestres et aériennes avec pour objectif de faciliter la mise en oeuvre de tactiques de combat mieux intégrées qui utiliseront à la fois des ressources au sol et dans l’air.

Sous les dispositions du plan, les forces terrestres adopteront la formation au combat urbain en priorité, les ennemis identifiés par l’armée israélienne – et qu’elle serait susceptible de combattre – étant généralement des groupes terroristes opérant dans des zones très peuplées, à la place des militaires du passé.

Le plan Momentum ne se penche pas énormément sur la marine israélienne. Il mentionne toutefois l’acquisition prévue, au cours des trois prochaines années, de quatre nouveaux navires de type Saar-6, qui seront chargés de défendre les nouvelles plateformes d’extraction de gaz naturelles de l’Etat d’Israël.

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