Le NYT change le texte semblant affirmer la supériorité génétique des Ashkénazes
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Le NYT change le texte semblant affirmer la supériorité génétique des Ashkénazes

Le journal dit n'avoir pas eu connaissance des idées de l'auteur même s'il avait, dans le passé, dénoncé dans un article la promotion par ce dernier de "stéréotypes racistes"

Bret Stephens à l'université de Chicago, le 7 juin 2014. (Crédit : Jason Smith via JTA)
Bret Stephens à l'université de Chicago, le 7 juin 2014. (Crédit : Jason Smith via JTA)

À la suite du torrent de critiques de la part des lecteurs l’accusant de racisme et d’eugénisme, le New York Times a modifié, dimanche, un article d’opinion controversé écrit par le chroniqueur Bret Stephens, supprimant une partie de celui-ci dans laquelle il semblait adopter le point de vue d’une supériorité génétique inhérente des Juifs ashkénazes sur les autres groupes humains.

Dans un article intitulé « Les secrets du génie juif » (The Secrets of Jewish Genius) et publié dans l’édition papier de vendredi, Bret Stephens se demandait : « comment se fait-il qu’un peuple qui n’a jamais même représenté le tiers de 1 % de la population mondiale a contribué si fortement à la découverte de ses idées et innovations les plus révolutionnaires ? ».

Bret Stephens avait écrit que la « réponse courante » était que les « Juifs sont, ou ont tendance à être, intelligents » et affirmé que « quand il s’agit des Juifs ashkénazes, c’est vrai ». Pour preuve, il avait cité une publication académique de 2005 qui soutenait l’idée que les « Juifs ashkénazes ont la moyenne de QI la plus élevée que n’importe quel groupe ethnique pour lequel il y a des données disponibles ».

L’article, publié dans le Journal of Biosocial Science, avait été très critiqué par les chercheurs et l’un de ses auteurs, Henry Harpending, avait été dépeint par le SPLC ( Southern Poverty Law Center), ONG dont la mission est de traquer les groupes de haine, « d’eugéniste ». L’organisation avait souligné qu’il s’était exprimé par ailleurs lors d’un certain nombre de rassemblements de suprématistes blancs.

Henry Harpending (Capture d’écran)

Dans son texte, Stephens n’a pas affirmé explicitement que les réussites des Juifs ont une base génétique.

Clamant que « certaines habitudes de la tradition intellectuelle juive et certaines sensibilités des Juifs, en tant que communauté minoritaire à travers une bonne partie de leur histoire, leur ont accordé un avantage d’innovateurs scientifiques et culturels », il concluait son article en disant que « au mieux, l’Occident peut s’honorer du principe du pluralisme racial, religieux et ethnique, non comme un accommodement accordé avec réticence aux étrangers mais comme l’affirmation de sa propre identité diverse ».

« Dans ce sens », avait-il écrit, « ce qui rend les Juifs particuliers, c’est qu’ils ne le sont pas. Ils sont représentatifs ».

Dans une note accolée au texte, le New York Times souligne que la version originale a « cité des statistiques issues d’un article de 2005 qui avançait une hypothèse génétique à la base de l’intelligence des Juifs ashkénazes » et que Stephens et le journal n’avaient appris qu’ensuite « les points de vue racistes » de Harpending.

« M. Stephens n’approuve ni l’étude, ni les points de vue exprimés par l’auteur, mais cela a été une erreur de les citer sans faire preuve d’esprit critique. L’effet a été de laisser l’impression, chez de nombreux lecteurs, que M. Stephens affirmait que les Juifs étaient génétiquement supérieurs. Ce n’était pas son intention », a écrit le célèbre quotidien, indiquant qu’il avait « supprimé les références faites à l’étude dans l’article d’opinion ».

En réponse à l’article, le journaliste Joshua Benton, qui dirige le laboratoire de journalisme Nieman à l’université de Harvard, a écrit sur Twitter que le Times lui-même avait, l’année dernière, présenté un article dénonçant Harpending pour sa perpétuation de « stéréotypes racistes ».

Un grand nombre de personnes – et au moins un contributeur du New York Times – ont appelé au renvoi de Stephens.

« M’exprimant en tant que Juive ashkénaze et en tant que contributeur du NYT, je ne pense pas que les eugénistes devraient pouvoir être chroniqueurs », a écrit Jody Rosen.

Stephens n’a pas encore fait de commentaires publics après ce tollé. Il a quitté Twitter au début de l’année, après avoir été moqué et comparé à une punaise de lit par un utilisateur.

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