« Les ashkénazes génétiquement plus intelligents », Bret Stephens crée un tollé
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« Les ashkénazes génétiquement plus intelligents », Bret Stephens crée un tollé

Dans l'article publié vendredi, l'auteur renvoie à une étude de 2005 sur l'intelligence juive qui avait été associée aux suprémacistes blancs et suscite un tollé

Bret Stephens à l'université de Chicago, le 7 juin 2014. (Crédit : Jason Smith via JTA)
Bret Stephens à l'université de Chicago, le 7 juin 2014. (Crédit : Jason Smith via JTA)

Bret Stephens, auteur du New York Times, a reçu une pluie de critiques après qu’il a semblé avancer l’argument que les Juifs ashkénazes étaient génétiquement pré-disposés à avoir un QI supérieur aux non-Juifs.

Dans un article intitulé « Les secrets du génie juif » (The Secrets of Jewish Genius) et publié dans l’édition papier de vendredi, Bret Stephens se demande « comment se fait-il qu’un peuple qui n’a jamais même représenté le tiers de 1 % de la population mondiale a contribué si fortement à la découverte de ses idées et innovations les plus révolutionnaires ? ».

Bret Stephens a écrit que la « réponse courante » était que les « Juifs sont, ou ont tendance à être, intelligents », et il a affirmé que « quand il s’agit des Juifs ashkénazes, c’est vrai ». Pour preuve, il a cité une publication académique de 2005 qui soutenait l’idée que les « Juifs ashkénazes ont la moyenne de QI la plus élevée que n’importe quel groupe ethnique pour lequel il y a des données disponibles ».

L’article, publié dans le Journal of Biosocial Science, avançait l’idée que la culture juive ashkénaze et le comportement communautaire au Moyen-Âge pouvait expliquer leur intelligence supérieure, comme on la retrouve dans leurs scores de QI – tout en causant également des maladies génétiques spécifiques à la communauté.

Albert Einstein et les dirigeants de l’Organisation sioniste mondiale en 1921. Albert Einstein avec sa femme Elsa Einstein, et les dirigeants sionistes Menachem Ussishkin, Chaim Weizmann, Vera Weizmann et Ben-Zion Mossinson arrivant à New York. (Crédit : domaine public/Wikipedia)

Les arguments du journal font polémique au sein de la communauté scientifique. L’un de ses trois co-auteurs, Henry Harpending, est apprécié parmi les suprémacistes blancs pour avoir avancé l’idée, à une autre occasion, que la civilisation humaine a accéléré l’évolution humaine, en dehors de l’Afrique. Selon lui, les Européens blancs seraient génétiquement prédisposés à être plus impliqués auprès de leurs familles et à posséder un sens éthique du travail plus fort que des peuples d’Afrique sud-saharienne.

« Le dernier article de Bret Stephens n’est pas comme les autres », a écrit le sénateur américain Brian Schatz (élu démocrate de l’État d’Hawaï), qui est juif, dans un message publié samedi sur Twitter au sujet du dernier article de l’auteur conservateur.

« Je veux dire qu’il est mauvais, comme les autres, mais il a franchi une ligne très grave et sans aucune autre raison que la provocation. Eh, on peut dire que je suis énervé », a écrit Brian Schatz.

La journaliste Elizabeth Spiers a insisté « qu’il n’y a aucune chance qu’une femme ou qu’une personne de couleur aurait pu s’en tirer en publiant un article aussi stupide et immoral ».

Dans son article, l’auteur n’affirme pas explicitement que les réussites des Juifs ont une base génétique, déclarant qu’il a mis de côté « la question éternelle de l’inné et de l’acquis afin d’expliquer pourquoi autant de Juifs ashkénazes ont des QI plus élevés », en faveur d’un argument sur la culture juive. Certaines habitudes de la tradition intellectuelle juive et certaines sensibilités des Juifs, en tant que communauté minoritaire à travers une bonne partie de leur histoire, leur ont accordé un avantage d’innovateurs scientifiques et culturels », explique-t-il.

Mais Tim Marchman, rédacteur en chef chez Vice, a noté que l’article de 2005 cité et auquel Stephens renvoie comme une preuve de l’intelligence supérieure des Juifs ashkénazes, avance l’argument contraire. L’article explique que les QI des ashkénazes dépassent de loin ceux des Juifs séfarades et mizrahi qui partagent pourtant tous les deux les traditions juives et le même statut de minorité que leurs coreligionnaires ashkénazes.

« C’est dur de lire cet article comme cherchant à exprimer autre chose qu’une croyance dans une infériorité génétique et culturelle des Juifs non ashkénazes ; il est difficile de dire si c’est intentionnel ou s’il s’agit seulement d’un manque de sérieux effarant, mais, dans tous les cas, ce n’est pas le type d’article que le [New York] Times devrait publier », a écrit Marchman.

Beaucoup, dont au moins une autre contributrice du célèbre quotidien, ont appelé à exclure Stephens pour cet article.

« M’exprimant à la fois en tant que Juive ashkénaze et contributrice du NYT, je ne pense pas qu’un eugéniste devrait publier des articles » dans le journal, a écrit Jody Rosen.

Stephens n’a pas encore réagi publiquement à cette pluie de critiques. Il a quitté Twitter cette année après que quelqu’un s’est moqué de lui en le comparant à une punaise de lit.

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