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Service militaire : Le parti Shas menace de s’opposer à l’adoption du budget 2026

Le procureur général adjoint déclare que le gouvernement bafoue la décision de la Cour suprême sur les sanctions envers les Haredim - Bismuth accuse les opposants au projet de loi de "manque de réalisme" ; Porush : La suppression des aides à la garde d’enfants aux réfractaires du service militaire accule les familles à la "famine"

Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, assistant à une réunion du Conseil des Sages de la Torah, à Jérusalem, le 16 juillet 2025. (Crédit : Flash90)
Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, assistant à une réunion du Conseil des Sages de la Torah, à Jérusalem, le 16 juillet 2025. (Crédit : Flash90)

Le parti ultra-orthodoxe Shas ne votera pas le budget 2026 sans l’adoption préalable du projet de loi de la coalition réglementant la conscription et les exemptions des Haredim, a déclaré dimanche à Radio Kol Barama le chef du parti, Asher Medina.

Le budget général doit être adopté avant le 31 mars prochain, faute de quoi le gouvernement sera dissous, ce qui donnera lieu à des élections anticipées.

« Du point de vue de la population haredi, le projet de loi est aussi complet que possible. Avec l’aide de Dieu, nous voterons cette loi parce que c’est la seule chose susceptible de sauver le monde de la Torah. Ce ne sont pas les manifestations qui mettront un terme aux arrestations mais la loi,” a dit Medina à l’antenne de cette radio consacrée aux Haredim.

Lors d’une réunion concernant les fonds destinés à l’éducation des Haredim, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a dit aux représentants du Shas et du parti ultra-orthodoxe ashkénaze Yahadout HaTorah ainsi qu’aux membres du Conseil des ministres que les députés devaient tout faire pour faire adopter au plus vite ce projet de loi pourtant controversé. « Nous devons faire rapidement passer cette loi sur la conscription, tout en dépend », aurait déclaré Netanyahu au sujet du budget 2026, selon le site d’information Ynet.

Selon le député du parti Yahadout HaTorah, Meir Porush, le fait de refuser des aides à la garde d’enfants aux familles des réfractaires au service militaire provoquerait la « famine » chez les Haredim et serait même contraire à un traité des Nations unies sur les droits de l’Homme.

En juin 2024, la Cour suprême a rendu une décision enjoignant aux autorités d’envoyer leur ordre de conscription aux hommes Haredim. Depuis, les réfractaires au service militaire ont perdu l’accès aux aides pour la garde d’enfants et autres allocations.

Les yeshivot abritant des réfractaires ont par ailleurs subi une baisse de leur budget et l’armée israélienne a d’ores et déjà interpelé quelques réfractaires, certains d’entre eux au moment où ils tentaient de quitter le pays.

C’est lors d’un débat au sein de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset portant sur la loi de la coalition régissant la conscription des Haredim et ses exemptions que Porush a exigé de savoir dans quelle mesure les sanctions concernant le droit de garde étaient contraires aux obligations nées de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, dont les signataires — à commencer par Israël — sont tenus de prendre des mesures pour garantir que les enfants aient accès à « des aliments nutritifs appropriés et de l’eau potable ».

Porush a insisté pour que cette question soit examinée par le conseiller juridique de la commission, estimant pour sa part que cette sanction « causait la faim » et « devait être examinée à l’aune du respect de la Convention des Nations unies ».

Si la loi de la coalition venait à être adoptée, elle rétablirait le statut initial des étudiants de yeshiva ayant refusé de déférer à leur ordre de conscription ces douze derniers mois, à commencer par le rétablissement des aides et, du côté des yeshivot, le versement immédiat de la moitié des fonds dûs avant la décision de la Cour suprême, ce qui desserrerait la contrainte économique et juridique sur la communauté.

Selon ce projet de loi, les étudiants de yeshiva à temps plein bénéficieront de nouveaux reports sur le plan militaire mais continueront de se voir privés de l’obtention de leur permis de conduire ou de voyager à l’étranger jusqu’à leurs 23 ans révolus. Ils ne seront par ailleurs pas éligibles aux bourses scolaires ou aux crédits d’impôt avant l’âge de 26 ans.

Les sanctions s’intensifieront si les objectifs d’enrôlement ne sont pas atteints, dans le but d’encourager les étudiants de yeshiva à délaisser leurs livres pour aller prendre les armes. Elles concerneront en effet les aides à la garde d’enfants ou l’inéligibilité aux aides au logement, les réductions sur l’assurance maladie et les les transports en commun, et ce, jusqu’à l’âge de 26 ans.

Le chef du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, a pour sa part comparé les sanctions envisagées contre les étudiants de yeshiva qui se soustraient au service militaire à l’étoile jaune que les nazis obligeaient les Juifs à porter pendant la Shoah, provoquant l’indignation des deux camps.

Ce haut responsable ultra-orthodoxe a aussi assuré, sans preuve, que davantage d’Israéliens laïcs se soustraient au service militaire que d’ultra-orthodoxes, et insisté pour que « toutes les sanctions soient levées ».

« J’implore la commission : s’il y a des gens qui étudient la Torah, exemptez-les de tout. Ils ne doivent pas être soumis à des quotas ou à des objectifs », a-t-il lancé. « Dans quel pays du monde punit-on un rabbin ? Ici, en Israël, on déciderait de les punir ? Un badge jaune, comment peut-on faire une chose pareille ? »

Les principaux responsables politiques de la coalition et de l’opposition ont aussitôt condamné ces propos.

« Mon père portait une étoile jaune dans le ghetto de Budapest simplement parce qu’il n’y avait pas d’armée juive pour le protéger. Mon grand-père portait une étoile jaune lorsqu’il a été assassiné dans un camp de concentration », a déclaré le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, qualifiant les propos de Goldknopf de « rêve de tout antisémite », car, selon lui, ils banalisent la Shoah et discréditent l’armée israélienne.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a également fustigé Goldknopf, déclarant qu’il n’y avait « aucune place dans notre coalition » pour des individus « qui ne cessent de nuire au peuple d’Israël, aux combattants de Tsahal et aux érudits de la Torah ».

« Nos héros combattants sont ceux qui luttent contre les nazis de toutes les générations et les empêchent de mettre en œuvre la Solution finale conçue par celui qui a créé l’étoile jaune », a écrit Smotrich.

Le député du Likud, Boaz Bismuth, président de la commission et auteur du projet de loi, a déclaré respecter les étudiants des yeshivot et le monde Haredi, mais a ajouté : « Ce n’est pas une étoile jaune. Il y a des limites. »

Le procureur général adjoint Gil Limon lors d’une réunion de la commission Constitution, Droit et Justice à la Knesset, le 9 décembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le procureur général adjoint, Gil Limon, a quant à lui accusé le gouvernement de contrevenir à la décision de la Cour suprême établissant des sanctions contre les réfractaires Haredim, ce qu’il a qualifié de « crise constitutionnelle ».

« La Cour suprême a exigé que soient prises des décisions qui sont les nôtres aujourd’hui. C’est une véritable violation de cette décision,” aurait dit Limon, d’après le site d’information Ynet, en évoquant le Conseil des ministres d’aujourd’hui, à l’expiration du délai fixé par la Cour pour proposer des sanctions plus sévères à l’encontre des réfractaires.

À la mi-novembre, la Cour avait accordé 45 jours de plus au gouvernement pour proposer des sanctions efficaces, à commencer par des poursuites pénales, contre les étudiants de yeshiva ultra-orthodoxes qui refusent de déférer à leur ordre de conscription de l’armée israélienne.

Dans une décision unanime, la Cour suprême a accusé le gouvernement et les agences de l’État de n’avoir quasiment rien « fait » pour faire respecter la loi en ce qui concerne les réfractaires Haredim, ce qui équivaut selon elle à une application sélective de la loi et à une violation de l’obligation de l’État d’appliquer ses propres lois.

La Cour suprême a en effet enjoint les autorités d’engager au plus vite des poursuites pénales contre les hommes ultra-orthodoxes déjà considérés comme réfractaires à la conscription et de rédiger d’ici le 4 janvier 2026 des mesures d’exécution civiles et économiques susceptibles d’avoir un effet sur ceux qui refusent de se conformer aux ordres de conscription.

Yossi Fuchs, le secrétaire du gouvernement, aurait déclaré que « la ligne du gouvernement consiste à faire voter la loi sur la conscription », allusion au projet de loi sur la conscription et les exemptions concernant les Haredim actuellement débattu au sein de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset.

Limon a par ailleurs reproché au gouvernement d’avoir proposé un projet de loi très controversé visant à établir une enquête conduite par des personnalités nommées sur critères politiques au sujet des dysfonctionnements liés au 7-octobre, au lieu d’une commission d’enquête d’Etat.

Selon Ynet, Limon aurait dit aux ministres que ce projet de loi « établit un mécanisme ayant un contrôle politique total sur la composition du comité et les sujets de l’enquête » et que le gouvernement faisait de « cette enquête une chose politique ».

Le président de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, Boaz Bismuth (au centre), avec la conseillère juridique de la commission, Miri Frenkel Shor (à droite) lors d’un débat sur le projet de loi du gouvernement visant à réglementer la conscription des ultra-orthodoxes et ses exemptions, le 28 décembre 2025. (Noam Moskowitz/Service du porte-parole de la Knesset)

Bismuth a reproché aux députés de l’opposition opposés à son projet de loi de promouvoir des politiques qui mèneront à l’arrestation massive de Haredim et non à leur enrôlement au sein de l’armée israélienne.

Lors d’un échange avec Yisrael Sharon Nir, député du parti Beytenu et grand critique de ce projet de loi, Bismuth a déclaré : « Si je vous écoutais, il n’y aurait pas 17 000 soldats [haredim] mais 17 000 prisonniers et 5 000 soldats pour les garder ». « Vous n’êtes pas réaliste. »

S’adressant à la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, le général de brigade Shay Tayeb, chef de la division Planification et Gestion du personnel de la direction de l’armée israélienne, a indiqué que, ce dimanche après-midi, « on comptait plus de 210 combattants et plus de 140 soldats de soutien au combat, et il est probable que d’ici dix jours, cette vague d’enrôlements sera la plus importante de ces dernières années ».

Les nouvelles recrues sont destinées à servir dans le bataillon ultra-orthodoxe Netzach Yehuda, la brigade hasmonéenne et d’autres unités dediées aux haredim.

Des manifestants ultra-orthodoxes ont tenté d’empêcher les recrues de s’enrôler au bureau de recrutement de Jérusalem et à la base militaire de Bakoum, dans le centre d’Israël, ce qui a provoqué des affrontements avec la police, qui a utilisé des canons à eau pour les disperser.

Selon le site d’information Ynet, les manifestants ont crié que les recrues deviendraient laïques dans l’armée et les ont traités de « pécheurs » et de « meurtriers ».

Globalement, les critiques de ce projet de loi estiment qu’il comporte trop de failles et d’options de retrait pour répondre efficacement aux demandes de la population israélienne de relever significativement le niveau de la conscription des Haredim.

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