Le peintre Gérard Garouste, la psychanalyse et les symboles bibliques
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Le peintre Gérard Garouste, la psychanalyse et les symboles bibliques

L'artiste exposera une vingtaine de toiles qui sont les fruits d'un itinéraire intérieur : des entretiens avec son ami, le philosophe et rabbin Marc-Alain Ouaknin

Le peintre Gérard Garouste. (Crédit : Facebook)
Le peintre Gérard Garouste. (Crédit : Facebook)

Psychanalyse, Kabbale, récits bibliques, Kafka : Gérard Garouste fait dialoguer dans ses tableaux exubérants et angoissés de puissants contes et symboles enfouis, faisant de lui un artiste inclassable et, selon ses termes, « intranquille ».

Le peintre à la fois figuratif et surréaliste, où l’on retrouve un peu du Greco, du Tintoret, de Chagall, livre trois ans de travail à la galerie Templon, dans le Marais, à Paris, en attendant d’exposer en septembre 2022 au Centre Pompidou.

Garouste explore le rapport à la légende, à l’inconscient et au sacré. « Nul à l’école, j’ai eu toujours l’amour des contes et légendes », confie-t-il à l’AFP.

Le Banquet d’Esther, le dialogue entre Jésus et la Samaritaine sont quelques-uns des thèmes des scènes étranges où se glissent écureuils, martres, belettes, oies, moutons et même un Pinocchio, et où pleuvent du ciel des confettis qui symbolisent l’envoi de la manne au peuple juif dans le désert.

Le Banquet figure au centre d’un triptyque, pièce majeure de l’exposition intitulée « Correspondances ». Banquet où sont représentés l’écrivain Franz Kafka qui le fascine, en compagnie d’intellectuels et d’artistes.

Mains et corps démesurément allongés, regards et visages comme déformés par un phénomène d’anamorphose : les personnages de Garouste semblent perdre pied, voguer. Les titres expriment une angoisse : « le je de l’autre », « le combat des mains »,…

Gérard Garouste voue un culte à Giorgio de Chirico pour avoir « continué à croire dans la peinture ».

Son maître-mot est « l’alte neue Kunst », concept allemand qui exprime « l’aller-retour entre l’ancien et le moderne » dans une même œuvre. « On a dit de moi que je serais passéiste. Mais je veux prendre le meilleur du passé, les techniques, les outils, la peinture, et le meilleur de l’actualité : être original, iconoclaste, mais pas dans l’anarchie ».

Délires

La vingtaine de toiles exposées sont les fruits d’un itinéraire intérieur : des entretiens avec son ami, le philosophe et rabbin Marc-Alain Ouaknin, qui anime notamment l’émission hebdomadaire Talmudiques sur France culture le dimanche matin.

Une « H’avrouta », débat à partir de la Kabbale, sur le sens des mots bibliques, plus riches que les histoires elles-mêmes. Débat de maître à élève, où l’on associe comme en psychanalyse, où « l’on s’égare » pour « trouver ce qu’il y a derrière le texte.

Converti au judaïsme, Gérard Garouste souligne que « son propos n’est pas religieux ». Né en 1946 à Paris, le peintre a eu une enfance perturbée, aux côtés d’un père violent et antisémite, qui voulait en faire un pilote de ligne.

Il sera artiste, seul domaine où il peut exprimer sa trop fertile imagination, et finira par rompre les liens avec son père.

Adulte, il connait des phases de délire et de profondes dépressions qui lui vaudront des séjours en psychiatrie et un diagnostic, celui de bipolaire.

Un trouble qu’il réussit à réguler grâce à un suivi psychiatrique et l’appui de son épouse Elizabeth, designer reconnue. « C’est l’art et ma femme qui m’ont fait vivre », confie-t-il lors de l’entretien.

Quand il rencontre Elizabeth, elle l’encourage à fonder une famille, « continue à croire en son talent. « Je m’étais réfugié dans le délire et n’avais pas la force d’être artiste ».

Stabilisé aujourd’hui, Gérard Garouste admet son besoin de paix : « Le seul endroit où je me sens bien est mon atelier au fond de la Normandie ».

Auteur d’un autoportrait L’intranquille en 2019, et maintenant d’un ouvrage d’entretiens avec l’historienne de l’art Catherine Grenier, Vraiment peindre, il est aussi reconnu dans le monde de l’art pour son engagement social.

Créée il y a trente ans, son association, la Source, invite les artistes, dans une dizaine d’ateliers en France, à faire partager leur art à des enfants défavorisés : « C’est, dit-il, ce que j’ai réussi de mieux ».

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