Le père de l’ado palestinien assassiné affirme qu’Israël minimise sa mort
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Le père de l’ado palestinien assassiné affirme qu’Israël minimise sa mort

L'armée dit avoir tiré par erreur sur Badran, 15 ans, alors qu'elle poursuivait des lanceurs de pierres ; le père du garçon accuse l'armée "d'avoir mis un terme" à ses rêves

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Une ambulance sur les lieux d'une attaque au couteau sur la route 443, le 15 août 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Une ambulance sur les lieux d'une attaque au couteau sur la route 443, le 15 août 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le père de l’adolescent palestinien tué par balles par des soldats israéliens qui poursuivaient des lanceurs de pierres mercredi a accusé l’armée de ce qu’il a qualifié de dénigrement de la mort de son fils.

Les troupes israéliennes ont abattu Badran, 15 ans, et ont blessé plusieurs autres personnes qui étaient initialement suspectées d’avoir jeté des pierres sur des conducteurs israéliens. Tsahal a plus tard reconnu qu’ils n’étaient pas impliqués et a dit qu’ils avaient été ciblés par erreur.

« Vous déclarez que vous avez fait une bêtise, mais le fond du problème c’est que vous avez tué un garçon », a affirmé Rafat Badran sur la radio de l’armée. « Vous avez mis un terme au rêve d’un garçon qui rêvait de devenir docteur, de jouer pour le Real Madrid. Et vous dites simplement que vous avez fait une erreur, comme quelqu’un dirait qu’il a fait une erreur en comptant un peu d’argent. C’est ainsi que vous voyez le problème dans votre armée ».

L’armée a dit qu’elle avait ouvert une enquête à propos de l’incident, qui s’est produit sur la route 443 près du village palestinien de Beit Ur al-Tahta, a déclaré un porte-parole de l’armée.

Trois Israéliens ont été blessés lorsque leur voiture s’est retrouvée la cible de jets de pierres et de cocktails molotov, a dit Tsahal, et plusieurs autres véhicules ont été endommagés.

Le père de l’adolescent tué a dit que les garçons rentraient d’une baignade de nuit dans une source des environs lorsque la fusillade fatale s’est produite. Ils célébraient le fait que leur cousin du Qatar était en ville, a-t-il déclaré.

D’après Badran, la voiture dans laquelle se trouvait son fils a reçu les tirs à travers le toit ainsi qu’à travers le pare-brise arrière. L’intervieweur de la radio de l’armée, Niv Raskin, citant apparemment l’armée, a assuré que les soldats avaient tiré sur le véhicule uniquement après que le conducteur ait refusé de s’arrêter, et avaient ciblé les pneus, mais les avaient manqués.

Il a ensuite questionné de façon intensive le père à propos de sa carrière actuelle au ministère des Affaires étrangères palestinien et à propos de son passé criminel.

Badran a dit qu’il avait été emprisonné pour avoir essayé de commettre une attaque en 1985, et qu’il avait été libéré en 1999 dans le cadre des Accords d’Oslo, qui ont vu la libération de beaucoup de Palestiniens dans le cadre d’un processus de paix de plusieurs années.

« J’ai essayé de commettre un attentat il y a longtemps. C’était avant Oslo. Pendant Oslo nous croyions en la paix. Nous avons tendu nos mains en paix. Nous espérions travailler ensemble afin que chacun d’entre nous ait un Etat. Mais votre gouvernement a transformé cela en une blague », a dit Badran.

Interrogé sur le fait qu’il pense ou non qu’il puisse y avoir la paix entre Israéliens et Palestiniens dans un futur proche, Badran a répondu, « Savez-vous ce que j’ai dit hier [au président de l’AP Mahmoud Abbas], qui paie un lourd tribut parmi son peuple pour ses efforts de paix ? Je lui ai dit que j’étais prêt à donner mon sang pour que ce soit le dernier incident ».

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dans son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le 11 avril 2016. (Crédit : AFP PHOTO / THOMAS COEX)
Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dans son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le 11 avril 2016. (Crédit : AFP PHOTO / THOMAS COEX)

« Ce n’est pas le monde réel », s’est lamenté Badran. « C’est un monde qui vit sur la vente d’armes et qui a transformé notre région en une grande guerre ».

« Vous ne voyez aucune chance pour la paix dans un futur proche ? » a demandé Raskin.

« Pas avant qu’Israël n’arrête d’élire des gouvernements de droite », a répondu Badran.

L’intervieweur a ensuite souligné que tout le monde n’était pas aussi pacifique qu’Abbas ; par exemple, le groupe terroriste du Hamas basé à Gaza, qui a juré de détruire Israël.

« Alors faites la paix avec la Cisjordanie », a répondu Badran.

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