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Interview

Le réseau de tunnels du Hezbollah est plus vaste et complexe que celui du Hamas – expert

Selon Tal Beeri, le réseau du Sud-Liban s'étend sur des centaines de kilomètres jusqu'en Israël, depuis lequel des missiles guidés précis peuvent être tirés

Vue de l'intérieur d'un tunnel du Hezbollah qui passe du Liban à Israël, à la frontière entre Israël et le Liban dans le nord d'Israël, le 14 février 2023. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
Vue de l'intérieur d'un tunnel du Hezbollah qui passe du Liban à Israël, à la frontière entre Israël et le Liban dans le nord d'Israël, le 14 février 2023. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Il y a deux semaines, le porte-parole de Tsahal révélait l’existence de l’un des plus grands tunnels d’attaque de la bande de Gaza, long de 4 kilomètres et suffisamment large pour être emprunté par des véhicules, allant de Jabaliya, au nord de la ville de Gaza, jusqu’à quelque 400 mètres du poste frontière d’Erez, en Israël.

Même si le tunnel ne traversait pas la frontière, il a pu, en toute vraisemblance permettre à des terroristes circulant à moto ou à bord d’autres véhicules de se rendre sous terre depuis la zone de Jabaliya et de sortir à proximité de la frontière avant d’être interceptés par les soldates des postes d’observation ou les patrouilles de l’armée de Tsahal. L’armée israélienne n’a pas précisé si c’est ce qui s’est passé le 7 octobre dernier quand 3 000 terroristes du Hamas ont déferlé sur Israël, massacrant 1 200 personnes dont la plus jeune était un bébé de 10 mois et en enlevant 253 autres dont le plusjeune a marqué ses an en captivité.

La découverte de ce vaste tunnel, ainsi que celle de plusieurs autres dans la bande de Gaza, a relancé la discussion sur l’existence de tunnels similaires à proximité, à l’intérieur et sous la frontière libanaise, en particulier au vu des affrontements en cours avec le groupe terroriste du Hezbollah, soutenu par l’Iran, de l’évacuation forcée de dizaines de milliers d’Israéliens qui vivaient dans le nord du pays et de l’insistance répétée des dirigeants israéliens quant à la nécessité de repousser le Hezbollah loin de la frontière et de le dissuader de la franchir.

Le projet de tunnel au Liban a été lancé et développé bien avant celui de Gaza. Les renseignements existants indiquent l’existence d’un vaste réseau de tunnels dans le sud du Liban, un réseau très profond et aux multiples ramifications.

Au centre de recherche Alma, qui suit l’évolution de la sécurité le long de la frontière nord d’Israël, les chercheurs ont passé de nombreuses années à enquêter sur le monde souterrain du Liban. Tal Beeri, le directeur du Directorat des Renseignements d’Alma, qui a servi pendant des dizaines d’années dans les unités de renseignement de Tsahal, a exposé ce réseau souterrain en s’appuyant sur des Renseignements de Source Ouverte (OSINT), autrement dit des informations accessibles à tous et non classifiées.

Il y a quelques années, Beeri a trouvé sur Internet une « carte de polygones » couvrant ce qu’il appelle le « Pays des tunnels » au Sud-Liban. « La carte a été marquée, il ignore par qui, de polygones (cercles) indiquant 36 régions géographiques, villes et villages », écrit-il dans un document 2021.

La carte des polygones du Hezbollah (Crédit : Centre de recherche Alma)

« Selon nos estimations, ces polygones marquent les centres opérationnels du Hezbollah qui font partie du plan de ‘défense’ contre une invasion israélienne du Liban. Chaque centre opérationnel local (‘défense’) possède un réseau de tunnels souterrains locaux. Une infrastructure de tunnels régionaux a été construite entre tous ces centres, les reliant entre eux ».

Beeri estime que la longueur cumulée du réseau de tunnels du Hezbollah dans le sud du Liban se chiffre en centaines de kilomètres.

Dans une interview, Beeri a rappelé que le document de recherche sur le « pays des tunnels » du Hezbollah a été publié immédiatement après l’opération Gardien des murs de 2021, au cours de laquelle Tsahal avait entrepris d’attaquer le « métro » souterrain du Hamas à Gaza, une opération qui, rétrospectivement, est loin d’avoir atteint son objectif.

Beeri présentait également une carte montrant le tracé probable, sur 45 kilomètres, d’un « tunnel d’attaque » dans le sud du Liban.

Tracé probable d’un tunnel du Hezbollah de 45 km dans le sud du Liban (Crédit : Centre de recherche Alma)

« Beaucoup de gens étaient sceptiques parce que nous nous étions appuyés sur des sources ouvertes », a expliqué Beeri. « Mais les informations que nous avons compilées proviennent d’une série de sources et de vidéos de travaux effectués dans les tunnels, y compris une vidéo de 2007 dans laquelle Imad Mughniyeh, le numéro deux du Hezbollah, qui a été assassiné en février 2008, est vu à l’intérieur d’un tunnel d’attaque. Nous y avions joint une carte originale trouvée en ligne, sur laquelle quelqu’un avait indiqué le tracé, et nous avons procédé à une ‘rétro-ingénierie’ de cette carte. C’est ainsi que nous avons reconstitué ce qui semblait être le tracé du tunnel de 45 kilomètres ».

Beeri a indiqué que les chercheurs avaient découvert d’autres éléments, « en particulier des images de camionnettes à l’intérieur d’un tunnel comportant plusieurs embranchements. Dans un premier temps, nous avons décidé de ne pas diffuser cette vidéo, car nous n’avions pas de preuve formelle qu’elle avait été filmée dans un tunnel au Liban. Nous avons également pris en compte la possibilité que quelqu’un ait délibérément tenté de nous induire en erreur. Cependant, après avoir effectué diverses vérifications, notamment au niveau de la végétation, des types de véhicules et du tracé, il nous est apparu tout à fait vraisemblable que cette vidéo avait bien été tournée à l’intérieur du Liban. »

The Times of Israel : Est-ce que la divulgation publique par l’armée en novembre du tunnel Jebaliya-Erez vous a incité à redoubler d’efforts ?

Tal Beeri : Absolument, car lorsque nous avons découvert ce que le Hamas avait fait, nous avons réalisé qu’il n’y avait pas d’autre solution que d’intensifier nos efforts. Or, si le Hamas a réussi à creuser et à construire de tels tunnels à Gaza, au Liban, ils sont encore plus sophistiqués.

Nous avons identifié plusieurs types de tunnels au Liban. Il y a tout d’abord ce que tout le monde appelle les tunnels d’attaque, qui sont particulièrement grands et longs et qui vont d’une zone à une autre. On peut y pénétrer à bord de véhicules et même de camions de taille moyenne.

En parallèle, il y a les tunnels tactiques, que Tsahal a découverts et détruits lors de l’opération « Bouclier du Nord » en janvier 2019. Ils ne servent qu’au déplacement de personnes et, dans des circonstances extrêmes, peuvent être empruntés par des motos. Les tunnels tactiques sont à proximité des villages et permettent aux terroristes de combattre depuis le sous-sol, en tirant depuis les puits des tunnels, pour ensuite s’y réfugier, s’approvisionner en armes, se reposer et ressortir plus tard.

Selon nous, il y aurait également des « tunnels de proximité ». Ceux-ci sont similaires aux tunnels d’attaque que Tsahal a neutralisés en 2019, mais ils ne traversent pas la frontière. Ils permettent de se rapprocher tout près de la frontière et, de là, d’émerger et d’attaquer. On parle ici d’activités telles que celles de la force Radwan, qui a planifié l’invasion de la Galilée.

Les tunnels explosifs sont un autre type de tunnel. Ils sont creusés dans le seul but d’y placer des explosifs, et les dispositifs sont prévus pour être déclenchés pendant les manœuvres de Tsahal sur le terrain à l’intérieur du Liban.

Le rôle de la Corée du Nord dans le projet de tunnel du Hezbollah a fait l’objet de recherches jusqu’en 2014. Qu’avez-vous appris depuis ?

Le creusement de tunnels au Liban a été entrepris depuis le début avec l’aide de la Corée du Nord, dès les années 1980 et surtout vers la fin des années 1990. Il y a des preuves de cela. La Corée du Nord possède une expertise historique dans le creusement de tunnels dans les zones montagneuses et rocheuses.

Après la deuxième guerre du Liban en 2006, la connexion avec la Corée du Nord a été maintenue et une aide a également été fournie par l’Iran.

Au final, le Hezbollah a obtenu tout ce dont il avait besoin des Coréens. En 2014, ces deux pays affichaient 25 ans de collaboration, au cours desquels le Hezbollah a acquis des connaissances et des technologies qui lui ont permis de creuser et de construire les tunnels par ses propres moyens.

Il a ensuite créé des entreprises civiles, aux mains de chiites, qui prétendaient travailler sur des projets d’infrastructures civiles dans la région de Baalbek. Ces projets étaient supervisés par une société appelée Jihad Construction, qui se faisait passer pour une entreprise réalisant des projets agricoles et de reconstruction de bâtiments au profit de la communauté chiite, mais qui s’occupait en réalité du terrassement des tunnels.

La Mustafa Commercial and Contracting Company au travail sur un tunnel dans le sud du Liban (Crédit : Centre de recherche Alma)

Au cours des travaux, plusieurs autres sociétés « civiles » ont été créées. L’une d’entre elles, la Mustafa Commercial and Contracting Company, a même collaboré avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à titre d’entrepreneur en construction civile.

Comment les missiles à guidage de précision du Hezbollah, capables de frapper n’importe où en Israël, s’intègrent-ils dans le processus de creusement de tunnels ?

De leur point de vue, ce n’est pas compliqué. Les missiles Fateh 110 [balistique surface-surface] sont transportés sur des camions. L’infrastructure souterraine permet à un camion de transiter jusqu’à l’endroit où le missile doit être tiré. En théorie, sur le site de lancement, on peut construire une plate-forme ou une pente qui monte depuis le tunnel. Le camion sort du tunnel, tire et redescend.

Simulation d’un lancement de missile à partir d’une sortie de tunnel dans le sud du Liban (Crédit : Centre de recherche Alma)

Lorsqu’on survole le site, on ne voit que la montagne. Il est très difficile de trouver le site de lancement. Ils sont capables d’effectuer un lancement rapide et mobile de missiles.

Cet article a été traduit et adapté de la version originale sur notre site en hébreu Zman Yisrael.

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