Le soldat seul d’origine américaine qui a ‘dé-israélisé’ les Israéliens
Rechercher

Le soldat seul d’origine américaine qui a ‘dé-israélisé’ les Israéliens

Comment Michael Levin, qui est tombé il y a 10 ans sur une colline libanaise, a changé Tsahal de l'intérieur, en inspirant et en permettant à des milliers de soldats seuls d'apporter leur passion en Israël

Michael Levin lors de sa cérémonie de prestation de serment dans l'armée israélienne (Autorisation: Lone Soldier Center)
Michael Levin lors de sa cérémonie de prestation de serment dans l'armée israélienne (Autorisation: Lone Soldier Center)

Route Interstate 95 dans le New Jersey. Le trafic typique à 17 heures. Vers l’est en provenance de Trenton il y a un embouteillage. Mais vers l’ouest, ça roule. Et alors que je passe devant des centres commerciaux, des stations-service, un stade de baseball des ligues mineures, je m’émerveille de cette parcelle de l’Amérique qui a produit l’un des soldats les plus influents que l’armée israélienne ait connu. Comme son professeur l’a dit, « il a ‘dé-israélisé’ les Israéliens ». Sa mort sur une colline libanaise il y a 10 ans a radicalement changé la façon dont nous autres Juifs percevons le sacrifice, le sionisme et Israël.
 

***

L’histoire de Michael Levin est maintenant devenue une légende : un garçon de 59 kg de Philadelphie arrive au centre d’admission de Tsahal, parle de son désir d’entrer dans les parachutistes, et est admis, contre toute attente.

Lorsque la guerre éclate au Liban, il se trouve en permission de soldat seul à Philadelphie. Déterminé à se battre, il prend le premier avion pour Israël, rejoint son unité, et est tué dans un échange de tirs le 1er août 2006. Deux mille personnes assistent à ses funérailles sur le mont Herzl. Celles-ci sont venues rendre hommage au soldat seul qui est devenu le visage de tous les soldats seuls.

Non moins captivante est l’histoire des parents de Michael, Harriet et Mark. Au cours des 10 années qui se sont écoulées depuis la mort de leur fils, et sans un shekel d’aide du gouvernement, ils ont construit un réseau de Centres de soldats seuls à travers Israël, offrant tout à plus de 6 000 soldats seuls dans l’armée israélienne depuis des repas de Shabbat à des conseils en matière de troubles de stress post-traumatique en passant par des vestes de combat.

C’est la raison pour laquelle je me trouve maintenant à Langhorne, en Pennsylvanie, traversant des rues comme Strawberry Circle et Old Mill Drive – l’Amérique typique ! – pour un dîner avec Harriet et Mark. Je veux voir où Michael a grandi. Je veux entendre comment ses parents ont canalisé leur douleur dans l’un des plus importants projets citoyens d’Israël. Alors que je tourne dans l’allée de leur maison de conte de fées, ils m’attendent.

***

« Grâce à Michael, il n’y a personne en Israël – j’ai bien dit personne – qui ne sait pas ce qu’est un soldat seul », dit David Keren, chef du programme d’année sabbatique Nativ de l’United Synagogue. David a rencontré Michael en automne 2002, lorsque Michael était un participant de Nativ. « Qu’il s’agisse du chef d’état-major qui célèbre Pessah avec des soldats seuls, ou des 30 000 personnes qui assistent aux funérailles de soldats seuls pendant l’opération Bordure protectrice (en 2014), c’est grâce à Michael ».

Michael Levin (Autorisation Lone Soldier Center)
Michael Levin (Autorisation Lone Soldier Center)

Au début je pensais que c’était la mort de Michael qui avait bouleversé la population israélienne dans sa conscience des soldats seuls, ces militaires de Tsahal sans proche famille dans le pays. Cependant, je réalise en m’imprégnant de la biographie de Michael qu’il avait commencé à sensibiliser les Israéliens aux soldats seuls au moment-même où il est entré dans l’armée.

Gilad Zvilich, qui a maintenant 31 ans et est avocat à Tel Aviv, était le commandant de Michael pendant ses classes. « Il a été le premier soldat seul que j’ai connu », dit Zvilich. « Il a complètement changé ma perception de l’armée. L’idée qu’il n’était pas obligé de servir, mais avait choisi de le faire. Il aurait pu être un sioniste à distance ».

Pendant ses périodes de réserve, Zvilich est responsable des gibbushim des parachutistes – ces tests éreintants que des garçons israéliens de 17 ans doivent endurer pour pouvoir entrer dans la brigade. Lors d’un gibbush typique, Zvilich évalue 300 adolescents qui courent, font de longues marches et portent des sacs de sable en montant et descendant des collines. « Et vous savez ce que je cherche ? » demande Zvilich. « Je cherche un Michael. Je cherche des gars qui ont la motivation et la tzionut (la volonté sioniste) que Michael avait ».

Quelques mois après le début des classes, Michael a suggéré l’idée d’un guichet unique pour les soldats seuls.

« Cela commencé en toute innocence », se souvient Mark Levin. « Il avait de la paperasse à remplir pour l’armée, mais n’avait pas pu trouver de fax. La semaine suivante, il avait besoin d’aide pour traduire une facture de téléphone. Une petite chose après l’autre, et il ne trouvait de l’aide nulle part. Il a alors décidé : dès qu’il sortirait de l’armée, il ouvrirait un centre pour soldats seuls. C’était le rêve de Michael ».

***

La chambre de Michael est un musée. D’un côté, un panthéon à la gloire de l’équipe de baseball Philadelphia Phillies : balles autographiées, poster de Mike Schmidt, photo dédicacée de Lenny Dykstra. De l’autre côté, une maquette du Mémorial des Parachutistes sur Ammunition Hill à Jérusalem.

Articles liés à Tsahal dans la chambre de Michael Levin (Photo: Joel Chasnoff)
Articles liés à Tsahal dans la chambre de Michael Levin (Photo: Joel Chasnoff)

Des dizaines de photographies encadrées commémorent chaque instant de Michael dans les parachutistes : Michael et ses camarades dans le dortoir ; Michael posant entre les drapeaux rouges et blancs de la brigade ; Michael serrant la main d’un colonel.

Dans la dernière photo, quelques heures avant une mission de combat au Liban, il étale de la graisse de camouflage avec la joie ravie d’un gamin avec de la peinture au doigt. C’est à ça que Michael appartenait.

Harriet Levin montre une image dans la rangée du bas : Michael, le visage peint en noir, étalant de la graisse de camouflage sur la joue d’un autre soldat. « C’est la dernière photo de Michael », dit-elle.

J’examine l’image. De l’inclinaison de la tête au mouvement de son bras, on peut voir que Michael est tout à fait à l’aise.

Quelques heures avant une mission de combat au Liban, il étale de la graisse de camouflage avec la joie ravie d’un gamin avec de la peinture au doigt. C’est à ça que Michael appartenait.

La chambre de Michael Levin à la maison, avec la dernière photo (en bas à droite), où il étale du camouflage sur la joue d'un autre soldat. (Photo: Joel Chasnoff)
La chambre de Michael Levin à la maison, avec la dernière photo (en bas à droite), où il étale du camouflage sur la joue d’un autre soldat. (Photo: Joel Chasnoff)

« Un an après que Michael soit mort, je suis venu ici avec Shlomi », dit Mark. « Vous connaissez Shlomi ? »

J’acquiesce de la tête. Shlomi était le médecin affecté à l’unité de Michael au Liban.

« Je me suis assis avec Shlomi. Je l’ai regardé dans les yeux et lui ai dit : ‘Racontez-moi tout’. Et quand il a fini de tout me dire, je lui ai dit :  » ‘Maintenant, dites-moi tout ce que vous n’avez pas dit’ « .

***

L’armée israélienne définit un hayal boded (soldat seul) comme un soldat dont aucun des parents n’habite en Israël. Il y a 6 300 soldats seuls qui servent actuellement, répartis dans toutes les branches de l’armée israélienne, des commandos marins aux maîtres-chiens de l’unité Oketz, du génie militaire aux cuisiniers.

Harriet et Michael Levin (Autorisation Lone Soldier Center)
Harriet et Michael Levin (Autorisation Lone Soldier Center)

La moitié de ces soldats isolés sont des immigrants en provenance des États-Unis, d’Europe, et de quelques autres pays. Le reste sont des ultra-orthodoxes israéliens reniés par leurs familles pour avoir rejoint l’armée israélienne.

Avant que Levin ne soit tué, peu d’Israéliens savaient ce qu’était un soldat seul. Je dis cela par expérience. A la fin des années 1990, j’étais un soldat seul dans le Corps des Blindés. Le premier jour de mes classes, j’ai demandé une carte de soldat seul à ma mashakit tash (l’équivalent d’une assistante sociale dans l’armée israélienne).

Elle était désemparée. En tant que mashakit tash son rôle était d’aider les soldats dans tous leurs problèmes personnels, y compris mes droits de soldat seul.

Je lui ai expliqué que j’étais un hayal boded et étais censé recevoir une carte pour que je puisse faire valoir mes droits.

Elle a sorti une fiche, a écrit mon nom et mon matricule, et en dessous, les mots ‘hayal boded‘. « Voici », a-t-elle dit en me tendant la fiche. « Ne la perds pas. »

***

Le ‘tout’ que Mark Levin avait besoin d’entendre de la bouche du médecin de son fils était brutal – en partie en raison de la sauvagerie de la guerre, en partie à cause des erreurs du gouvernement israélien (la communication était mauvaise, des ordres ont été donnés et retirés plus tard, et ainsi de suite).

Shlomi, le médecin affecté au peloton de Michael, a décrit la nuit du 31 juillet 2006. « Nous ne ressentions aucune crainte. Seul le sentiment d’être gonflés à bloc. Des soldats avaient été enlevés et nous voulions les ramener ».

Hezbollah gunmen converge on the stricken Hummer of Regev and Goldwasser, in footage released by Hezbollah on Friday. (photo credit: screenshot)
Des hommes armés du Hezbollah s’approchent du Hummer atteint d’Eldad Regev et Ehud Goldwasser dans une video tournée par le Hezbollah (Capture d’écran de la télévision)

Le peloton a été transporté par autobus à la clôture 105 de la frontière libanaise, où les soldats Eldad Regev et Ehud Goldwasser avaient été enlevés. « La route était calcinée », s’est souvenu Shlomi. « Comme après un horrible accident de voiture » – à la suite d’une explosion qui avait tué trois soldats, blessé deux autres et conduit à l’enlèvement de Regev et Goldwasser.

« Notre mission était d’atteindre Aita El-Shaab, où nous pensions que les deux soldats avaient été emmenés. Nous avons traversé la clôture à 23 heures et marché pendant huit heures, à pied – dans cet endroit qui nous attendait depuis 6 ans ».

A 7 heures, ils n’avaient toujours pas atteint leur destination. Là où ils devaient voir le village, ils ont trouvé une montagne. La force s’est divisée en deux pour effectuer une recherche. « Presque immédiatement, nous avons entendu ‘Patzua !‘ (Blessé !) – à la radio ».

Le commandant de la compagnie avait été touché. Lorsque son second s’est avancé pour prendre le commandement, il a aussi été touché. « Nous étions là depuis moins d’une minute, et déjà il n’y avait plus personne pour commander. Nous n’avions pas d’autre choix que d’entrer dans une maison et nous mettre à l’abri ».

Quand ils entrèrent dans la maison, le Hezbollah était à l’intérieur. Et les attendait.

***

J’ai dit à Avi Lurie, qui sert actuellement comme soldat seul, que moi aussi, j’avais été un jour un soldat seul, avant qu’il n’y ait un Centre du Soldat Seul. Il a eu le souffle coupé, comme si je lui avais dit que j’avais fait mes classes pieds nus.

Comme moi, Lurie a grandi dans une banlieue, a étudié dans une école juive et, adolescent, a décidé qu’il voulait être un para israélien. Contrairement à moi, Avi Lurie avait le Centre du Soldat Seul pour l’aider.

J’ai parlé avec Lurie par téléphone cellulaire lors d’une pause dans son nouveau défi de parachutiste – kours makim, le cours de sous-officiers de l’infanterie. « Quand je suis arrivé au kibboutz je n’avais rien – ils m’ont fourni des meubles », raconte Lurie. « Et quand j’ai déménagé à Jérusalem ils ont envoyé un camion et transporté mes affaires ». Puis il a cité une demi-douzaine d’autres façons dont le centre l’avait aidé.

« Des dîners de Shabbat quand j’étais en permission le week-end. Des séminaires sur mes droits de soldat seul. Ils m’ont aidé à progresser. Mais avant tout ce sont des amis. Mes meilleurs amis sont des soldats seuls et nous avons ce lien intime, tous ces gars qui sont passés par la même chose que moi. Ils sont mon point de repère. »

Mike Meyerheim dirige le bureau Centre du Soldat Seul dans le nord. L’une de ses tâches les plus importantes, dit-il, est d’organiser des séminaires pour les officiers de Tsahal.

« Je demande à ces officiers, ‘Quand vous apprenez que vous rentrez chez vous pour le Shabbat quelle est la première chose que vous faites ?’ Ils répondent tous la même chose : ‘Je téléphone à la maison pour demander à Maman de préparer mon plat préféré, et demander à Papa de mettre de l’essence dans la voiture’. Alors je leur dis : « La première chose qu’un soldat seul fait est de trouver une laverie automatique. Puis de faire les courses avant que les magasins ne ferment et ensuite il cuit ses repas de Shabbat. »

Américain de naissance, Meyerheim est aussi franc que tout autre Israélien. Lors de notre conversation téléphonique d’une heure, il dérive de la philosophie ( « L’armée est en noir et blanc, mais vit dans les tons de gris – comme tout en Israël ») à la création de slogans (« Nous ne le faisons pas à leur place, nous leur donnons les outils pour réussir ») à un ton carrément furieux : « Si l’armée traitait correctement les soldats seuls, je n’aurais pas besoin de faire ce que je fais ! »

Meyerheim énumère une liste des services qu’il fournit. « Aide médicale. Je leur donne des chaussettes, des sous-vêtements. Des emplois quand ils sortent, et je leur dis quoi apporter le jour de leur incorporation. Des visites à la maison s’il y a une urgence familiale. Mais surtout je fais en sorte qu’ils obtiennent leurs droits. Les soldats seuls ont des tas de droits, mais si votre commandant est un connard que cela dérange que vous obteniez un régime spécial, vous êtes foutus ».

Meyerheim aide également les parents de soldats seuls.

« Cet enfant – il était français. Il a été blessé à Gaza. Sa famille n’était pas aisée. Donc, nous avons aidé le père à venir et lui avons loué un appartement pendant qu’il s’occupait de son fils ».

Lorsque les parents viennent en Israël pour une cérémonie militaire, Meyerheim les rassemble afin qu’ils puissent se rencontrer et partager leurs préoccupations. « Ces parents sont perdus », dit-il. « Ils n’ont pas élevé leurs enfants à aller à l’armée ».

Pourtant, certaines des fonctions les plus importantes du centre sont les choses que vous ne lirez jamais dans ses brochures.

Meyerheim décrit la première nuit d’un soldat seul rentrant de Gaza après l’Opération Bordure protectrice. « Il n’avait pas dormi depuis une semaine. Il était épuisé, mais il m’a dit qu’il avait peur de dormir seul. Alors j’ai trouvé un sac de couchage et j’ai dormi par terre dans sa chambre ».

***

Au moment des lasagnes, j’ai demandé à Harriet et Mark de me parler de l’amour de Michael pour Israël et d’où il provenait.

Harriet et Mark Levin dans la chambre de Michael Levin (Photo: Joel Chasnoff)
Harriet et Mark Levin dans la chambre de Michael Levin (Photo: Joel Chasnoff)

Mark hoche la tête. « Je pense que Dieu a juste donné à Michael une neshama [âme] juive. Tout ce que nous avions à faire était d’arroser la graine ».

« Quand il avait 8 ans, nous sommes rentrés après la prière de Rosh Hashana », poursuit-il. « J’étais sur le canapé, mais j’entendais ce son, comme une sirène. C’était Michael, à vélo, tenant le guidon d’une main et soufflant dans un shofar avec l’autre ».

Harriet rit. « Quand il avait 10 ans, il s’est déguisé en soldat israélien pour Halloween… » a-t-elle dit. « Il a beaucoup de moi. Mark et moi avons passé notre lune de miel en Israël en octobre 1973. La guerre a commencé après notre départ. J’ai voulu revenir pour aider ».

« Et de nos parents », ajoute Mark. « Mon père a combattu dans la Seconde Guerre mondiale. Le père de Harriet était à Auschwitz pendant 26 mois. Ils ont enseigné à Michael que la survie du peuple juif est une chose pour laquelle il faut se battre ».

***

Le Centre du Soldat Seul a changé la vie des soldats seuls.

Mais se pourrait-il que le plus grand impact de Michael Levin soit celui que nous ne pouvons pas voir mais qui, à long terme, est plus fort que les conseils, les dîners, ou même les amitiés que le centre prodigue ?

Au cours de ma conversation avec Avi Lurie, le parachutiste d’origine américaine, il a nonchalamment mentionné que 6 des 32 gars de son peloton étaient des soldats seuls. Je pensais avoir mal compris – 6 sur 32 ? Près de 20 % ?

Il a confirmé. « Tous les 6, nous avions entendu parler de Michael Levin », a-t-il ajouté. « Et il n’y a aucun doute qu’il nous a inspirés. Je veux dire, il a chamboulé quelque chose depuis son premier jour au Centre d’incorporation. Sa persistance montre que nous n’avons pas été fous en nous engageant. Nous avons quelqu’un que nous pouvons admirer et dont nous pouvons dire, « Voilà à qui je veux ressembler ».

David Keren, de Nativ, dit que le nombre d’anciens de Nativ qui s’engageaient dans l’armée israélienne était de un ou deux par an. Maintenant il y en a entre 17 à 20. « Michael a ouvert la voie », dit Keren. « Non pas qu’ils l’aient rencontré. Mais son histoire a ouvert la voie ».

Mais il ne s’agit pas seulement de l’armée israélienne qui a plus de soldats seuls que jamais, ou de l’obtention de la reconnaissance qu’ils méritent – il s’agit de ce que les soldats seuls peuvent apporter à l’armée.

Mike Meyerheim, du Centre du nord, décrit une récente cérémonie de fin des classes de la Brigade Golani. « Ils ont appelé tous les mitstaynim, les soldats les plus méritants, de chaque bataillon. Le commandant de la brigade Golani s’est tourné vers moi et m’a demandé comment il était possible que tant de ces mitstaynim soient des soldats seuls ».

Pour Harriet et Mark, la réponse est évidente. « Les soldats seuls apportent ce dont l’armée a vraiment besoin », affirme Harriet. « L’amour d’Israël. La passion pour le pays ».

Avi Lurie le voit. « Les Israéliens sont obligés de la faire [l’armée], mais nous, nous le voulons. Quand les Israéliens voient – quand ils voient des jeunes comme moi qui veulent servir – ils changent la façon dont ils perçoivent leur propre service ».

Yoni Netanyahu, sur une photo prise peu de temps avant sa mort à Entebbe en 1976 (Crédit : Wikipedia)
Yoni Netanyahu, sur une photo prise peu de temps avant sa mort à Entebbe en 1976 (Crédit : Wikipedia)

Ceci est l’impact invisible de Michael. Et je suis convaincu qu’il ne pouvait pas venir simplement d’un soldat seul. Cela vient de Michael Levin.

Comme Michael, dans mon enfance, mon héros était Yoni Netanyahu, le parachutiste et commandant du raid sur Entebbe et le seul qui soit tombé dans l’opération. J’ai lu plusieurs fois « Les lettres de Yoni Netanyahu » au lycée – tout comme Michael. C’est grâce à Yoni que j’ai voulu m’engager dans l’armée israélienne.

Mais c’est tout autant à cause de Yoni que j’ai choisi les Blindés plutôt que les Parachutistes. Dans « Les lettres de Yoni Netanyahu », nous rencontrons un soldat ayant une force physique surhumaine, une endurance illimitée, et une confiance en soi inébranlable. Un véritable Lion de Juda. Bien que je l’admirais, je savais que je ne pourrais jamais être comme Yoni ou un de ses coéquipiers parachutistes. J’avais peur de ne pas être à la hauteur.

Puis, il y a eu Michael Levin. L’anti-Yoni.

‘Le message de Michael n’est pas de mourir pour votre cause. Son message est de réaliser votre rêve le mieux possible. C’est un message global, pas seulement pour Tsahal ou pour Israël’

Michael n’était pas un Lion de Juda. Bien au contraire : l’armée ne voulait pas le prendre. C’est seulement après être monté sur une benne à ordures et être passé à travers une fenêtre du Centre d’incorporation qu’ils l’ont accepté. Sa source d’énergie était une détermination pure.

Ce que Michael Levin n’était pas inspire les soldats seuls autant que ce qu’il a été. L’hébreu de Michael n’était pas très bon. Il avait besoin d’aide pour terminer les longues marches. Il était sujet aux accidents, et a laissé tomber une mitrailleuse MAG sur son pied lors de ses classes. Il était le maigre fauteur de troubles avec un sens de l’humour loufoque que vous pensez avoir connu toute votre vie. Le gars que vous regardez et dont vous dites : « S’il peut le faire, moi aussi je le peux ». Yoni Netanyahu nous impressionne parce que nous savons que nous ne pourrons jamais être comme lui. La magie de Michael est que nous ne devons pas essayer d’être comme lui ; nous sommes lui.

« Le message de Michael n’est pas de mourir pour votre cause », dit David Keren. « Son message est de réaliser votre rêve le mieux possible. C’est un message global, pas seulement pour Tsahal ou pour Israël. Voilà qui était Michael. Et comment nous devons nous souvenir de lui ».

***
En m’éloignant de la maison des Levin, j’ai pensé à deux choses. Tout d’abord, à quel point Michael était aimé. Tout les gens à qui j’ai parlé, l’évoquaient avec des superlatifs : « Mon meilleur ami », « le plus proche des amis », « haver ma-zé tov sheli » (un si bon ami).

Et j’ai pensé au sort. Je n’ai pas pu m’empêcher de me demander s’il devait en être ainsi. Cela me dérange de penser ainsi. Mais est-il possible – peut-être – que Michael ait dû mourir sur cette colline libanaise il y a 10 ans, tout comme Yoni était destiné à commander le sauvetage à Entebbe avant de tomber ? Peut-il être possible que Michael a été chargé d’une mission plus élevée, une mission que nous ne pouvons pas quantifier, qui a finalement influencé des milliers de soldats juifs et changé l’ethos de Tsahal de l’intérieur ?

« Je crois beaucoup au destin », a dit Gilad Zvilich, le commandant de Michael pendant ses classes. « Je crois que nous avons tous une mission. Et il se peut – il se peut – que cela ait été la mission de Michael. Aujourd’hui, des milliers et des milliers de soldats reçoivent quelque chose qu’ils n’auraient pas reçu avant. Grâce à Michael.

« Et si nous parlons de destin », ajoute Zvilich, « c’est peut-être celui de Harriet et de Mark, aussi. Tous ces soldats seuls – pour Harriet et Mark ce ne sont pas seulement des soldats. Ce sont des fils. »

***

Michael a été tué le 7 av (qui est tombé cette année le 11 août), et a été enterré le 9 av 5766. Aujourd’hui, sa tombe sur le mont Herzl est un site d’intérêt pour les voyages de Taglit, les excursions de mouvements de jeunesse, et de lycéens israéliens. C’est l’une des tombes les plus souvent visitées en Israël. Pour cela, vous verrez devant la tombe de Michael des choses que vous ne voyez pas habituellement dans un cimetière.

Mike Meyerheim raconte cette histoire :

« Un soir – c’était un vendredi – une Américaine s’est rendue sur la tombe de Michael. Quand elle y est arrivée, elle a vu un jeune assis à côté de la tombe – et il se faisait un café. Il avait déposé la cafetière et sa tasse sur la tombe.

« La femme a commencé à lui crier dessus. Comment osait-il manquer de respect à la tombe de Michael Levin ! « On est dans un cimetière, pas dans une cafétéria ! » lui a-t-elle dit.

« Le jeune a écouté patiemment. Quand elle a eu fini de crier, il lui a dit, d’une voix calme, « Michael et moi étions les meilleurs amis. Chaque vendredi soir, lorsque nous rentrions de l’armée à la maison, nous nous faisions du café et discutions. Voilà ce que je fais. Je me prépare une tasse de café avec mon meilleur ami. Mikey. »

Joel Chasnoff est un comédien et auteur des mémoires The 188th Crybaby Brigade à propos de son service dans l’armée israélienne. Visitez son site www.joelchasnoff.com

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...