Le système de santé israélien ne peut pas faire face à une pandémie – rapport
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Le système de santé israélien ne peut pas faire face à une pandémie – rapport

Le bureau du contrôleur nommé récemment lui reproche d'avoir retardé la publication du rapport, qui serait prêt depuis des mois, et estime que taire les fautifs nuit à la critique

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Un pompier israélien portant une tenue de protection désinfecte l'entrée des urgences de l'hôpital Hadassah Ein Karem à Jérusalem, le 22 mars 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Un pompier israélien portant une tenue de protection désinfecte l'entrée des urgences de l'hôpital Hadassah Ein Karem à Jérusalem, le 22 mars 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le système de santé israélien n’est pas préparé à l’apparition d’une pandémie, a mis en garde le contrôleur de l’État dans un rapport publié lundi. Rédigé avant que la crise du coronavirus ne survienne, ce rapport met en garde contre les dégâts que celle-ci pourrait provoquer, étant donné le manque de planification stratégique, de financement, d’équipement et de préparation générale du service de santé israélien.

« Le ministère de la Santé, les prestataires de services de santé et le système hospitalier ne sont pas totalement préparés à une épidémie de grippe pandémique », prévient le rapport, qui souligne le manque de lits d’hôpitaux, de chambres d’isolement, d’unités de soins intensifs mal équipées et le manque de coopération entre les ministères de la Santé et de la Défense.

Selon les médias israéliens, l’audit avait été en grande partie achevé en novembre, quelques mois avant que le coronavirus ne commence à faire rage en Chine et, finalement, dans le reste du monde.

Le bureau du contrôleur de l’État Matanyahu Englman avait attendu la formation d’un gouvernement pour en publier les résultats, mais il a décidé qu’il valait mieux ne pas attendre plus longtemps, étant donné l’actuelle épidémie de COVID-19, selon les rapports.

Le contrôleur de l’État Matanyahu Englman présente le rapport 2020 du contrôleur de l’État dans son bureau, le 23 mars 2020. (Tadmeet)

Basé sur un audit de différents ministères réalisé entre février et octobre 2019, le rapport, intitulé « L’état de préparation du système de santé face aux pandémies », traite de la possibilité d’une épidémie de type COVID-19, mais examine également l’état de préparation du gouvernement face à d’autres épidémies survenues plus récemment comme la rougeole ou la Leishmania.

Le rapport a révélé que le ministère de la Santé ne dispose pas de plan pour doter ses hôpitaux d’un nombre suffisant de lits et de personnel pour se préparer à de tels scénarios.

En ce qui concerne la coopération entre les différents services gouvernementaux, le rapport cite un exercice mené par les ministères de la Défense et de la Santé en décembre 2018 qui a révélé des lacunes importantes dans leur préparation à travailler ensemble en cas d’épidémie.

L’hôtel Dan Panorama à Jérusalem transformé en centre d’hébergement pour isoler les patients atteints de cas légers de coronavirus, le 17 mars 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)

« Les [ministères] doivent élaborer un plan pour réduire les lacunes qui sont apparues lors de l’exercice, y compris la nécessité de réglementer la question de l’autorité et de la responsabilité des différents organismes, le manque de médicaments et de vaccins sur ordonnance et la manière dont ils doivent être distribués », indique le rapport.

Ces lacunes ont fait surface dans le monde réel ces derniers jours, alors que les tensions entre les ministères sur la manière appropriée de gérer la crise ont éclaté au grand jour.

Le ministre de la Défense Naftali Bennett a demandé à son bureau de prendre en charge l’équipe de réponse au virus, tandis que les responsables du ministère de la Santé ont accusé le président du parti Yamina de chercher à tirer profit de l’épidémie à des fins politiques, selon des articles de presse publiés dans les médias en hébreu.

En outre, l’audit a mis en évidence un stock insuffisant de médicaments antiviraux, qui ne peut actuellement fournir que 16 % de la population alors que le scénario catastrophe réalisé prévoit que 25 % du public en aura besoin. Le rapport a également révélé que de nombreux médicaments actuellement en stock ont dépassé leur date de péremption.

Le contrôleur de l’État a également demandé au ministère de la Santé de tester les respirateurs pour s’assurer qu’ils fonctionneront tous en cas d’épidémie.

Matanyahu Englman a reconnu dans le rapport que l’État est en train de créer un laboratoire de vaccins, mais a ajouté qu’“il est urgent d’achever le projet afin de répondre au besoin de vaccins lorsque la grippe pandémique éclatera”.

Le rapport s’inquiète également de la diminution constante du nombre d’Israéliens vaccinés contre la grippe commune, et appelle le ministère de la Santé à jouer un rôle plus actif pour les encourager à se faire vacciner.

Des employés du Magen David Adom sur un site de drive-in collectent des échantillons pour des tests au coronavirus, à Tel Aviv, le 20 mars 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le rapport est basé sur une prédiction de la Banque mondiale selon laquelle, dans les 15 prochaines années, il existe une forte probabilité d’apparition d’une pandémie qui pourrait entraîner la mort de millions de personnes et des pertes économiques se chiffrant à plusieurs milliers de milliards.

En prévision de ce scénario catastrophe, le ministère de la Santé a élaboré un plan global de loi martiale pour une pandémie de grippe mortelle en 2005. Le bureau gouvernemental l’a ensuite mis à jour en 2018 sur la base des récentes conclusions des Centers for Disease Control américains [Centres pour le contrôle et la prévention des maladies].

Le scénario actualisé prévoit que 25 % de la population d’Israël – 2 250 000 personnes – contracte le virus sur une période de huit semaines, le pic se situant entre la troisième et la cinquième semaine.

Selon ce scénario, 150 000 personnes devraient être hospitalisées, 25 000 traitées en soins intensifs et 12 000 reliées à des respirateurs.

Le timing est primordial

S’adressant au quotidien économique The Marker sous couvert d’anonymat, un fonctionnaire du bureau du contrôleur a critiqué la décision d’attendre des semaines après l’apparition de l’épidémie de coronavirus en Israël avant de publier le rapport, estimant qu’une mise en garde plus précoce aurait pu servir d’avertissement.

« Le rapport aurait pu être publié dès janvier, après que les derniers audités ont envoyé leur réponse. Des responsables du bureau avaient demandé qu’il paraisse il y a plusieurs semaines, mais pour une raison inconnue, [Englman] a choisi de le publier maintenant, alors que la pandémie est déjà à son paroxysme ».

Une autre source au sein du contrôle de l’État a dénoncé le refus du contrôleur de désigner des responsables, des entreprises et des bureaux précis qui étaient impliqués dans les dysfonctionnements du système de santé.

Qui est le « ministère de la Santé » ? Qui sont les prestataires de services de santé », interroge le fonctionnaire, déplorant que M. Englman n’ait pas été plus précis.

Matanyahu Englman (à droite) serre la main du Premier ministre Benjamin Netanyahu au cabinet de ce dernier peu après sa nomination au poste de contrôleur de l’État, le 3 juin 2019. (Crédit : Cabinet du Premier ministre/Twitter)

« Quand vous ne citez pas de noms – la critique n’atteint personne », a-t-il ajouté.

Les reproches exprimés par l’équipe de Matanyahu Englman ne sont pas nouvelles. Depuis son entrée en fonction en juin dernier, le médiateur nommé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été mis en cause par des fonctionnaires du bureau du contrôleur financier qui lui reprochent de chercher à neutraliser son autorité.

Réponses

En réponse au rapport, le ministère de la Santé a déclaré qu’il en étudierait les conclusions et en tirerait les enseignements nécessaires, tout en espérant qu’il ne sera pas exploité pour des critiques inutiles.

Il a ajouté qu’il avait du mal à atteindre les critères de référence en matière de médicaments en raison d’un manque de fonds.

« L’apparition du nouveau coronavirus est unique dans sa puissance et constitue un défi pour tous les systèmes de santé du monde », s’est défendu le ministère.

Des employés de l’hôpital Tel HaShomer attendent des Israéliens qui étaient en quarantaine pour cause de coronavirus sur le bateau de croisière Diamond Princess, au Japon, le 20 février 2020. (Avshalom Sassoni/Flash90)

« Le système de santé israélien a réagi rapidement à l’épidémie depuis la mi-janvier, en achetant déjà à l’époque des équipements de protection et des appareils respiratoires, ainsi que des kits de dépistage. Les hôpitaux ont été ouverts et préparés [pour traiter les patients] avec des départements dédiés comme l’ont été les prestataires de services de santé ».

« Israël a été l’un des premiers pays à comprendre la gravité de l’épidémie, et des mesures drastiques ont été prises pour fermer les frontières du pays, sous la direction du Conseil de sécurité nationale et du ministère de la Santé, mesures qui ont ensuite été mises en œuvre dans presque tous les pays du monde », a conclu le ministère de la Santé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a publié sa propre réponse, qui, à l’instar de celle du ministère de la Santé, semblait se garder d’assumer la responsabilité des failles mises en évidence par le rapport.

« Aucun pays au monde n’était préparé à la pandémie de coronavirus, que le monde n’a pas connue depuis 100 ans », a déclaré M. Netanyahu dans un communiqué.

« Grâce aux décisions que nous avons prises, qui ont précédé celles du reste du monde, Israël est actuellement mieux loti que de nombreux pays développés », a-t-il ajouté.

M. Netanyahu s’est ensuite vanté que l’indice Bloomberg classait le système de santé israélien parmi les dix premiers du monde entier, ajoutant qu’il avait veillé au doublement du budget du système de santé au cours de la dernière décennie.

« J’ai donc demandé à mon bureau d’étudier les détails du rapport dès que possible », a-t-il fait savoir.

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