Des agents du bureau du contrôleur de l’État l’accusent de fausser leurs audits
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Des agents du bureau du contrôleur de l’État l’accusent de fausser leurs audits

Si les services publics craignaient autrefois le médiateur, celui-ci est désormais craint par ses agents, un ancien cadre dénonce vivement Matanyahu Englman

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le contrôleur de l'État Matanyahu Englman lors d'une réunion de la Commission des finances à la Knesset, le 9 décembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le contrôleur de l'État Matanyahu Englman lors d'une réunion de la Commission des finances à la Knesset, le 9 décembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le mois dernier, les employés du Bureau du Contrôleur de l’État ont reçu une lettre de leur directeur général les mettant en garde contre le fait de parler aux médias de la conduite du contrôleur.

Ce message faisait suite à une série de fuites de la part d’employés qui se sont dits très préoccupés par les mesures prises par le contrôleur de l’État Matanyahu Englman depuis sa nomination en juin, qui, selon eux, rendaient son bureau inopérant.

Englman a rejeté les rapports contre lui comme étant sans fondement et a affirmé que ceux qui ont parlé aux médias cherchaient à le discréditer avant même qu’il n’ait publié un seul audit.

Cependant, un ancien membre du Bureau du Contrôleur de l’Etat toujours en contact avec ses anciens collègues a déclaré au Times of Israel que la réalité concernant la conduite de M. Englman est « encore pire que ce qui est rapporté », et que le nouveau médiateur est déterminé à rendre les audits « complètement inutiles ».

Le siège du Contrôleur de l’Etat à Jérusalem. (Wikimedia Commons)

Blanchiment à motivation politique

L’un des rapports les plus flagrants concernant Englman provient du quotidien économique The Marker, qui a révélé le mois dernier que les fonctionnaires du bureau du contrôleur refusaient de mettre leur nom sur une vérification du ministère des Finances prévue depuis longtemps parce que, selon eux, Englman avait édulcoré leurs conclusions.

Le rapport du contrôleur visait, entre autres, à déterminer si le ministère avait utilisé des méthodes inappropriées pour arriver au chiffre qu’il a présenté pour le déficit budgétaire de 2018 afin d’atteindre l’objectif ciblé. Dans la version préliminaire de l’audit, les agents sous la direction d’Englman ont déclaré à The Marker qu’ils avaient rédigé des conclusions disant que le ministre des Finances Moshe Kahlon et le directeur général du ministère, Shai Babad, avaient exercé des pressions sur leurs subordonnés pour retarder la publication du déficit budgétaire jusqu’après les élections d’avril de cette année, par crainte que le chiffre ne joue pas en faveur du parti Koulanou de Kahlon lors du scrutin.

Le personnel du contrôleur a été choqué d’apprendre que la version finale du rapport envoyé au Cabinet du Premier ministre ne faisait aucune mention des allégations contre Kahlon et Babad, selon le rapport.

La semaine dernière, un employé du bureau d’Englman a déclaré au quotidien économique Calcalist que son patron avait supprimé un chapitre d’un audit annuel portant sur les plaintes déposées par les Palestiniens contre des agents de l’administration civile du ministère de la Défense opérant en Cisjordanie. Selon le fonctionnaire, Englman a décidé de s’écarter de la politique de ses prédécesseurs sur la question en affirmant que son bureau n’avait pas le pouvoir de contrôler les organes au-delà de la Ligne verte – une position particulière pour une personne nommée par un gouvernement de droite, qui a travaillé au fil des ans pour normaliser la présence d’Israël en Cisjordanie.

Le ministre des finances Moshe Kahlon (à gauche) et le directeur général du ministère des Finances Shai Babad lors d’une conférence de presse à Jérusalem, le 8 janvier 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Cela faisait suite à un rapport antérieur paru dans The Marker, selon lequel Englman aurait assoupli et retardé la publication d’un audit du Conseil de la radiodiffusion par câble et par satellite et de la deuxième Autorité pour la télévision et la radio, qui portait sur les nominations politiques faites au sein de ces deux organes par le ministre des Communications de l’époque, Ayoub Kara.

L’enregistrement d’un appel téléphonique entre Kara et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a fait l’objet d’une fuite sur la Treizième chaîne au début de l’année, a révélé la profonde implication du Premier ministre dans les questions relatives aux médias, bien qu’il ait renoncé au portefeuille des Communications en 2017 dans le cadre d’une enquête criminelle en cours sur sa collusion présumée avec de grands médias. La version préliminaire du rapport du contrôleur qu’Englman a reçue de son prédécesseur, Yossef Shapira, aurait impliqué davantage le Premier ministre dans des inconduites concernant les questions relatives aux médias, a indiqué le fonctionnaire qui a parlé à The Marker.

« Déformer la réalité »

Comme de tels rapports contre la conduite d’Englman ont continué à s’accumuler dans les quotidiens d’affaires, Englman s’est vu contraint de publier dimanche une rare déclaration abordant directement les allégations.

« Les articles des médias qui critiquent le travail de vérification du contrôleur de l’État sont une distorsion de la réalité qui diminue la confiance du public dans le travail du bureau ainsi que dans les ministères vérifiés avant même qu’un seul rapport [du contrôleur] ait été publié », a-t-il indiqué. « Quand les rapports seront publiés, il sera prouvé à tous qu’il s’agit de rapports très importants et efficaces qui révèlent des lacunes importantes ainsi que des recommandations aux organismes publics de les mettre en œuvre. »

Englman a poursuivi en affirmant qu’aucun rapport n’était « mis en veilleuse ou censuré », mais qu’il refusait de cautionner aveuglément les audits effectués sous son prédécesseur et qui n’avaient pas encore été publiés. Le contrôleur a déclaré qu’il était de son devoir d’examiner ces rapports dans leur intégralité avant de les approuver et que, dans certains cas, il a demandé aux agents de « fournir des éclaircissements, des informations supplémentaires et, si nécessaire, d’approfondir les bases factuelles [de leurs conclusions] ».

Le contrôleur de l’État Yossef Shapira (à droite) remet le rapport du contrôleur de l’Etat au président de la Knesset, Yuli Edelstein, le 5 mai 2015. (Isaac Harari / Flash90)

« Atmosphère de peur »

L’ancien membre du bureau du contrôleur qui a parlé au Times of Israel a récusé la défense d’Englman.

« Les gens là-bas me disent que les choses sont encore pires que ce qui est rapporté », a-t-il confié.

Il a souligné que la nouvelle politique de « critique constructive » du médiateur, qui exige que les membres du personnel incluent dans leurs vérifications des éloges sur les bureaux du gouvernement, est la preuve que M. Englman n’est pas intéressé à tenir en laisse les ministères qu’il a pour mandat d’inspecter.

« Alors qu’autrefois les ministères craignaient le bureau du contrôleur de l’État, désormais ce sont les employés du bureau qui craignent le contrôleur », résume l’ancien fonctionnaire.

Citant la lettre envoyée par le directeur général pour mettre en garde les membres du personnel contre le fait de parler à la presse, l’ancien fonctionnaire a décrit une « atmosphère de peur » qui s’est installée depuis le début du mandat d’Englman, dans laquelle les membres du personnel qui ont travaillé au Bureau du contrôleur de l’État pendant des années ont maintenant peur pour leur emploi.

Matanyahu Englman (à droite) serre la main du Premier ministre Benjamin Netanyahu au cabinet de ce dernier peu après sa nomination au poste de contrôleur de l’État, le 3 juin 2019. (Crédit : Cabinet du Premier ministre/Twitter)

L’ancien fonctionnaire a poursuivi en affirmant que M. Englman a exécuté la volonté du Premier ministre, qui a travaillé énergiquement pour assurer sa nomination.

Par exemple, l’ancien employé du contrôleur a cité une rare rencontre entre Englman et Netanyahu, après laquelle le médiateur a annoncé un remaniement du comité chargé de décider si le Premier ministre peut accepter des dons de la part de ses alliés les plus riches pour financer sa défense.

« Il fait exactement ce que Netanyahu lui a demandé », a conclu l’ancien fonctionnaire.

Englman, pour sa part, a insisté sur le fait que les fuites contre lui sont politiquement motivées. Lorsque sa première série de rapports sera publiée d’ici le 10 mars – une semaine après l’élection générale – tout ce vacarme, dit-il, s’avérera n’avoir servi à rien.

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