Les accords d’Abraham ne précisent rien de la solution à deux États
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Analyse

Les accords d’Abraham ne précisent rien de la solution à deux États

Dans les textes des traités qu'Israël a signés avec Abou Dhabi et Manama, aucune mention n'est également faite concernant la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump, au centre, avec de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des Accords d'Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, mardi 15 septembre 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)
Le président américain Donald Trump, au centre, avec de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des Accords d'Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, mardi 15 septembre 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

WASHINGTON – Les accords de normalisation qu’Israël a signés mardi avec les Emirats arabes unis et le Bahreïn ne comportent aucun engagement spécifique à aboutir à une solution à deux Etats, se contentant d’aspirer à une fin « juste » au conflit israélo-palestinien.

La Maison Blanche a publié les textes des accords signés à l’encre plusieurs heures après la cérémonie de signature. Ceux-ci semblent montrer une victoire du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Depuis qu’il s’est prononcé en faveur du paradigme des deux États dans un discours prononcé en 2009 à l’université Bar Ilan, le Premier ministre s’est lentement éloigné de son soutien au concept.

S’il a soutenu le plan de paix du président américain Donald Trump, qui envisage une « solution réaliste à deux États », Netanyahu a déclaré qu’il ne considérait pas nécessairement ce que les Palestiniens allaient recevoir dans le cadre de la proposition comme un État.

Dans le « Traité de paix » signé par Israël et les EAU, les parties « rappellent » le dévoilement du plan de paix Trump en janvier dernier, une proposition à laquelle l’Autorité palestinienne s’est opposée avec véhémence, notamment en raison du fait qu’elle donne son feu vert à l’annexion éventuelle par Israël de toutes les implantations de Cisjordanie ainsi que de la vallée du Jourdain.

Les parties s’engagent ainsi « à poursuivre leurs efforts pour parvenir à une solution juste, globale, réaliste et durable du conflit israélo-palestinien ».

Le traité poursuit en déclarant que, dans l’esprit des accords de paix qu’Israël a conclus avec l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994, Jérusalem et Abou Dhabi sont « déterminés à travailler ensemble pour parvenir à une solution négociée du conflit israélo-palestinien qui réponde aux besoins et aspirations légitimes des deux peuples, et pour promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité au Moyen-Orient ».

Dans le document moins formel de « Déclaration de paix » qu’Israël a signé avec Bahreïn, le libellé est presque identique. La déclaration Israël-Bahreïn stipule que les parties poursuivront « les efforts pour parvenir à un règlement juste, global et durable du conflit israélo-palestinien ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah bin Zayed Al-Nahyan sourient alors qu’ils participent à la signature des accords d’Abraham à la Maison Blanche, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB / AFP)

Le seul terme qui n’est pas inclus dans la description de la fin du conflit convenue par les parties dans la déclaration de paix est « réaliste ».

Les Émiratis et les Bahreïnis ont tous deux été de fervents partisans d’une solution à deux États pour mettre fin au conflit israélo-palestinien et ont insisté sur le fait que leur volonté de normalisation avec Israël ne se faisait pas au détriment de leur soutien aux Palestiniens et des efforts exercés pour la création d’un État dans les frontières d’avant 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.

Avant la signature de mardi, Anwar Gargash, le ministre des Affaires étrangères des EAU, avait déclaré aux journalistes, lors d’un briefing en ligne, que la solution de deux États ne serait évoquée qu’indirectement.

« [L’accord] fait référence à la solution des deux États par le biais de références aux accords précédents qui ont été signés. Et vous verrez cela, je pense, clairement. Et puis, il aborde des domaines de coopération et ainsi de suite, et encadre en quelque sorte le type de relations que les deux États recherchent », a-t-il déclaré.

Le Mont du Temple

En sus de ne pas spécifier une solution à deux Etats, aucun des accords signés mardi ne fait mention du Mont du Temple.

Trump, lors de la cérémonie de mardi, a mentionné la volonté d’Israël de permettre aux musulmans du monde entier de prier à la mosquée Al-Aqsa, qui se trouve sur l’enceinte du Mont du Temple, connue par les musulmans sous le nom de Haram al-Sharif.

Dans la déclaration commune d’Israël, du Bahreïn et des États-Unis distribuée par la Maison Blanche vendredi, « Israël a affirmé que tous les musulmans qui viennent en paix peuvent visiter et prier à la mosquée al-Aqsa, et les autres lieux saints de Jérusalem resteront ouverts aux fidèles pacifiques de toutes les confessions ».

Le président a affirmé dans son discours que de tels accords mettaient fin aux « mensonges » concernant « l’attaque de la mosquée par Israël ».

Alors qu’Israël a le contrôle de la sécurité du site, ayant annexé la zone après l’avoir capturée lors de la guerre des Six jours de 1967, l’administration proprement dite est assurée par le Conseil islamique du Waqf, un organisme nommé par la Jordanie qui supervise les lieux saints musulmans à Jérusalem. Il revendique l’autorité exclusive sur le complexe du Mont du Temple et affirme qu’il n’est pas soumis à la juridiction israélienne.

Des musulmans prient au Mont du Temple pendant le Ramadan. (Autorisation : Atta Awisat)

Les critiques dans le monde arabe ont exprimé leur inquiétude quant à l’implication dans de telles déclarations que la souveraineté d’Israël sur le Mont du Temple était légitimée. Les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est, y compris Haram al-Sharif, comme la capitale de leur futur État.

Par conséquent, l’omission apparente d’une telle clause dans les accords eux-mêmes semble être un clin d’œil à ces critiques.

Quinze domaines de coopération

Au-delà de la mention du conflit israélo-palestinien, le « traité de paix » de sept pages entre Israël et les EAU « réaffirme également la conviction commune des parties que l’établissement de la paix et la normalisation complète entre elles peuvent contribuer à transformer le Moyen-Orient en stimulant la croissance économique, en renforçant l’innovation technologique et en forgeant des relations plus étroites entre les peuples ».

« Les parties sont guidées dans leurs relations par les dispositions de la Charte des Nations unies et par le principe de droit international régissant les relations entre les États », indique le document. « En particulier, elles doivent reconnaître et respecter la souveraineté et le droit de chacun à vivre en paix et en sécurité, développer des relations amicales de coopération entre elles et leurs peuples, et régler tous les différends entre elles par des moyens pacifiques. »

Israël et les EAU conviennent d’établir des ambassades « dès que possible » et de finaliser des accords bilatéraux dans les 15 domaines suivants : finances et investissements ; aviation civile ; visas et services consulaires ; innovation, commerce et relations économiques ; soins de santé ; science, technologie et utilisations pacifiques de l’espace ; tourisme ; culture et sport ; énergie ; environnement ; éducation ; arrangements maritimes ; télécommunications et poste ; agriculture et sécurité alimentaire ; eau ; coopération juridique.

« Le présent traité sera ratifié par les deux parties dès que possible, conformément à leurs procédures nationales respectives, et entrera en vigueur après l’échange des instruments de ratification », indique le document.

Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al-Zayani, le Premier ministre d’Israël, Benjamin Netanyahu, et le président des États-Unis, Donald Trump, participent à la cérémonie de signature des accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, le 15 septembre 2020, à Washington. (Alex Wong/Getty Images/AFP)

Déclaration de paix et accords d’Abraham

Dans leur « déclaration de paix » d’une page, Israël et Bahreïn « sont convaincus que cette évolution contribuera à un avenir dans lequel tous les peuples et toutes les confessions pourront cohabiter dans un esprit de coopération et jouir de la paix et de la prospérité, où les États se focaliseront sur des intérêts communs et sur la construction d’un avenir meilleur ».

« Le Royaume de Bahreïn et l’État d’Israël ont convenu de rechercher des accords dans les semaines à venir concernant les investissements, le tourisme, les vols directs, la sécurité, les télécommunications, la technologie, l’énergie, les soins de santé, la culture, l’environnement et d’autres domaines d’intérêt mutuel, ainsi que de parvenir à un accord sur l’ouverture réciproque des ambassades », peut-on lire dans la déclaration.

Les quatre parties – représentées par Trump, Netanyahu, le ministre des Affaires étrangères des EAU, Abdullah bin Zayed bin Sultan Al Nahyan, et le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif al-Zayani – ont également signé un troisième document, les accords d’Abraham, qui comprend un engagement commun en faveur de la paix et de la tolérance.

Ce document de huit paragraphes stipule que les parties « reconnaissent l’importance de maintenir et de renforcer la paix au Moyen-Orient et dans le monde, sur la base d’une compréhension mutuelle et d’une coexistence, ainsi que du respect de la dignité humaine et de la liberté, y compris la liberté religieuse ».

« Nous encourageons les efforts visant à promouvoir le dialogue interconfessionnel et interculturel pour promouvoir une culture de paix entre les trois religions abrahamiques et l’humanité tout entière », poursuit le document. « Nous recherchons la tolérance et le respect de chacun afin de faire de ce monde un lieu où tous peuvent bénéficier d’une vie de dignité et d’espoir, quelle que soit leur race, leur foi ou leur appartenance ethnique. »

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