Israël en guerre - Jour 192

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Les activistes déplorent des troupes « à la gâchette facile » après la mort d’un jeune Palestinien à Shuafat

La famille pleure le jeune garçon de 12 ans, tué par un agent de la police des frontières alors qu'il allumait des feux d'artifice pour la deuxième nuit du ramadan ; les autorités enquêtent sur l'incident

Rawiya Halhouli avec une photo de son fils Rami Halhouli, qui a été tué, au domicile familial du camp de réfugiés de Shuafat, à Jérusalem-Est, le 17 mars 2024. (Crédit :  AP Photo/Mahmoud Illean)
Rawiya Halhouli avec une photo de son fils Rami Halhouli, qui a été tué, au domicile familial du camp de réfugiés de Shuafat, à Jérusalem-Est, le 17 mars 2024. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Un jeune garçon de 12 ans qui allume la mèche d’un feu d’artifice et qui lève ce dernier vers le ciel. Mais avant qu’il n’explose, illuminant la nuit d’étincelles rougeoyantes et brillantes, l’enfant reçoit une balle dans la poitrine et il tombe au sol.

Des images qui montraient les derniers instants de la vie de Rami Halhouli, la semaine dernière, et qui ont circulé pendant des jours sur les réseaux sociaux. Les activistes qui défendent les droits de l’Homme disent qu’elles mettent en lumière la forte augmentation du nombre de Palestiniens – dont des dizaines d’enfants – qui ont été tués sans justification par les forces israéliennes depuis l’assaut terroriste du Hamas, le 7 octobre.

La famille de Halhouli déclare que le jeune garçon a été tué par une balle qui a été tirée depuis une tour de garde de la police et qui surplombe le camp de réfugiés de Shuafat, à Jérusalem. Halhouli, son frère et quatre amis étaient allés tirer des feux d’artifice pour célébrer la fin de la deuxième journée du ramadan, le mois sacré de jeûne musulman, explique sa famille.

La police a expliqué que les feux d’artifice avaient été lancés en direction des agents, les mettant en péril. Les règlements entourant les tirs à balle réelle autorisent les policiers à ouvrir le feu sur une personne tirant un feu d’artifice vers une autre, si cela représente un péril pour la vie de cette dernière. Le gouvernement, de son côté, a indiqué que l’incident faisait l’objet d’une enquête.

Ali Halhouli, le père du jeune garçon, était chez lui quand il a entendu les tirs – et quand il a entendu son fils qui appelait sa père en pleurant. « Quand je suis sorti, je l’ai vu à terre, le visage sur le sol », raconte-t-il.

Les violences à Jérusalem-Est et dans toute la Cisjordanie ont grimpé en flèche depuis le 7 octobre, date de l’attaque brutale et meurtrière qui a été commise par le Hamas dans le sud d’Israël et qui a été à l’origine de la guerre à Gaza.

Illustration : Des soldats israéliens lors d’un raid militaire dans le camp de réfugiés d’Al-Amari près de Ramallah, en Cisjordanie, le 4 mars 2024. (Crédit : Flash90)

Les troupes ont arrêté environ 3 600 Palestiniens recherchés dans toute la Cisjordanie depuis, notamment plus de 1 600 qui étaient affiliés au Hamas. Selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne, environ 450 Palestiniens de Cisjordanie ont été tués depuis le 7 octobre.

Une centaine de morts étaient des mineurs, selon le groupe de défense des droits de l’Homme BTselem. Dans 60 de ces cas, le groupe déclare qu’il semble n’y avoir eu aucune justification à l’utilisation de la force meurtrière, avec notamment des cas où des adolescents ou de jeunes enfants jetaient des pierres ou qu’ils participaient à des mouvements de protestation.

« Il est clair qu’il y a une attitude générale de gâchette facile parmi les soldats et parmi les agents de la police des frontières israéliens et il est clair que cela touche aussi les enfants palestiniens », commente Sarit Michaeli, porte-parole de BTselem.

« En ce qui concerne le cas spécifique de ce qui s’est passé dans le camp de réfugiés de Shuafat », continue-t-elle, « il s’agit d’un jeune garçon qui ne posait aucune menace et qui se trouvait face à un agent de la police des frontières lourdement armé ».

Halhouli, le plus jeune d’une fratrie de huit enfants, a été tué aux environs de 20 heures, mardi dernier, aux abords de son domicile, dans une allée jonchée de détritus, dit son père.

Il se trouvait à une soixantaine de mètres de la tour de garde de la police. Une vidéo de l’incident montre Halhouli pointant le feu d’artifice dans la direction générale de la tour, sans la viser directement.

Ali Halhouli et deux de ses proches visitent le site où son fils Rami Rami Halhouli, 12 ans, a été tué par un agent de la police des frontières israélienne alors qu’il lançait un feu d’artifice, la semaine dernière, dans le camp de réfugiés de Shuafat, à Jérusalem-Est, le 17 mars 2024. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

La police a reconnu les coups de feu meurtriers, ce soir-là, disant que ses agents avaient ouvert le feu en riposte au feu d’artifice qui avait été lancé vers la tour de garde. Lundi et mardi, pendant toute la nuit, des émeutiers palestiniens habitant le camp avaient lancé des cocktails Molotov et des feux d’artifice vers les forces israéliennes, ont indiqué les forces de l’ordre.

Se tenant à l’endroit même où l’enfant avait perdu la vie, Ibrahim Halhouli, un proche du défunt, âgé de 16 ans, déclare éviter dorénavant l’allée, comme tous les autres.

« On a peur », indique-t-il en regardant la tour de garde.

Shuafat, où vivent environ 60 000 Palestiniens, est depuis longtemps une zone sensible.

C’est un quartier pauvre, densément peuplé, qui manque de services municipaux même s’il se trouve à l’intérieur des frontières de Jérusalem. C’est le seul camp de réfugiés de Jérusalem et un certain nombre de terroristes impliqués dans des attentats anti-israéliens en étaient originaires. Il est isolé du reste de Jérusalem par un checkpoint lourdement gardé et les forces israéliennes mènent des raids réguliers dans le camp pour y arrêter des terroristes présumés.

Une vue du camp de réfugiés de Shuafat derrière une section de la barrière avec la Cisjordanie à Jérusalem, le 17 mars 2024. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Après les coups de feu, Ali Halhouli raconte que ses deux autres fils ont emmené le corps dans un dispensaire de Shuafat, où les médecins ont prononcé la mort du petit garçon. Désespérée, la famille a trouvé une ambulance qui l’a transporté à l’hôpital Hadassah, l’un des plus grands établissements hospitaliers du pays, où les médecins ont dit qu’une balle l’avait frappé en plein cœur.

« Le jeune garçon est mort, vous l’avez amené déjà mort », a regretté l’un des médecins, selon Ali Halhouli. Peu après, un agent de police est arrivé au sein de l’unité et il a indiqué que la dépouille devait être amenée dans un institut médico-légal pour une autopsie.

Ali Halhouli, 61 ans, explique qu’il est ensuite resté dans le flou pendant plusieurs jours. Il a été contacté à trois reprises par des agents de police différents qui lui ont dit que le corps de son fils lui serait rapidement rendu.

Il lui a été dit, à une occasion, que les funérailles ne devraient pas accueillir plus de 40 personnes, sous peine d’amende. Les inhumations de Palestiniens tués dégénèrent souvent, devenant des manifestations violentes. La dépouille de l’enfant a finalement été rendue à la famille dans la nuit de dimanche et il a été enterré dans la matinée suivante.

Le Département des enquêtes internes de la police, l’instance chargée de mener les enquêtes sur la conduite de la police au sein du ministère de la Justice, a fait savoir que les investigations ouvertes sur l’agent qui a tué Halhouli étaient encore en cours.

Ali Halhouli assis à côté d’une photo de son fils, Rami Halhouli, au domicile familial situé dans le camp de réfugiés de Shuafat, à Jérusalem-Est, le 17 mars 2024. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)i

Les agents de la police et les soldats ne sont que rarement poursuivis en justice lorsqu’ils tuent des Palestiniens. Selon le groupe israélien Yesh Din, le dernier dossier où un policier avait été mis en examen pour meurtre remonte à 2021 – il avait tué un jeune Palestinien autiste, qui n’était pas armé, dans la Vieille Ville de Jérusalem. Il avait finalement été acquitté en 2023, fait remarquer le groupe.

Au lendemain de la mort de Rami Halhouli, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, avait indiqué que l’agent qui était à l’origine du tir devait être salué plutôt que de faire l’objet d’une enquête. Le ministre ultra-nationaliste avait qualifié de « terroriste » le jeune garçon.

« Un garçon de 12 ans, un terroriste ? », s’étonne Ali Halhouli, visiblement heurté par ces propos.

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