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Les agriculteurs israéliens inquiets pour leurs serres en Jordanie

Si les Jordaniens reprennent les terres, "toutes les installations seront perdues", s'inquiète Eitan Guedj, qui cultive des poivrons côté jordanien destinés à l'exportation

  • Un soldat israélien inspecte une voiture qui revient d'une plantation de poivrons au moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Un soldat israélien inspecte une voiture qui revient d'une plantation de poivrons au moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Un chekcpoint près du moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Un chekcpoint près du moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • L'agriculteur Eitan Guedj examines ses poivrons cultivés dans le moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    L'agriculteur Eitan Guedj examines ses poivrons cultivés dans le moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Le panneau indiquant la direction du moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Le panneau indiquant la direction du moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Chaque matin aux premiers rayons du soleil, Eitan Guedj quitte sa maison en Israël, franchit deux checkpoints et part cultiver ses champs de poivrons à Ghoumar, terre jordanienne prêtée à Israël mais qu’Amman veut désormais récupérer.

Comme lui, une trentaine d’Israéliens et plus de 150 ouvriers thaïs dépendent des serres qui s’étendent sur 150 hectares sur ces terrains situés au-delà d’un massif jordanien barrant l’horizon du village de Tsofar, dans le sud d’Israël.

« Chaque travailleur a un laissez-passer quotidien » pour passer à travers les checkpoints israélien et jordanien, explique l’agriculteur de 36 ans. « Le point de passage est ouvert 365 jours par an, du lever au coucher du soleil ».

Pendant presque un quart de siècle, en vertu de l’accord de paix de 1994, Ghoumar, ainsi qu’un autre petit bout de terre plus au nord, Baqoura, ont été laissés à la disposition d’Israël par la Jordanie.

Mais le roi Abdallah II a récemment annoncé l’intention de son pays de récupérer ces terrains, quelques jours avant le délai d’un an imparti pour dénoncer ces annexes du traité.

La décision du souverain jordanien a eu un grand retentissement en Israël. La Jordanie est, avec l’Egypte, l’un des deux seuls pays arabes à avoir signé des traités de paix avec l’Etat hébreu.

Le panneau indiquant la direction du moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Les relations avec les Jordaniens étaient « excellentes », dit Eitan Lipszyc, 60 ans, qui préside les affaires du village coopératif (Moshav) de Tsofar depuis 13 ans. « Nous nous sentions comme chez nous et nous avons été surpris de ne plus être les bienvenus à la maison », soupire-t-il.

Selon lui, un tiers de la petite centaine de familles du village vivent de l’agriculture. Sans Ghoumar, la survie de Tsofar est remise en question.

Israël calme le jeu

Si les Jordaniens reprennent les terres, « toutes les installations seront perdues », s’inquiète Eitan Guedj, dont 80 % des revenus proviennent de la vente des poivrons qu’il cultive côté jordanien et qui sont principalement destinés à l’exportation.

Sous les serres jaunies par la poussière de la terre ocre, les poivrons poussent mieux à Ghoumar assure-t-il, car la terre y est plus riche en minéraux.

Il lui faudrait cinq à six ans pour recommencer à zéro en Israël, probablement sans atteindre un aussi bon rendement, estime-t-il.

L’agriculteur Eitan Guedj examines ses poivrons cultivés dans le moshav Tsofar, à la frontière israélo-jordanienne, le 23 ocotbre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Côté jordanien, le choix du roi a été applaudi et largement interprété comme un gage pour calmer la rue qui gronde.

La Jordanie est en proie au chômage, à la pauvreté et à l’inflation. La crise a été aggravée par l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés syriens fuyant la guerre. Or le traité de paix avec Israël, aussi stratégique qu’il soit pour les deux nations, reste impopulaire dans un pays où environ la moitié de la population est d’origine palestinienne.

En Israël, la décision de dénoncer les annexes du traité a suscité les spéculations sur un possible dépit du roi face aux politiques israéliennes, notamment vis-à-vis des Palestiniens, bien que le Premier ministre Benjamin Netanyahu soutienne que les nouvelles réalités régionales rapprocheraient les pays arabes d’Israël.

La diplomatie israélienne a calmé le jeu, renvoyant aux négociations qui allaient s’ouvrir. Possible illustration que la relation n’était pas mise à mal, l’armée israélienne a apporté cette semaine son aide à la Jordanie confrontée à des intempéries qui ont causé la mort d’au moins 20 personnes.

Cultiver pour la paix

Les deux parties ont un an pour se mettre d’accord sur l’avenir des enclaves, affirme Oded Eran, ambassadeur israélien en Jordanie de 1997 à 2002 et chercheur à l’Institute for National Security Studies de Tel-Aviv.

Il faut « offrir quelque chose d’attractif aux Jordaniens » sinon le gouvernement israélien devra compenser les pertes des agriculteurs, prévient-il.

Dans les paisibles rues de Tsofar, tous ont confiance en un règlement par la négociation.

« Pour le moment, on regarde quelles sont nos options », affirme Eitan Lipszyc, qui dit ne pas vouloir organiser de protestation, mais plutôt épauler le gouvernement dans ses efforts. Des agriculteurs qui cultivaient le sol jordanien, « c’était bon pour la paix », assure-t-il.

Certains soutiennent aussi que sur ces terres entourées de désert, où la ville la plus proche est à des kilomètres, les Jordaniens ne feront rien pousser si les Israéliens se retirent.

Mais cette attente crée « une pression énorme », confesse l’agriculteur Eitan Guedj. Lui a trois enfants à nourrir. « Si je n’ai plus ces terres, je vais probablement partir, car il n’y a rien d’autre dans la région, ni tourisme, ni industries high-tech ».

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