Les bateaux en partance pour Gaza interdits d’accoster à Paris
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Les bateaux en partance pour Gaza interdits d’accoster à Paris

La préfecture de Paris a empêché les deux bateaux qui transportaient deux élus français à bord, d'accoster dans la capitale

Quelques heures auparavant, l’auto-baptisée « flottille internationale pour la paix » y croyait encore. Elle pensait pouvoir accoster sur les quais parisiens de la Seine, y retrouver quelques militants pro-palestiniens, avant de continuer son voyage vers la Bande de Gaza afin de tenter de « briser le blocus illégal de Gaza », selon elle, explique Claude Léostic, coordinatrice en France pour la flottille pour Gaza, citée par Orient XXI.

Mais le 17 juin dernier, les deux bateaux ont finalement été interdits d’accoster à Paris.

Le Falestine et le Mairead ont bien traversé Paris, mais « escortés par la police fluviale » qui les a contraints de passer leur chemin sur demande de la préfecture.

« Arrivés sans encombres à Asnières, raconte le journal l’Humanité les deux navires ont d’abord embarqué deux élus, les conseillers de Paris Raphaëlle Primet (PCF) et Jérôme Gleizes (Verts), avant de poursuivre. Claude Léostic, responsable de la plate-forme des ONG pour la Palestine, était également à bord. À l’écluse de Suresnes, surprise, la brigade fluviale de la police les attendait ».

En mai 2010, l’intervention de l’armée israélienne sur une précédente prétendue « flottille de la paix » avait causé la mort de 10 ressortissants turcs, gelant les relations avec Ankara. La flottille était vide et ne contenait alors aucun matériel humanitaire, comme l’avaient prétendu les organisateurs.

Les restrictions contre la bande de Gaza ne concernent pas uniquement Israël, l’Égypte laisse le poste-frontière de Rafah quasiment toujours fermé en raison des contrebandes et des liens qu’entretient le Hamas avec les djihadistes du Sinai.

Depuis 2007, Israël et l’Egypte imposent un blocus à Gaza qui, selon l’Etat juif, est nécessaire pour empêcher le Hamas de faire entrer clandestinement des armes dans la bande. Actuellement, les produits arrivent dans les ports israéliens où ils sont contrôlés et amenés à Gaza au rythme de centaines de camions par jour.

Les conditions de vie qui ne cessent de se détériorer dans la bande ont été citées par des responsables de la sécurité comme étant un facteur majeur attisant les affrontements violents sur la frontière avec Israël, ainsi qu’un sentiment négatif de désespoir.

Lundi, Haaretz a fait savoir que les Etats-Unis cherchent à collecter la somme de plus de 500 millions de dollars auprès des états du Golfe pour financer des projets de développement énergétique et économique avec pour objectif d’améliorer la situation humanitaire à Gaza, avant de révéler le plan du président américain Donald Trump de résolution du conflit israélo-palestinien.

Le représentant spécial pour les négociations au Moyen Orient du président américain Donald Trump Jason Greenblatt a accusé jeudi les Palestiniens d’hypocrise, après que l’Autorité palestinienne a déclaré que les efforts mis en œuvre par les États-Unis pour améliorer la situation humanitaire à Gaza visait à séparer l’enclave palestinienne de la Cisjordanie.

« Le Hamas et l’AP, qui se battent depuis plus de dix ans, affirment avec cynisme que les États-Unis tentent de diviser Gaza et la Cisjordanie, au lieu de reconnaitre que nous sommes en train d’aider les Palestiniens à Gaza », a écrit Jason Greenblatt sur Twitter jeudi matin.

« Quelle hypocrisie », a-t-il ajouté.

Greenblatt et le haut-conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner sont actuellement en tournée au Moyen Orient, où ils discutent des initiatives de l’administration Trump pour faire progresser un plan de paix entre Israël et les Palestiniens, avec leurs alliés dans la région.

Mardi, ils ont rencontre le roi Abdallah II de Jordanie, et le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed Ben Salmane, et devrait également faire escale au Qatar, en Israël et en Egypte.

Lundi, Nabil Abu Rudeineh, un des assistants du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a déclaré qu’une initiative de l’administration, visant à lever des fonds, à hauteur de 500 millions de dollars auprès des pays arabes pour Gaza visait à creuser le fossé entre les Palestiniens de Cisjordanie, dirigés par l’AP, et ceux qui vivent dans la bande de Gaza, dirigée par le groupe terroriste islamiste du Hamas.

« Le leadership palestinien met en garde les pays de la région contre la coopération avec ceux dont l’objectif est de renforcer la séparation entre Gaza et la Cisjordanie, et conduire à des concessions sur Jérusalem et les Lieux saints », a déclaré Abu Rudeineh dans un communiqué selon les médias.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, avec Jason Greenblatt, représentant spécial pour les négociations internationales du président Trump, à Ramallah, le 14 mars 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

La levée de fonds ferait partie des négociations menées par Kushner et Greenblatt dans la région.

Selon le quotidien Haaretz, qui a évoqué cette levée de fonds, l’argent sera utilisé pour développer une zone industrielle au nord du Sinaï, qui jouxte Gaza, et qui comprendra une centrale électrique et des usines pour les résidents de l’enclave palestinienne.

Ces projets devraient également améliorer la situation sécuritaire au nord du Sinaï, où l’armée égyptienne mène une campagne pour lutter contre le terrorisme islamiste dans la péninsule.

Nour, jeune femme de 33 ans, épouse de Hanial-Laham, employée du gouvernement de l’Autorité palestinienne basée à Ramallah, avec ses ses enfants devant leur bidonville de Gaza, le 4 juin 2018. (Crédit : AFP /Mohammed Abed)

Des responsables américains ont averti que Gaza est au bord d’une catastrophe humanitaire et des observateurs accusent, en partie, le président de l’AP qui étouffe le Hamas en retenant le salaire des fonctionnaires gazaouis et qui restreint l’influx d’électricité et de fournitures médicales dans la bande de Gaza.

Washington espère qu’en améliorant la situation à Gaza, où les ressources en eau et en électricité sont infimes, cela apaisera la situation sécuritaire. En effet, ces dernières semaines ont été rythmées par des affrontements violents entre les forces de sécurité israéliennes et les Palestiniens à Gaza.

Mais Grenblatt a fait comprendre que les donateurs étaient réticents à injecter de l’argent à Gaza tant que le Hamas est au pouvoir.

« Le Hamas continue à décevoir les Palestiniens de Gaza – les cerfs-volants et les ballons incendiaires, les roquettes et les obus de mortiers sont dirigés directement contre Israël. Comment la communauté internationale peut-elle aider quand les meurtriers qui dirigent le Hamas continuent à dilapider les ressources de Gaza ? Le peuple mérite mieux », a-t-il tweeté jeudi.

Greenblatt et Kushner ne devraient pas rencontrer de responsables palestiniens durant leur tournée. Ramallah a déjà rejeté le plan de paix naissant et coupé les liens avec les responsables de l’administration après la décision de la Maison Blanche de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël.

Les Palestiniens voient en Jérusalem Est la capitale de l’état auquel ils aspirent, et affirment que les États-Unis ont prouvé qu’ils n’étaient plus un médiateur honnête.

Malgré le gel des contacts, Greenblatt a trouvé un moyen de communiquer avec le négociateur d’Abbas, Saeb Erekat.

Le mois dernier, ils se sont livrés à une querelle par médias interposés, avec des articles d’opinions publiés dans Haaretz. Greenblatt avait suggéré qu’Erekat se retire pour laisser parler de nouvelles voies, et Erekat avait accusé Greenblatt de se faire l’écho de la droite israélienne.

Une explosion à Gaza City après une frappe aérienne des forces israéliennes le 2 juin 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Mahmud Hams)

L’envoyé américain avait également critiqué le Hamas avec virulence. Au lendemain d’une journée d’échanger de tirs transfrontaliers, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait averti qu’Israël pourrait passer à la vitesse supérieure si les Gazaouis ne mettaient pas fin aux tirs de roquette et aux attaques incendiaires.

Des Israéliens dans un kibboutz situé à proximité de Gaza inspectent les lieux où une roquette envoyée depuis la bande est tombée, près des habitations, le 20 juin 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« L’intensité augmentera avec la nécessité », avait-il, dit durant une cérémonie pour les nouvelles recrues de l’armée israélienne. « Nous sommes préparés à tous les scénarios, et il vaudrait mieux que nos ennemis le comprennent, et maintenant. »

L’aviation israélienne a bombardé mercredi une dizaine de sites appartenant à la branche armée du Hamas, après que le sud d’Israël a été victime d’un tir de barrage avec quelque 45 roquettes.

Les frappes ont commencé pendant la nuit, en représailles aux attaques incendiaires incessantes, qui ont déclenché une vingtaine de feux la veille.

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