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« Les grands animaux se sont éteints à cause de la chasse excessive » – étude en Israël

Après avoir épuisé leurs grandes proies, les chasseurs préhistoriques se sont progressivement tournés vers des animaux plus petits et finalement vers l'agriculture

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Une gazelle dans la réserve protégée de la Vallée des daims à Jérusalem (Crédit :  Haim Shohat/Flash90)
Une gazelle dans la réserve protégée de la Vallée des daims à Jérusalem (Crédit : Haim Shohat/Flash90)

Pendant des centaines de milliers d’années, les anciens humains ont chassé les plus grands animaux qu’ils pouvaient trouver jusqu’à leur extinction avant de se tourner vers un gibier de plus en plus petit et finalement vers l’agriculture, a déclaré la semaine dernière un groupe de chercheurs israéliens après avoir analysé des restes d’animaux provenant de dizaines de sites précédemment explorés.

L’étude de l’université de Tel Aviv, qui a analysé des milliers d’ossements de 83 espèces animales découverts depuis 1932, conclut que les humains sont depuis longtemps experts dans l’épuisement de la meilleure ressource possible à leur disposition avant de passer à la suivante. Si ce processus a conduit à l’extinction massive de la méga-faune vers la fin du Pléistocène, la nécessité de s’adapter peut également avoir conduit à l’agriculture et à l’essor de la civilisation, ont constaté les chercheurs.

« Nous pensons que les grands animaux se sont éteints à cause de la chasse excessive pratiquée par les humains, et que le changement de régime alimentaire et la nécessité de chasser des animaux de plus en plus petits ont pu favoriser l’évolution de l’humanité », a déclaré le professeur Ran Barkai, chercheur.

Pour l’étude, les scientifiques ont suivi les pratiques de chasse en Israël et dans les environs au cours des 1,5 million d’années passées en compilant les données de la littérature de recherche sur 58 sites de fouilles qui ont été excavés depuis 1932.

Un bâtiment de l’université de Tel Aviv sur le campus. (Université de Tel Aviv)

L’équipe a découvert que les premiers humains privilégiaient les grandes proies, car elles représentaient le plus gros gain par rapport à l’effort fourni, mais que la taille de leur gibier diminuait progressivement à mesure qu’ils tuaient les plus grandes espèces.

Il y a environ 1 à 1,5 million d’années, les chasseurs ont ciblé les éléphants géants, puis les gazelles il y a environ 10 000 ans.

C’est à cette époque que les humains ont commencé à domestiquer les plantes et les animaux pour se nourrir, mais il n’est pas certain que la rareté du gibier ait conduit à la révolution agricole, qui s’est produite dans la région à peu près à la même époque.

Les chercheurs ont analysé les données provenant d’ossements d’animaux trouvés précédemment sur des dizaines de sites préhistoriques en Israël, dans les Territoires palestiniens, dans le sud-ouest de la Syrie, en Jordanie et au Liban.

Des éléphants font trempette au Zoo biblique de Jérusalem lors d’une journée torride le 27 mai 2015 (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash90)

La région fait office de « laboratoire archéologique » en raison de la densité et de la continuité des preuves archéologiques, et de la longue période couverte par les découvertes, a déclaré le chercheur Jacob Dembitzer.

L’Homo erectus est arrivé il y a 1,5 million d’années, l’homme de Néandertal était présent dans la région jusqu’à il y a environ 45 000 ans et l’homme anatomiquement moderne est apparu il y a environ 180 000 ans.

Sur la base des restes animaux, les chercheurs ont calculé la taille moyenne des animaux dans chaque couche géologique. La taille moyenne des proies a continuellement diminué au cours de cette période de 1,5 million d’années.

Sur les premiers sites d’Homo erectus datant d’environ un million d’années, un tiers des ossements provenaient d’éléphants qui pesaient jusqu’à 13 tonnes, soit plus de deux fois la taille des éléphants d’Afrique modernes.

Le cheval Ohio, qui a été amené de Gaza en Israël dans une opération spéciale en août 2016 (Crédit : Ministère de l’Agriculture)

Ces animaux massifs, qui fournissaient aux premiers humains 90 % de leur nourriture, étaient présents sur presque tous les sites jusqu’à il y a 500 000 ans.

Il y a 400 000 ans, les humains de la région, ancêtres de l’homme de Néandertal et de l’Homo sapiens, chassaient principalement des cerfs, ainsi que des animaux plus gros pesant environ une tonne, notamment des bovins et des chevaux sauvages.

Sur les sites utilisés par les humains modernes il y a 50 000 à 10 000 ans, 70 % des os étaient ceux de gazelles, qui pèsent entre 20 à 30 kilos. Les autres os de ces sites provenaient de daims, de lièvres et de tortues.

La taille moyenne des proies, il y a 10 500 ans, représentait 1,7 % de la taille moyenne des proies d’il y a 1,5 million d’années.

« Les humains ont toujours préféré chasser les plus grands animaux disponibles dans leur environnement, jusqu’à ce que ceux-ci deviennent très rares ou disparaissent, obligeant les chasseurs préhistoriques à rechercher d’autres animaux proches en taille », a déclaré le chercheur Miki Ben-Dor.

Les chercheurs ont ensuite comparé les données relatives aux ossements d’animaux aux données climatiques et environnementales, couvrant plus d’une douzaine de cycles de périodes glaciaires et interglaciaires. Ils ont analysé les données comparant la taille des animaux avec le climat, les précipitations et l’environnement, et n’ont trouvé aucune corrélation entre l’extinction et le climat.

Les chercheurs ont émis l’hypothèse que la recherche de gibier plus petit a conduit à l’évolution technologique des espèces humaines successives. L’Homo erectus était capable de tuer des éléphants à bout portant avec des lances, mais l’homme moderne a dû développer l’arc et la flèche pour tuer des gazelles rapides de plus loin, par exemple.

Il y a 10 000 ans, les animaux restants étaient peut-être trop petits ou trop rares pour fournir suffisamment de nourriture aux humains, ce qui pourrait être lié au début de l’agriculture, selon les chercheurs.

« Nous pensons que notre modèle est pertinent pour les cultures humaines partout dans le monde », a déclaré le professeur Ran Barkai. « Nous soutenons que la force motrice derrière l’amélioration constante de la technologie humaine est le déclin continuel de la taille du gibier. »

Les chercheurs ont également déclaré que les humains « ont maintes fois détruit leurs propres moyens de subsistance en pratiquant une chasse excessive. »

« Nous pouvons donc conclure que les humains ont toujours ravagé leur environnement, mais qu’ils étaient généralement assez intelligents pour trouver des solutions aux problèmes qu’ils avaient créés », a déclaré Barkai. « L’environnement, cependant, a toujours payé un prix dévastateur ».

L’étude a été menée par Jacob Dembitzer de l’université de Tel Aviv, le professeur Ran Barkai et le docteur Miki Ben-Dor du département Jacob M. Alkow d’archéologie et des cultures du Proche-Orient ancien, et le professeur Shai Meiri de l’école de zoologie.

La recherche sera publiée le mois prochain dans la revue Quaternary Science Reviews, évaluée par des pairs.

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