Les Israéliennes s’unissent contre l’inégalité des salaires dans le secteur technologique
Rechercher

Les Israéliennes s’unissent contre l’inégalité des salaires dans le secteur technologique

Un groupe sur Facebook a pour objectif de réunir des données pour aider les employés à négocier de meilleurs salaires

Une entreprise du secteur high-tech qui emploie des femmes ultra-orthodoxes à Modiin Elit, le 17 août 2009 (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)
Une entreprise du secteur high-tech qui emploie des femmes ultra-orthodoxes à Modiin Elit, le 17 août 2009 (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)

JTA – Les employés du secteur high-tech savent que tout problème est résoluble lorsqu’on fait appel à une feuille de calcul.

C’est pour cela qu’un groupe de femmes israéliennes qui cherchent à lutter contre les différences de salaires entre hommes et femmes se sont réunis le mois dernier avec des feuilles de calcul pour recueillir des données sur leurs qualifications et leurs salaires. Elles espèrent ainsi s’encourager à s’imposer lors des négociations salariales.

Vendredi, ce sont presque 200 femmes qui ont déjà contribué à cette enquête et les données révèlent déjà une gamme étendue de revenus – même pour les femmes ayant des qualifications similaires et qui travaillent à des postes semblables.

« Nous savons à partir des enquêtes et de l’expérience personnelle que les femmes ont tendance à proposer des salaires inférieurs à ceux des hommes quand nous entrons dans le stade des négociations, et les employeurs manifestement ne proposent jamais davantage », explique Liora Yukla, 35 ans, l’une des femmes ayant conduit cette enquête.

« C’est une observation substantielle pour nous donner davantage confiance sur le genre de chiffres que nous pouvons avancer lors d’un entretien. »

Le groupe de Yukla, XX+UX Israel, est une communauté qui a été fondée il y a deux ans pour les femmes qui travaillent dans le secteur de l’expérience utilisateur, qui comprend de nombreux emplois du secteur des hautes technologies.

Ses 1 500 membres œuvrent à promouvoir le statut des femmes dans l’industrie, en partageant notamment des conseils et en offrant du soutien dans leur groupe actif de Facebook. Le groupe est une branche largement indépendante de la communauté mondiale XX+UX, lancée par des femmes au siège de Google dans la Silicon Valley, dans le nord de la Californie. (Aux Etats Unis, la journée de mardi marquait la ‘Journée des salaires égaux’ – la date à laquelle le salaire des femmes – inférieur de 20 % en moyenne à celui des hommes – rattrape le salaire des hommes de l’année précédente).

“Il s’agit d’aider les femmes et il s’agit de solidarité », indique la co-fondatrice Anat Katz-Arotchas, dirigeante également d’une société de conseil qui intervient auprès des entreprises high-tech pour déterminer comment construire des produits axés sur les femmes.

« Plutôt que de dicter les choses aux femmes, nous les écoutons et nous les laissons nous dire : ‘C’est de cela dont nous avons besoin et voilà comment le faire pour nous' ».

Katz-Arotchas ajoute que l’enquête, même si elle n’est pas scientifique, peut servir de référence pour les membres du groupe et leur donner de l’audace dans leurs demandes de salaires. Les enquêtes de l’industrie professionnelle ne se sont pas intéressées séparément aux salaires des femmes, poursuit-elle.

Malgré sa diminution ces dernières années, l’écart de salaire entre hommes et femmes en Israël est l’un des plus élevés du monde développé, selon un rapport rendu public l’année passée – les femmes gagnent moins des trois-quarts de ce que gagnent les hommes. Cet écart est encore plus important dans les hautes technologies où les femmes sont payées un petit peu plus de la moitié du salaire des hommes.

Selon une étude récente du Taub Center, l’une des principales raisons de cette disparité est qu’en moyenne, les femmes travaillent moins d’heures que les hommes. Un autre facteur déterminant est que les femmes ont plus de chance que les hommes d’être employées à des postes ou dans des industries où les salaires sont moins élevés. Un grand nombre affirme toutefois que ces facteurs subissent également l’influence de la discrimination.

Le défi consistant à réclamer un salaire plus élevé est survenu récemment dans une discussion sur la page Facebook de XX+UX Israël. Peu de temps après, deux membres du groupe ont posté une feuille de calcul Google pour que les membres puissent partager des informations sur leurs emplois, leurs expériences professionnelles et leurs salaires mensuels.

« Nous sommes à la base un groupe de femmes qui travaillons dans les hautes technologies et c’est le genre de choses dont on discute », explique Yukla. « Cela a été vraiment une discussion longue et vibrante et nous avons réalisé qu’un grand nombre d’entre nous s’intéressent probablement à ce que serait la norme ».

L’enquête, que le groupe prévoit de systématiquement analyser, révèle des salaires mensuels qui s’élèvent de 6 000 shekels (environ 1 700 dollars) pour une conceptrice débutante à 46 500 shekels (environ 13 000 dollars) pour un manager de produits senior.

Elle montre aussi que certaines femmes, à des postes et qualifications similaires, ont des revenus significativement différents. Un manager de projet dans une grande entreprise explique qu’elle gagne 20 600 shekels par mois avec des primes et une voiture de fonction. Une autre, avec le même cursus universitaire et six années d’expérience, indique que son salaire est de 16 000 shekels (environ 4 400 dollars).

Liora Yukla (Crédit : Facebook via JTA)
Liora Yukla (Crédit : Facebook via JTA)

« Un élément qui était surprenant en fait était de voir des niveaux de salaires différents pour le même emploi, les mêmes compétences », dit Yukla. « Et je pense que la question ici, est : Est-ce qu’il en serait de même pour nos collègues masculins ? »

Les membres du groupe ont répondu à l’enquête avec enthousiasme.

Dans des commentaires sur Facebook, une femme écrit : « Bravo, enfin des données réelles ».

Une autre s’exclame : « Un militantisme fabuleux ! C’est super important et je suis sûre que cela va aider de nombreuses filles à mieux négocier leurs prochains salaires ».

Une autre commentatrice note que malgré ce qu’un grand nombre d’intervenantes considèrent comme une discrimination des salaires dans leur industrie, les femmes ont de la chance d’appartenir à la nation des start-ups. L’employé du secteur high-tech en Israël a gagné en moyenne 24 000 shekels l’année dernière, selon une enquête de l’industrie, contre 1 000 shekels pour tous les autres Israéliens.

« Etonnant ! Fabuleux ! » dit-elle. « Même s’il y a des écarts, notre situation en comparaison avec le marché est vraiment bonne ! »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...