Les Israéliens se réjouissent de la grossesse d’une députée, y compris pour le papa homosexuel
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Les Israéliens se réjouissent de la grossesse d’une députée, y compris pour le papa homosexuel

Meirav Ben-Ari, élue du parti Koulanou, dit que les réactions à sa grossesse non conventionnelles ont été majoritairement positives

Meirav Ben-Ari a une session parlementaire à la Knesset (Crédit : Porte parole de la Knesset)
Meirav Ben-Ari a une session parlementaire à la Knesset (Crédit : Porte parole de la Knesset)

JTA —La législatrice Meirav Ben-Ari est enceinte, et tout le monde le sait.

Alors que Ben-Ami se rendait à une interview avec JTA jeudi, une Israélienne juive orthodoxe l’a arrêtée pour la féliciter. La femme a expliqué que sa soeur, âgée de 38 ans, réfléchissait à faire elle aussi une fécondation in vitro. S’adressant à elle comme à une vieille amie, Ben-Ami lui a répondu qu’elle espérait que son histoire encouragerait sa soeur.

Ben-Ari, 40 ans, a fait de nombreuses rencontres similaires depuis qu’elle a confié l’histoire de sa grossesse dans l’édition du week-end dernier du quotidien israélien Yediot Ahronoth. Cette histoire est que Ben-Ami, membre de la Knesset, appartenant au parti centriste Koulanou, est enceinte d’un ami gay.

“Je ne veux pas que les rumeurs aillent bon train avec des gens qui se demandent comment une femme célibataire à la Knesset est subitement tombée enceinte. Alors je le dis tout de go : J’attends un bébé et tout va bien », a déclaré Ben-Ari à Yediot. “Je ne suis pas la première membre de la Knesset à tomber enceinte, mais je suis la première législatrice de cette instance à tomber enceinte d’un ami gay sans que l’on ne se soit mariés”.

Ben-Ari nourrissait quelques craintes concernant l’annonce de cette grossesse peu conventionnelle, mais a indiqué que les réactions se sont avérées majoritairement positives. La célébration nationale d’une grossesse semble avoir éclipsé, ou du moins tempéré, le malaise face au choix familial peu traditionnel de Ben-Ami, et ce même parmi les orthodoxes.

“Ce n’est pas facile ici parce que la plupart des gens savent à quoi une famille est supposée ressembler : une mère, un père et des enfants qui vivent ensemble”, a expliqué Ben-Ari à JTA. “Mais cette femme [qui est venue vers moi] n’est pas la première, même aujourd’hui. J’ai eu vraiment de bons, de très bons commentaires au sujet de l’article de la part des politiciens, de la part des gens que je connais, et même de la part de gens que je ne connais pas ».

Le ministre des Finances, Moshe Kahlon, pose avec Meirav Ben-Ari, de son parti Koulanou (Crédit : Facebook)
Le ministre des Finances, Moshe Kahlon, pose avec Meirav Ben-Ari, de son parti Koulanou (Crédit : Facebook)

En Israël, l’exhortation biblique “Croissez et multipliez” est amplifiée par l’importance du maintien dans le pays d’une majorité juive, en remplacement des membres de la communauté morts lors de l’Holocauste et au vu de la précarité générale de la vie dans l’ombre de la guerre et du terrorisme. Israël est le seul pays qui rémunère les couples infertiles pour qu’ils puissent avoir deux enfants grâce à la FIV, et les mères ont le droit à 14 semaines de congé maternité payées. Les pères peuvent se substituer à leurs épouses durant ce temps, ou prendre cinq journées payées à leur côté.

Ben-Ari avait toujours pensé se marier et avoir un enfant, comme toute bonne Israélienne. Mais ses activités professionnelles ne lui ont pas permis de concrétiser ses aspirations.

Elle avait attiré pour la première fois l’attention du pays en 2005 en remportant l’émission de télé réalité intitulée “Needed: A Leader.” Avec les 5 millions de shekels (1,3 millions de dollars) reçus à l’occasion, elle avait fondé plusieurs centres destinés à la jeunesse en péril dans les villes centrales de Netanya et d’Herzliya, qu’elle avait dirigés jusqu’à son élection au Conseil Municipal de Tel Aviv en 2013. Puis, en 2015, après s’être inscrite sur la liste du nouveau Parti centriste Koulanou, elle a été élue à la Knesset.

“Et je voulais aussi voir le monde”, explique-t-elle. “Je suis allée à l’étranger tous les étés pendant un mois, parfois deux. Je suis allée aux Philippines, au Vietnam. C’était plus intéressant que de rester ici et de peut-être me rendre à un rendez-vous amoureux… J’étais plus concentrée sur moi-même, sur ma carrière, sur mes hobbies – je l’admets – sur ma vie.

« Elle envoie le message important selon lequel les femmes ont droit à une famille quand elles le veulent, même si cela signifie rompre avec les catégories traditionnelles”.

A 38 ans, célibataire et prête à entrer dans la politique nationale, Ben-Ari a réalisé qu’elle risquait de ne plus avoir le temps de vivre une grossesse. Une conversation avec sa mère l’aide à se convaincre de se tourner vers une FIV.

Elle et son ami proche, Ofir, conviennent alors de tenter l’aventure ensemble et d’élever le bébé en partenaires, en équipe. Ofir, directeur financier de 41 ans, vit à quelques pas de chez Ben-Ari dans cette ville. Lui-même est en couple avec un homme. Pour sa part, Ben-Ari prévoit de continuer à chercher l’amour.

Il y a quelques mois, à l’issue de sa troisième tentative de FIV en deux ans, Ben-Ari apprend finalement qu’elle est enceinte. Après avoir consulté son proche entourage, dont le chef du parti Koulanou et ministre des Finances Moshe Kahlon, elle décide de rendre publique son histoire pour « garder le contrôle sur les faits et le message», comme elle le dit.

Juste avant la publication de l’interview parue dans Yediot, Ben-Ari s’est remise en question, jusqu’à réaliser finalement qu’elle n’est plus en position de cacher sa grossesse. Même si elle entre encore dans ses jeans et dans son petit haut noir bien ajusté, la législatrice va entamer son cinquième mois de grossesse lors du lancement de la session d’hiver de la Knesset à la fin du mois.

Spontanée et directe, Ben-Ari affirme que les responsables publics on une obligation de “laisser savoir qui vous êtes aux gens” et veut ainsi donner un exemple aux Israéliennes. Après tout, son travail à la Knesset, où elle est membre de sept comités et où elle a a parrainé six projets de loi qui ont été adoptés, se focalise sur l’aide sociale.

“Lorsque vous êtes célibataire après 30 ans, les gens commencent à se demander ce qui ne va pas chez vous. Ils ne comprennent pas”, dit-elle. “Je veux vraiment inspirer les femmes pour qu’elles ne craignent pas de faire cette démarche. Je pense qu’Israël est déjà en train de changer, en particulier ici à Tel Aviv. Je suis entourée de mères célibataires. »

Alexandra Kalev, professeur de sociologie à l’Université de Tel Aviv, affirme qu’en dépit d’un relatif attachement au conservatisme, les Israéliens ne sont pas cloisonnés dans l’idée des familles traditionnelles comme c’est le cas de pays comme les Etats-Unis.

“Il y a beaucoup plus de tolérance des différents types de famille”, dit-elle à JTA. “Ce qui est le plus important, c’est que la famille soit au service de la valeur sioniste de procréation”.

Mais Kalev reconnaît que l’annonce faite par Ben-Ari a pu envoyer un message puissant : celui que les femmes peuvent être en mesure de définir les termes de leur propre réalité. C’est même plus significatif encore de la part d’une femme d’origine moyen-orientale, les Juifs Misrahim étant considérés comme plus traditionnels et ayant dû faire face à la discrimination en Israël, indique-t-elle. Tandis qu’Israël possède une fière tradition d’égalité des genres, qui remonte aux milices qui existaient avant la fondation de l’Etat et les kibboutzim, les femmes ont été de manière historique exclues de la conception des institutions du pouvoir.

“L’histoire de Meirav nous rappelle que le genre d’engagement exigé trop souvent par le travail survient au détriment de la famille, et c’est l’une des raisons pour lesquelles on ne voit pas plus de femmes aux postes de leadership,” explique-t-elle. « Elle envoie un message important, celui que les femmes ont le droit d’avoir une famille comme elles le veulent, même si cela signifie de rompre le cadre des catégories traditionnelles ».

Jusque-là, les Israéliens ont montré leur soutien. Ben-Ari déclare qu’elle a été inondée de messages de félicitations et d’appels téléphoniques la semaine dernière. Son post Facebook concernant l’article présente quelque 1 500 « j’aime » et des centaines de commentaires débordants. Ben-Ari raconte que ses collègues à la Knesset l’ont félicitée en privée, même ceux des partis orthodoxes Haredim et Arabes.

“Il y a des Haredim très libéraux. Il y a des courants différents. Et il y a beaucoup de différences d’opinions là-bas,” explique-t-elle.

Le Rabbin Yuval Cherlow (Oren Nahshon/FLASH90)
Le Rabbin Yuval Cherlow (Oren Nahshon/FLASH90)

Le rabbin Yuval Cherlow, un modéré éminent parmi les Sionistes religieux, estime que la majorité des rabbins orthodoxes ne peut pas soutenir la décision de Ben-Ari d’avoir un enfant hors des liens d’un mariage juif. Si une femme doit s’inquiéter de ne pas s’être mariée à temps pour avoir un enfant, l’avis normal est de faire congeler ses ovules, explique-t-il. C’est la politique appliquée par l’Institut Puah, situé à Jérusalem, qui conseille les couples infertiles sur la base de la loi juive ou halakha.

D’un autre côté, le judaïsme est très enclin à comprendre le besoin de maternité d’une femme, indique Cherlow.

Dans la Torah, la matriarche juive Rachel demande à son mari, Jacob, de lui donner un enfant, faute de quoi elle mourra. Les rabbins s’inspirent de l’insistance biblique sur la fertilité pour adopter des positions libérales sur les technologies de procréation assistée.

Cherlow ajoute qu’il fait partie d’une minorité de rabbins orthodoxes qui recommandent aux femmes célibataires d’âge mur de tenter la FIV – en partie parce que les ovules congelés ne sont plus guère une option fiable pour elles. Du point de vue de la loi juive, dit-il, il est positif que l’enfant de Ben-Ami ait un père.

Les orthodoxes considèrent l’homosexualité comme incompatible avec le judaïsme, même si les prises de parole publiques ont pu diverger après qu’un haredi orthodoxe ait poignardé à mort Shira Banki, une adolescente lors de la Gay Pride de Jérusalem en 2014. Mais le fait qu’Ofir soit homosexuel n’est pas pertinent dans le cas de sa paternité, selon Cherlow.

“Je préférerais comme tous les rabbins dans le monde, que les enfants appartiennent à une famille juive conformément à la halakha. Mais elle a pris sa décision pour ne pas rater la chance de devenir mère et le père du bébé est connu et s’impliquera. Il y a des choses positives », dit Cherlow à JTA.

Maintenant que Ben-Ami a fait son annonce, elle est prête à retourner au travail. A la fin de la journée, dit-elle, elle n’est plus rien d’autre qu’une femme enceinte comme tant d’autres en Israël.

“Vous regardez autour de vous et vous verrez que la troisième ou quatrième femme aperçue est enceinte. Alors il faut voir ça en proportion », dit-elle.

« D’un point de vue juif, le bébé est très important, même s’il est le fils d’un homosexuel, même si vous avez 40 ans. Bien sûr on préférerait ça ou ça, mais yalla, on ne peut pas attendre indéfiniment”.

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