Les « Judensau », ces statues antisémites ornant les églises dont celles de France
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Les « Judensau », ces statues antisémites ornant les églises dont celles de France

Une trentaine de Judensau existent encore en Europe, principalement en Allemagne ; on en dénombre trois en France, à Colmar et Metz

Cette gravure qui figure sur la façade de l'église de Martin Luther à Wittenberg, en Allemagne, représente des Juifs tétant le lait d'une truie. (Crédit : Toni L. Kamins)
Cette gravure qui figure sur la façade de l'église de Martin Luther à Wittenberg, en Allemagne, représente des Juifs tétant le lait d'une truie. (Crédit : Toni L. Kamins)

Mardi, la cour de justice de Naumburg, en Allemagne, a jugé que le « Judensau » de Stadtkirche, l’église de Wittenberg dans laquelle Martin Luther prêchait, pourrait être conservé, malgré les appels à son retrait – dont une pétition, lancée en 2016 par le théologien britannique Richard Harvey et signée par près de 11 000 personnes.

Un Judensau, « truie des Juifs » en français, est une statue antisémite qui orne de nombreuses églises. Celui de Wittenberg, en grès, date du 13e siècle. Les juges ont estimé que son caractère antisémite n’était plus valable et qu’il fallait voir la statue comme appartenant au contexte historique de l’époque. En 2017, le conseil municipal de Wittenberg avait lui aussi voté en faveur du maintien de la statue, qui rappelle l’histoire allemande.

Le Judensau représente un rabbin examinant la croupe d’une truie, tandis que deux autres Juifs tètent ses mamelles. Une inscription surmonte la scène : « Rabini Shem hamphoras » – du « charabia » selon les pétitionnaires qui appelaient au retrait de la statue. Ils estiment qu’il s’agit d’un mépris de « Schem-hamephorash », l’un des noms cachés de Dieu.

« Dans le Vom Shem Hamphoras, Luther commente la sculpture de la Judensau à Wittenberg, en faisant écho à l’antisémitisme véhiculé par l’image et en localisant le Talmud dans les intestins de la truie », rapporte la pétition.

« Ici, sur notre église à Wittenberg, une truie est sculptée dans la pierre », a écrit Luther, qui était vivement antisémite. « De jeunes porcs et des Juifs gisent sous la truie en train de téter. Derrière la truie, un rabbin est penché sur elle, il soulève sa jambe droite, en tenant sa queue en l’air et regarde intensément sous sa queue et dans son Talmud, comme s’il y lisait quelque chose de fort ou d’extraordinaire, ce qui signale certainement l’endroit où ils obtiennent leur Shemhamphoras. »

« La sculpture continue d’offenser et de diffamer le peuple juif et leur foi. Elle doit être déplacée à un autre endroit, à l’abri des regards, afin qu’elle ne soit plus exposée publiquement sur le mur extérieur de l’église », réclamait la pétition.

« La sculpture n’est pas seulement une insulte envers le peuple juif, mais elle porte atteinte à la décence commune par sa représentation obscène des Juifs allaités par une truie, et du rabbin mettant une main à sa croupe. C’est aussi un affront à un lieu de culte chrétien qui devrait être décoré avec dignité et convenance, et non pas avec des obscénités et des images antisémites choquantes », était-il ajouté.

Une trentaine de Judensau existent encore en Europe, principalement en Allemagne. On en dénombre trois en France, tous dans des régions ayant connu une influence germanique au Moyen-Âge. La chapelle Notre-Dame du Carmel, au sein de la cathédrale de Metz, en compte une. Deux autres sont à Colmar. L’une est placée sur la façade de la cathédrale, et l’autre sous forme de gargouille à la collégiale Saint-Martin.

Cette dernière, datant de 1390, représente un Juif mangeant les excréments d’un démon.

Le Judensau de la collégiale Saint-Martin, à Colmar. (Crédit : Tilman2007 / CC BY-SA 3.0)

L’autre Judensau, situé sur la face ouest de la cathédrale, date de 1350, peu avant que l’entière communauté juive de Colmar soit assassinée après des accusations d’empoisonnement d’un puits. Elle montre un Juif barbu avec un chapeau pointu, à genoux, tétant une truie.

Le Judensau de la chapelle Notre-Dame du Carmel à Metz montre deux Juifs tétant une truie, tandis qu’un troisième homme – on ne sait s’il est Juif ou non – nourrit l’animal.

S’il ne s’agit pas d’un Judensau, la Cathédrale Notre-Dame de Paris compte également une statue antisémite.

La Sinagoga échevelée, les yeux bandés avec un serpent, est un motif commun dans l’art médiéval, représentant la suppression de l’Église. (Crédit : Toni L. Kamins / JTA)

De chaque côté de l’entrée principale se trouvent deux éminentes statues de femmes. Celle de gauche est vêtue de beaux vêtements et baignée de lumière, tandis que celle de droite a les cheveux en désordre, et un grand serpent drapé sur ses yeux comme un bandeau.

Les statues, connues sous les noms respectifs d’Ecclesia et Sinagoga sont un motif fréquent dans l’art médiéval et représentent la doctrine théologique chrétienne appelée supersessionisme, selon laquelle l’Eglise est triomphante et la Synagogue vaincue.

Sinagoga est représentée ici avec la tête baissée, le bâton cassé, les Tables de la Loi glissant de ses mains et une couronne tombée à ses pieds. Ecclesia se tient debout avec la tête couronnée et porte un calice et un bâton orné de la Croix.

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