Les Justes polonais appellent à « retrouver la voie du dialogue »
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Les Justes polonais appellent à « retrouver la voie du dialogue »

La loi, qui prévoit jusqu'à trois ans de prison pour ceux qui attribuent aux Polonais les crimes des nazis allemands, entre en vigueur jeudi

Jonny Daniels danse le Foxtrot avec Alicia Schnepf, secrétaire de la Société polonaise des Justes parmi la Nation, à Varsovie, le 10 avril 2016. (Courtesy: From the Depths)
Jonny Daniels danse le Foxtrot avec Alicia Schnepf, secrétaire de la Société polonaise des Justes parmi la Nation, à Varsovie, le 10 avril 2016. (Courtesy: From the Depths)

Les Justes de Pologne ont appelé lundi les gouvernements polonais et israélien à « retrouver la voie du dialogue et de la réconciliation », sur fond de tensions entre Varsovie et Jérusalem suscitées par une loi polonaise concernant la Shoah.

« Nous, Justes (parmi les nations, titre décerné au nom de l’Etat d’Israël aux personnes ayant contribué à sauver les Juifs pendant l’Holocauste) appelons les gouvernements et les parlementaires d’Israël et de Pologne à retrouver la voie du dialogue et de la réconciliation », ont écrit dans une lettre ouverte les membres de l’Association polonaise des Justes.

« Nous ne sommes pas d’accord qu’on sème la discorde entre les Juifs et les Polonais » liés par une histoire millénaire de coexistance, ont-ils insisté dans ce texte signé par une cinquantaine de Justes, remis lundi au Premier ministre Mateusz Morawiecki.

Ils ont rappelé que « des centaines de Polonais ont payé de leur vie pour leur geste de solidarité » avec les Juifs, sous l’occupation nazie.

« Comme dans chaque nation, dans la nôtre il y a eu aussi des gens ignobles. Ils agissaient en leur propre nom et non pas au nom de l’Etat polonais. Mais ils étaient Polonais. Nous avions peur d’eux aussi », ont-ils souligné, en faisant référence à ceux qui livraient des Juifs aux nazis, souvent contre de l’argent.

La loi polonaise controversée, adoptée à la veille de l’anniversaire de la libération du camp nazi d’Auschwitz-Birkenau, le 27 janvier, et censée frapper ceux qui imputent à la Pologne des crimes nazis, a provoqué des tensions avec Israël, les Etats-Unis et l’Ukraine. Tel Aviv et des représentants de la communauté juive y ont vu une tentative de nier la participation de certains Polonais à l’extermination des Juifs.

Voulant défendre cette loi, M. Morawiecki a fait lui-même scandale en affirmant qu’il y avait aussi « des auteurs juifs » de la Shoah, mettant sur le même plan le comportement de membres des services d’ordre juifs dans les ghettos, les Allemands, les Polonais, les Ukrainiens et les Russes. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a aussitôt jugé ces propos « inacceptables ».

La loi, qui prévoit jusqu’à trois ans de prison pour ceux qui attribuent aux Polonais les crimes des nazis allemands, entre en vigueur jeudi, mais les autorités polonaises assurent que les chercheurs et les témoins de l’Histoire ne risquent pas de sanctions.

A LIRE : Texte intégral de la loi polonaise controversée sur la Shoah

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