Les Loubavitch à la conquête de la Jamaïque
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Les Loubavitch à la conquête de la Jamaïque

Rabbi Yaakov et Mushkee Raskin sillonnent l'île au service des habitants et des touristes juifs

Rabbi Yaakov Raskin à la  Habad House de Montego Bay, en Jamaïque (Autorisation)
Rabbi Yaakov Raskin à la Habad House de Montego Bay, en Jamaïque (Autorisation)

La plupart des gens vont en Jamaïque pour se détendre, mais le rabbin Yaakov Raskin et son épouse Mushkee ont une toute autre mission. Ces premiers émissaires Loubavitch dans l’île célèbre pour son rhum, son reggae et ses coureurs sont à pied d’œuvre depuis l’automne dernier, au service des Juifs qui y vivent ou y séjournent.

Comme d’autres émissaires Habad envoyés dans des pays lointains, où peu de Juifs habitent, mais que beaucoup survolent (comme Katmandou, au Népal, récemment en proie à un séisme dévastateur), les Raskin ont pour mission de restaurer, non seulement spirituellement, mais aussi matériellement, à grand renfort de denrées alimentaires casher, une communauté aussi variée que dispersée.

Le jeune couple, qui attend son premier enfant cet été, est arrivé à Montego Bay juste avant Rosh Hashana, en septembre 2014. Montego Bay est la destination d’une majorité de touristes, relativement proche d’autres grands sites de villégiature de l’île, tels que Negril et Ocho Rios, où les grands navires de croisière accostent.

Si rabbi Raskin est basé à Montego Bay et est déjà occupé avec les 100 000 vacanciers juifs le traversant chaque année, il se rend régulièrement dans toute l’île à la recherche de Juifs à aborder pour essayer de les rapprocher le judaïsme.

Rabbi Yaakov Raskin distribue de la shmura matza pour la Pessah aux résidents locaux jamaïcains (Crédit : Autorisation)
Rabbi Yaakov Raskin distribue de la matza pour Pessah aux résidents locaux jamaïcains. (Crédit : Autorisation)

« Il y a 15 Juifs dans la région de Montego Bay, 10 à Negril, 10 à Ocho Rios et 2 à Port Antonio », a raconté Raskin au Times of Israel lors d’une récente visite à Jérusalem.

« Et il y a aussi trois familles juives à Mandeville », ajoute Mushkee, 23 ans, qui était en Israël avec son mari.

Le rabbin, 25 ans, se rend à Kingston une fois par semaine. Il a été chaleureusement accueilli en Jamaïque, contrairement au dirigeant communautaire et historien Ainsley Henriques, qui a indiqué dans un e-mail que les Juifs de la capitale lui ont réservé un accueil plutôt frisquet.

Rabbi Yaakov et Mushkee Raskin au Mur occidental lors d'une visite en Israël en mai 2015 (Crédit : Autorisation)
Rabbi Yaakov et Mushkee Raskin au Mur occidental lors d’une visite en Israël, en mai 2015 (Crédit : Autorisation)

Habad a envoyé des émissaires en Jamaïque pour de courts séjours ces six dernières décennies. En fait, le grand-père de Raskin fut le premier rabbin habad à visiter l’île en 1957.

Malgré cela, le mouvement hassidique, connu pour sa présence dans tous les coins du monde (y compris les autres pays des Caraïbes), avait étonnamment choisi de ne pas prendre racine en Jamaïque par le passé.

Raskin n’explique pas vraiment le fait que Habad envoie aujourd’hui un couple marié s’occuper des Juifs de Jamaïque.

Henriques, ne propose pas non plus de réponse directe à cette question. « La réponse doit venir d’eux ». « Ils étaient à Kingston pendant des années mais je pense qu’ils ne se sentaient pas totalement les bienvenus. »

La petite et fière communauté juive de Kingston est en effet unique. Les Juifs jamaïcains ont un héritage juif de 350 ans d’âge et des traditions propres. La communauté est concentrée dans l’impressionnante Congrégation historique et architecturale Shaare Shalom – l’une des cinq synagogues au sol de sable au monde.

La situation en Jamaïque aujourd’hui est très différente de ce qu’elle était autrefois. Alors que la seule communauté juive organisée de Kingston compte environ 150 âmes, il y a un siècle, 1 500 Juifs vivaient en Jamaïque.

Pendant des centaines d’années avant cela, des Juifs d’origine séfarade vivaient dans des villes à travers l’île.

De nouveaux Juifs d’Angleterre, d’Allemagne et de l’Empire ottoman sont arrivés au fil du temps. Ils ont établi un certain nombre de communautés, et il y avait 21 cimetières juifs en fonctionnement [aujourd’hui il y en a seulement deux].

À Kingston, la vie juive tourne essentiellement autour des offices religieux à la synagogue. En revanche, Raskin, troisième génération d’émissaires de Habad de Montréal, a colporté les pratiques et les fêtes juives tout autour de l’île. Utilisant des chambres d’hôtel et des villas privées (même des plages de l’île), il a dirigé des services religieux et des fêtes là où se trouvaient des Juifs.

Une célébration de Hanoukka organisée par Chabad sur la plage à Ocho Rios, Jamaïque, en décembre 2014 (Crédit : Autorisation)
Une célébration de Hanoukka organisée par Habad sur la plage à Ocho Rios, en Jamaïque, en décembre 2014. (Crédit : Autorisation)

« Nous avons fait Hanoukka à Ocho Rios, Tou Bichvat à Kingston, la veille de Pourim à Kingston et le jour de Pourim à Montego Bay, et Pessah et Lag Ba’Omer à Montego Bay », énumère le rabbin.

Après son retour en Jamaïque de son voyage en Israël, il devait mettre le cap sur Ocho Rios pour y fêter Shavouot.

Selon la pratique de la plupart des couples émissaires Habad, les Raskin ont transformé leur maison en centre communautaire. Les vendredis soirs où ils n’organisent pas le dîner de Shabbat dans une plus grande salle, ils reçoivent à leur table de la maison Habad.

Pendant la semaine, les habitants et les touristes passent par là pour apprendre à mettre les tefilines, étudier des textes juifs avec le rabbin, ou pour obtenir des instructions sur la cuisson de la Hallah [pain de Shabbat] de sa femme.

Mushkee Raskin, qui a passé une partie de son enfance au Panama, où ses parents étaient des émissaires avant de retourner à Crown Heights, Brooklyn, pour diriger les écoles Habad, dit apprécier le climat chaud des Caraïbes.

Rabbi Yaakov Raskin (centre) apprend aux hommes la manière de mettre les Téfilines au Chabad House à Montego Bay, en Jamaïque (Crédit : Autorisation)
Rabbi Yaakov Raskin (au centre) apprend aux hommes la manière de mettre les Tefilines au Habad House de Montego Bay. (Crédit : Autorisation)

Vivre en Jamaïque présente certaines difficultés, mais elles ne sont pas insurmontables, selon les Raskin. Depuis qu’ils sont devenus la seule source de restauration casher suite à la fermeture d’un service de traiteur à domicile géré par l’Israélienne Vered Maoz à Kingston, ils passent beaucoup de temps à cuisiner. Leurs produits, surtout la viande, le poulet et le fromage, proviennent de New York ou de Miami.

Le couple a également dû s’habituer à un mode de vie plus détendu et à une culture dans laquelle tout évolue beaucoup plus lentement qu’à Montréal ou à New York.

« Ce mode plus détendu peut être une bonne chose. Mais cela signifie qu’il faut du temps pour que les choses bougent, et vous devez planifier bien à l’avance chaque événement. »

Bien qu’il soit difficile pour un jeune couple, en particulier pour de futurs parents, de vivre loin de la vie familiale, les Raskin se sentent très à l’aise en Jamaïque, où ils ont trouvé les gens, comme le soleil, très chaleureux.

« Nous aimons aller où nous sommes nécessaires, déclare le rabbin. Chaque Juif est important, peu importe l’importance de la communauté. »

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