Les résultats sont encore officieux mais le cauchemar d’un 3e vote pointe déjà
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Analyse

Les résultats sont encore officieux mais le cauchemar d’un 3e vote pointe déjà

Si Netanyahu considère que c'est son dernier espoir et que Gantz pense en sortir plus fort encore, Israël pourrait glisser petit à petit vers ce que tout le monde veut éviter

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président Reuven Rivlin, (au centre), le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et le leader de Kakhol lavan,  Benny Gantz, lors d'une cérémonie de commémoration de feu le président Shimon Peres au mont Herzl de Jérusalem, le 19 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le président Reuven Rivlin, (au centre), le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, lors d'une cérémonie de commémoration de feu le président Shimon Peres au mont Herzl de Jérusalem, le 19 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il est encore prématuré de tenter de comprendre quel gouvernement pourrait émerger de ces élections israéliennes dont la complexité nous apporte quotidiennement son lot de migraines. Nous ne disposons pas encore des résultats définitifs. Néanmoins, l’issue que tout le monde affirme vouloir éviter commence d’ores et déjà se profiler à l’horizon.

Aucun des deux responsables des camps rivaux – le Premier ministre en titre Benjamin Netanyahu et son challenger Benny Gantz – n’a su s’attirer le soutien de la majorité des 120 membres de la prochaine Knesset. Netanyahu, leader du Likud, s’est garanti l’appui des deux partis ultra-orthodoxes, le Shas et Yahadout HaTorah, et de la formation orthodoxe et nationaliste Yamina.

Gantz, à la tête de Kakhol lavan, peut supposer que les deux partis de gauche, le Camp démocratique et l’alliance Travailliste-Gesher, se tiendront à ses côtés et que la Liste arabe unie œuvrera également contre l’attribution du mandat à Netanyahu.

Avigdor Liberman de Yisrael Beytenu – un faucon vivant dans les implantations, qui se positionne plutôt à droite de l’échiquier politique lorsqu’il s’agit des questions de sécurité, mais plus proche de Kakhol lavan dans sa détermination à s’opposer à la coercition ultra-orthodoxe – tient, pour sa part, l’équilibre du pouvoir entre les deux blocs.

Ayant pris l’initiative de renforcer sa mainmise en unissant les trois alliés naturels du Likud derrière lui, Netanyahu a, de manière peu sincère, invité Gantz, jeudi, à le rencontrer « sans conditions préalables » pour évoquer la possibilité d’un gouvernement « d’unité ».

De façon guère surprenante, Gantz a refusé. Le dirigeant de Kakhol lavan veut faire entrer le Likud dans sa coalition « d’unité » – mais sous son leadership, et seulement après que le Likud a libéré Netanyahu de ses obligations pour qu’il puisse se consacrer à ses déboires judiciaires.

Netanyahu, il n’est pas nécessaire de le dire, savait très bien que Gantz rejetterait son offre. Son objectif est de donner l’impression de chercher ) former un gouvernement d’unité, de traquer toutes les faiblesses dans les rangs des membres de la Knesset s’alignant sur Gantz pour retourner, d’une manière ou d’une autre, ces résultats électoraux en sa faveur… Et, si tout le reste échoue, il pourra imputer cet échec à Gantz, ostensiblement intransigeant, car il aura dédaigné ses gestes d’ouverture, obligeant l’Etat juif à retourner aux urnes pour la troisième fois – ce scénario que tous nos dirigeants fraîchement élus, ils nous l’assurent, feront tout pour éviter.

Gantz, pour sa part – clamant que Netanyahu a perdu même s’il hésite à revendiquer la victoire – va traquer, lui aussi, les faiblesses dans les soutiens de Netanyahu.

Il a peut-être moins d’appuis fiables dans son bloc – cela dépendra de la volonté de la Liste arabe unie de le recommander auprès du président pour le poste de Premier ministre et du positionnement qui sera adopté par Liberman lorsqu’il rendra visite, lui aussi, à Reuven Rivlin dimanche soir.

Mais le pari de Gantz est que, au cours des prochaines semaines, voire au cours des prochains mois, avec des négociations de coalition encore une fois dans l’impasse, le Likud commencera à se fissurer.

Alors que la perspective d’un troisième scrutin – dernier recours obligatoire si les parties échouent à former une coalition – semblera se pointer davantage à l’horizon, espère-t-il, les législateurs du Likud commenceront à prendre en compte la possibilité que leur parti obtienne un résultat encore un moins bon lors du prochain vote.

Il semblerait que le Likud a perdu environ quatre sièges depuis les 35 fauteuils engrangés au mois d’avril mais il a, en réalité, chuté davantage dans la mesure où, lors des élections de mardi, il avait phagocyté Koulanou dans ses rangs – un parti qui avait gagné, à lui seul, quatre sièges la dernière fois.

Les formations ultra-orthodoxes ont gagné un peu de terrain mais l’essor de la Liste arabe unie et la hausse significative du soutien apporté à Liberman – dont les électeurs savaient mardi, et contrairement au mois d’avril, qu’un vote pour Yisrael Beytenu ne représentait plus un suffrage automatique apporté à un gouvernement Netanyahu – n’ont pas échappé aux députés du Likud.

De plus, si un troisième scrutin devait être organisé, Netanyahu pourrait bien être à ce moment-là inculpé dans les dossiers pour corruption à son encontre.

Et alors qu’il pourrait tenter de s’afficher, de manière plus désespérée encore, comme la victime d’une chasse aux sorcières politique, il semble que ce stratagème n’ait pas tourné à son avantage mardi. En effet, plusieurs de ses tactiques les plus classiques ont entraîné un effet boomerang – notamment les caméras dans les bureaux de vote résultant de la manœuvre de la dite « fraude électorale » dans les communautés arabes, la diabolisation de l’électorat arabe, et la ruse du « Gevalt… nous sommes en train de perdre », reprise en boucle dans les interviews et sur les réseaux sociaux.

Alors que Gantz espère que le Likud se fissurera, Netanyahu cherche des options – en jouant sur le temps et avec l’avantage d’être Premier ministre en titre. Nous sommes au Moyen-Orient, où les affaires étrangères peuvent, à tout moment, faire irruption, dans les plans et les programmes des politiciens ; et où ces manœuvres sont parfois même encouragées.

Netanyahu est sur la défensive : il s’est trouvé dans l’obligation d’annuler son déplacement à l’ONU, à New York, la semaine prochaine et donc contraint – une ignominie – à annuler également une rencontre prévue avec le président américain Donald Trump qui a répondu mercredi avec la révélation dévastatrice qu’il ne s’était pas entretenu avec Netanyahu depuis le scrutin et que, d’une manière ou d’une autre, « c’est avec Israël que nous entretenons une relation ». Mais, à l’heure actuelle, son parti lui reste fidèle.

Alors que Gantz espère que le Likud se fissurera, Netanyahu cherche des options – en jouant sur le temps et avec l’avantage d’être Premier ministre en titre. Nous sommes au Moyen-Orient, où les affaires étrangères peuvent, à tout moment, faire irruption, dans les plans et les programmes des politiciens ; et où ces manœuvres sont parfois même encouragées.

L’électorat israélien a eu son mot à dire. L’homme qui pourrait seul nous faire sortir de l’impasse que nous avons nous même produite, Liberman, insiste sur le partenariat d’unité que les deux responsables des deux partis affirment vouloir – mais pas véritablement avec l’autre.

Et c’est ainsi que notre président, dimanche, va commencer sa délicate mission consistant à transformer la volonté du peuple, la volonté diverse des uns et des autres, en leadership viable pour Israël – en persuadant nos représentants élus de mettre en place un gouvernement stable. Le cas échéant, si Netanyahu considère cette éventualité comme son dernier espoir et que Gantz estime qu’il en sortira plus fort, nous pourrions encore une fois devoir tout recommencer.

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