La participation arabe atteint 60 % après son plus bas niveau historique d’avril
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La participation arabe atteint 60 % après son plus bas niveau historique d’avril

Les tentatives de blocage des électeurs et les avertissements concernant l'afflux massif d'Arabes aux urnes semblent avoir été manifestement contreproductif

Une arabe israélienne vote aux élections législatives israéliennes du 9 avril 2019 dans une école transformée en bureau de vote dans la ville de Taybe, au nord du pays. (Ahmad GHARABLI / AFP)
Une arabe israélienne vote aux élections législatives israéliennes du 9 avril 2019 dans une école transformée en bureau de vote dans la ville de Taybe, au nord du pays. (Ahmad GHARABLI / AFP)

Le taux de participation des arabes israéliens a considérablement augmenté mardi par rapport aux dernières élections nationales du 9 avril, où moins de la moitié des électeurs arabes avaient exprimé leur suffrage.

Selon Haaretz, environ 60 % des électeurs arabes se sont rendus aux urnes, en dépit de ce que beaucoup en Israël considèrent comme divers efforts de dissuasion des électeurs par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, son parti au pouvoir, le Likud et les militants de droite.

En avril, la participation arabe avait alors atteint son plus bas niveau record de 49,2 %.

Les sondages de sortie des urnes ont prédit que la Liste arabe unie, récemment réunifiée en une coalition des quatre plus grands partis à majorité arabe, pourrait obtenir jusqu’à 13 sièges à la prochaine Knesset, une amélioration significative par rapport aux résultats des partis arabes en avril où ils se sont séparés en deux listes concurrentes et en ont remporté 10 au total.

Le Dr Thabet Abu Ras, codirecteur exécutif de The Abraham Fund Initiatives, un groupe de la société civile, a déclaré au journal financier israélien Globes qu’il croyait que les avertissements de Netanyahu concernant la forte participation arabe, qui avaient pour but de dynamiser sa base, se sont retournés contre lui. Au lieu de cela, a-t-il dit, la rhétorique enflammée de Netanyahu et la promesse de Benny Gantz, le dirigeant de Kakhol lavan, de promulguer une loi fondamentale promettant l’égalité ont incité les électeurs arabes à venir voter pour tenter de détrôner le Premier ministre.

Le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, réagit à l’annonce des sondages de sortie des urnes des élections législatives, le 17 septembre 2019. (Crédit : Basel Awidat/FLASH90)

Aaed Kayel, directeur de campagne de la Liste arabe unie, a déclaré qu’il ne pouvait pas fournir de données précises sur la participation dans les communautés arabes, mais qu’il croyait aussi qu’elle dépassait les 60 %.

« Sans aucun doute, la participation au sein de la communauté arabe a été supérieure à nos attentes », a-t-il dit, ajoutant que les déclarations de Netanyahu avaient motivé les Arabes israéliens à voter en grand nombre.

« Ils ont donné envie aux gens d’aller voter », a-t-il dit. « Bien qu’il ait pensé qu’en tenant ces propos, il convaincrait un plus grand nombre de ses partisans de voter, ils nous ont aidés et ont encouragé nos électeurs à se rendre aux urnes. »

Plus tôt cette semaine, les visiteurs de la page officielle de Netanyahu sur Facebook ont été accueillis par un message automatique envoyé par un chatbot les mettant en garde contre « un gouvernement laïque de gauche qui compte sur les Arabes qui veulent tous nous anéantir – femmes, enfants et hommes ».

M. Netanyahu a fait des allégations répétées de fraude électorale généralisée, affirmant que l’élection de ce mardi lui serait « volée » en raison d’un manque d’application de la loi contre la fraude électorale « endémique » dans les communautés arabes. Cependant, les preuves présentées par Netanyahu pour prouver une telle fraude ont été, au mieux, limitées, la commission centrale électorale indiquant n’avoir pas établi de cas significatifs.

En avril, le Likud a équipé quelque 1 200 de ses représentants de bureaux de vote dans les villes arabes de caméras cachées. À plusieurs endroits, la découverte des appareils d’enregistrement a donné lieu à des accrochages entre les responsables du Likud et les préposés locaux au scrutin, qui étaient fâchés d’avoir été ciblés dans cette opération clandestine. Les organisateurs de l’opération se sont par la suite vantés d’avoir été responsables de la réduction du taux de participation électorale arabe à son plus bas niveau jamais enregistré.

Les autorités judiciaires, y compris le procureur général de Netanyahu, ont mis en doute la légalité de l’opération et la semaine dernière, dans un effort pour surmonter ces objections, Netanyahu a essayé de faire adopter par la Knesset une loi qui aurait permis aux agents du parti de filmer les bureaux de vote. Il a échoué. La commission centrale électorale a interdit l’utilisation de caméras dans les bureaux de vote lors du vote de mardi.

Le leader de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, filme le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant le débat sur le projet de loi des caméras à la Knesset de Jérusalem, le 11 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, alors que le vote se déroulait mardi, le Likud a fait savoir aux médias qu’il avait installé « des dizaines de caméras de reconnaissance faciale devant les bureaux de vote arabes ». Certains ont émis l’hypothèse que le Likud aurait diffusé les images sur la Treizième chaîne dans le cadre d’une stratégie de campagne visant à faire baisser la participation arabe en intimidant les membres de la minorité, qui se méfient de la surveillance gouvernementale.

Le député Likud Miki Zohar, un allié loyal du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a reconnu mercredi que la tentative du Likud d’adopter un projet de loi sur les caméras lui a porté du tort le jour des élections.

« Cela ne nous a pas servi, ça nous a fait du tort. Cela a réveillé le secteur arabe, qui à son tour s’est rendu aux urnes, pendant que les électeurs de droite se reposaient sur leurs lauriers et que beaucoup d’entre eux restaient chez eux », a déclaré Zohar sur le site d’information Walla.

Plusieurs bureaux de vote dans les régions arabes et druzes ont été temporairement fermés mardi par crainte d’une fraude électorale.

Ahmad Tibi, élu de la Liste arabe unie, a même remercié le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour avoir aidé les Arabes à aller voter – avec sa campagne visant à instiller la peur contre le vote arabe.

« Notre campagne était endormie, faible, boîteuse, il y a tout juste deux semaines », a déclaré Tibi dans un entretien à la Douzième chaîne.

« Et puis, il y a une semaine, un magicien, a mis des réveils à l’entrée de chaque village arabe. C’était Benjamin Netanyahu. C’était le projet de loi sur les caméras [pour autoriser les caméras du Likud dans les bureaux de vote arabes]. Tout d’un coup, les Arabes se sont précipités pour aller voter en hordes » [terme fréquemment utilisé par Netanyahu] », a déclaré Tibi.

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