Des Juifs de droite à l’origine des panneaux décourageant le vote arabe
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Des Juifs de droite à l’origine des panneaux décourageant le vote arabe

Les campagnes visant à écarter des électeurs au mois d'avril avaient été initiées par des Juifs et une ONG américaine en avait financé une, selon un rapport

Une publicité de campagne sur un panneau dans une ville arabe appelant les Arabes à boycotter le vote, le 9 avril 2019 (Capture d'écran : Douzième chaîne)
Une publicité de campagne sur un panneau dans une ville arabe appelant les Arabes à boycotter le vote, le 9 avril 2019 (Capture d'écran : Douzième chaîne)

Dans une campagne qui avait été organisée avant les élections du mois d’avril, des panneaux avaient fleuri dans les communautés arabes et dans les villes de Galilée recommandant vivement aux électeurs de boycotter les urnes.

De nombreux résidents avaient présumé que la campagne – dont les mécènes n’avaient pas été identifiés à ce moment-là sur les panneaux – était issue d’une initiative prise par les forces politiques de la communauté arabe opposées à l’Etat juif et à ses institutions, comme la branche nordiste du Mouvement islamique.

Mais une enquête diffusée par la Douzième chaîne, jeudi, a établi que la campagne avait probablement été commanditée par des Juifs de droite qui avaient espéré supprimer la participation électorale arabe.

La Douzième chaîne est donc entrée en contact avec les entreprises qui avaient vendu les espaces publicitaires ou produit les affiches et découvert que tous avaient travaillé avec des clients anonymes dont l’accent et les commentaires semblent indiquer qu’ils étaient Juifs.

Une firme, A. A. Barak Billboards and Advertising, a déclaré avoir refusé une commande à hauteur de 250 000 shekels de la part d’un client qui avait exprimé le désir de faire baisser la participation électorale dans la communauté arabe.

Une publicité de campagne sur un panneau dans une ville arabe appelant les Arabes à boycotter le vote, le 9 avril 2019 (Capture d’écran : Douzième chaîne)

« Quelqu’un m’a téléphoné – un Juif avec un accent américain – et il m’a dit : ‘Je veux faire une campagne en direction des Arabes pour qu’ils boycottent les élections, pour les encourager à boycotter le vote’, » a raconté le propriétaire de l’entreprise à la Douzième chaîne.

« Je lui ai demandé : ‘Pourquoi voulez-vous cela ?’ et il m’a répondu : ‘Beaucoup d’Arabes ne veulent pas aller voter et le vote des Arabes ne nous intéresse pas. J’ai une très forte somme d’argent – pourquoi ne prenez-vous pas cet argent et ne faites-vous pas cette campagne ? »

Interrogé sur l’identité de ce client, le directeur de la firme de publicité, dont le nom n’a pas été révélée par la Douzième chaîne, a ajouté que « je pense que c’est quelqu’un qui vit dans les implantations. Il m’a dit que je devais lui donner un reçu et que ce reçu serait envoyé aux Etats-Unis, à une organisation à but non-lucratif là-bas, et qu’on m’enverrait l’argent. Il m’a dit qu’il voulait qu’il y ait aussi peu d’Arabes qui votent que possible « .

Une firme de publicité à l’origine d’une partie de la campagne, Itkan, a précisé que le client avait pris soin de cacher son identité.

« C’est un secret commercial. Nous avons juste mis en place l’événement après en avoir reçu l’ordre de la part d’un anonyme. Je n’ai pas de noms », a confié le porte-parole de la firme à la chaîne.

Photo d’illustration : Une arabe israélienne met son bulletin dans l’urne dans un bureau de vote de la ville côtière de Haïfa, le 17 mars 2015 (Crédit : AFP/Ahmad Gharabli)

« Je pense que c’est quelqu’un qui n’est pas lié à la politique – quelqu’un qui a de l’argent et qui a voulu faire ce en quoi il croyait. Il me semble que c’était un Juif », a-t-il précisé.

Ayman Odeh, président du parti de la Liste arabe unie, a réclamé l’ouverture d’une enquête suite au reportage de la Douzième chaîne.

« Ce soir, il a été clairement établi que l’élimination de notre vote est une victoire pour eux », a-t-il écrit dans un poste publié sur Twitter. « Nous ne les laisserons pas s’installer dans nos bureaux de vote. Nous demandons une enquête pénale. Les responsables doivent être mis en prison. »

Il a ajouté que « la droite a peur des Arabes mais nous n’avons pas peur de la droite ».

La participation électorale avait, en effet, chuté précipitamment lors de la course au scrutin du 9 avril, baissant, selon les estimations, de 15 points au sein de la communauté arabe – passant de 64 % des électeurs éligibles à seulement 49 %. Cela avait considérablement réduit la représentation arabe à la Knesset de 13 sièges pour la Liste arabe unie en 2015 à 10 sièges au mois de mars.

Ayman Odeh, leader de la Liste arabe unie, filme le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant le débat sur le projet de loi des caméras à la Knesset de Jérusalem, le 11 septembre 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au cours des élections du 9 avril, le Likud avait équipé 1200 officiels de caméras cachées dans les bureaux de vote des communautés arabes pour prévenir ce qui, selon le parti, s’apparente à une fraude effrénée dans cette catégorie de la population.

Des critiques avaient dénoncé cette initiative, disant qu’elle était une forme d’intimidation en direction des électeurs visant à conserver cette minorité non-juive à l’écart des isoloirs, une affirmation qui avait paru être corroborée par l’entreprise embauchée par le Likud pour mener à bien cette opération.

En amont des prochaines élections nationales, le 17 septembre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a cherché à faire accélérer l’adoption d’une législation qui aurait permis aux activistes du Likud et d’autres formations d’introduire une nouvelle fois des caméras dans les bureaux de vote, malgré l’opposition des responsables juridiques et de la commission centrale électorale.

Lors des élections de 2015, tentant de mobiliser les électeurs de droite, le jour même du scrutin, Netanyahu avait averti que les Arabes se rendaient dans les bureaux de vote « en foule » – des propos pour lesquels il avait été cloué au pilori et pour lesquels il avait ultérieurement présenté ses excuses.

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