Participation élevée et progression, la Liste arabe unie jubile à Nazareth
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Participation élevée et progression, la Liste arabe unie jubile à Nazareth

Les dirigeants de l'alliance, qui prédisent la fin du mandat de Netanyahu, estiment que ce dernier a encouragé la mobilisation du secteur arabe

(G à D) Ofer Cassif, Heba Yazbak, Osama Saadi, Mtanes Shehadeh, Ayman Odeh, Ahmad Tibi, Aida Touma et Iman Khatib Yassin, devant leurs partisans au siège de campagne de la Liste arabe unie à Nazareth, dans le nord d'Israël, le 17 septembre 2019, à l'annonce des premiers sondages de sortie des urnes. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)
(G à D) Ofer Cassif, Heba Yazbak, Osama Saadi, Mtanes Shehadeh, Ayman Odeh, Ahmad Tibi, Aida Touma et Iman Khatib Yassin, devant leurs partisans au siège de campagne de la Liste arabe unie à Nazareth, dans le nord d'Israël, le 17 septembre 2019, à l'annonce des premiers sondages de sortie des urnes. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

Les membres de la Liste arabe unie, une coalition des quatre partis à forte majorité arabe, ont immédiatement levé les bras mardi soir à l’annonce des premiers sondages de sortie des urnes, qui leur octroyaient 13 sièges à la Knesset. Le résultat varie depuis entre 12 et 13.

Ils ont ensuite esquissé un sourire et se sont mis à applaudir quand toutes les chaînes de télévision ont annoncé que le parti d’extrême droite Otzma Yehudit n’avait très vraisemblablement pas réussi à franchir le seuil d’éligibilité.

Ces résultats sont venus renverser les craintes de faible participation dans les villes à majorité arabe et de montée de l’extrême droite. Certains sondages de sortie des urnes ultérieurs leur ont même octroyé jusqu’à 15 sièges du côté de la Treizième chaîne et 13 d’après d’autres chaînes.

Sur l’estrade improvisée installée au siège d’une station de radio arabophone à Nazareth, les candidats du parti ont prononcé des discours passionnés et prédit la fin du règne de Benjamin Netanyahu.

« Nous sentons que [Netanyahu] ne pourra pas former de gouvernement », a déclaré le dirigeant de la Liste, Ayman Odeh, s’adressant à un noyau de militants et de journalistes. « Nous sommes aussi contents que le parti Otzma Yehudit n’ait pas réussi à entrer à la Knesset ».

Le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, réagit à l’annonce des sondages de sortie des urnes des élections législatives, le 17 septembre 2019. (Crédit : Basel Awidat/FLASH90)

Netanyahu a été régulièrement accusé – à juste titre – de centrer ses campagnes sur la participation arabe en « avertissant » ses sympathisants qu’ils devaient contrebalancer la forte participation dans les zones arabes, s’attirant des accusations de racisme.

Ayman Odeh estime que les attaques répétées du Premier ministre avaient encouragé la mobilisation des électeurs arabes et que les choses se sont retournées contre lui.

« L’incitation à la haine a un prix élevé à payer », a-t-il ainsi indiqué à la Treizième chaîne.

Les sondages de sortie des urnes et les premiers résultats font état d’un coude-à-coude entre le Likud et son rival centriste, Kakhol lavan, aucun ne disposant d’une voie claire leur permettant de former un gouvernement avec leurs alliés naturels.

Alors que des négociations de coalition s’annoncent, les parties devront vraisemblablement s’appuyer sur un pan étendu de l’échiquier politique ou tenter de former un gouvernement d’union, bien que Kakhol lavan puisse également s’assurer le soutien des partis arabes pour décrocher le droit d’entamer des négociations de coalition.

Interrogée sur la possibilité que la Liste arabe unie recommande Benny Gantz au poste de Premier ministre auprès du président Reuven Rivlin, la candidate et députée de la Liste, Aida Touma-Sliman, ne l’a pas exclue.

« Nous devons d’abord attendre les résultats définitifs et entendre ce que Gantz a à dire. Ensuite, nous devrons discuter et étudier la carte politique pour nous décider », a-t-elle fait savoir au Times of Israel.

Un porte-parole de l’alliance a confirmé mercredi que le leader de Kakhol lavan avait appelé Ayman Odeh tôt dans la matinée et qu’ils avaient convenu de se rencontrer.

Le candidat de la Liste, Mansour Abbas, a annoncé que pour qu’ils envisagent de recommander Benny Gantz, ils auraient besoin d’engagement clair de sa part vis-à-vis d’une relance du processus de paix entre Israël et les Palestiniens, de la lutte contre la criminalité dans les communautés arabes, d’une forte hausse du budget des municipalités arabes et d’une augmentation des permis de construire accordés dans les localités arabes.

À la suite du précédent scrutin, les deux listes arabes n’avaient recommandé aucun parti au président Rivlin.

S’adressant à des sympathisants à Tel Aviv, Netanyahu a poursuivi les attaques à l’encontre des formations arabes, promettant d’empêcher la formation d’un gouvernement qui inclurait « des partis qui encensent et glorifient des terroristes assoiffés de sang qui tuent nos soldats, nos citoyens, nos enfants ».

L’acrimonie est mutuelle.

« L’ère de Benjamin Netanyahu est arrivée à son terme », s’est enorgueilli le député Ahmad Tibi sur la scène installée à Nazareth, soulignant que « la fin de Netanyahu était synonyme de fin de ‘l’accord du siècle' ».

« L’accord du siècle » est un terme péjoratif utilisé pour désigner le plan de paix de  l’administration de Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

Ayman Odeh a promis que la Liste arabe unie œuvrerait pour combattre la criminalité dans les communautés arabes, pour leur accorder des budgets plus élevés et pour y légaliser les maisons menacées par une démolition.

Il a également laissé entendre que l’alliance avait fait une erreur en se scindant en deux liste — Hadash-Ta’al et Raam-Balad — avant le scrutin d’avril.

« Nous avons fait une erreur il y a cinq mois. L’occasion de la corriger s’est présentée rapidement. Nous l’avons saisie et avons rebâti la Liste arabe unie », s’est-il réjoui.

Elle s’est en effet réunifiée fin juillet après la dissolution du Parlement en mai qui a donné lieu à de nouvelles élections.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu salue des partisans au siège quasiment vide de la campagne électorale de son parti, le Likud, le 18 septembre 2019. (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

Aaed Kayel, le chef de campagne de la Liste, a fait savoir qu’il n’était pas en mesure de donner des chiffres précis sur la participation dans les communautés arabes, mais l’a estimée à plus de 60 %.

« Sans aucun doute, la participation de la communauté arabe a dépassé nos attentes », a-t-il confié.

Lors du dernier scrutin, moins de la moitié des électeurs arabes s’étaient rendue aux urnes, d’après l’Institut israélien de la démocratie, qui avait évalué la participation arabe à 49,2 %. Par opposition, environ 63, 5 % des Israéliens arabes s’étaient exprimés lors du scrutin de mars 2015, d’après l’Institut.

Aaed Kayel pense que les déclarations de Netanyahu avaient encouragé les Israéliens arabes à voter en fortes proportions.

Aaed Kayal, le chef de campagne de la Liste arabe unie, le 17 septembre 2019. (Crédit : Adam Rasgon/Times of Israel)

« Ils ont donné aux gens l’envie de voter », a-t-il assuré. « Alors qu’il pensait qu’en tenant ses propos il avait convaincu davantage de ses sympathisants de voter, il a en fait contribué et encouragé nos électeurs à se rendre aux urnes ».

En plus de clamer mardi que les électeurs arabes votaient en masse, Netanyahu a récemment accusé ceux qui s’opposaient à son projet de loi visant à autoriser la présence de caméras dans les bureaux de vote, dont ceux dans les localités arabes, de soutenir le vol des élections. La page Facebook de Netanyahu avait également dénoncé que les Arabes « veulent tous nous annihiler – les femmes, les enfants et les hommes ».

Le chef du Likud avait ensuite réfuté avoir rédigé ce message, accusant l’un de ses responsables de campagne.

En 2015, Netanyahu avait déjà suscité la controverse le jour du scrutin en publiant une vidéo dans laquelle il exhortait les électeurs de droite à voter, car « des hordes » d’Israéliens arabes se rendaient aux urnes.

À minuit, la plupart des membres de la Liste arabe unie et des journalistes avaient quitté le siège de la radio arabophone.

Quelques heures après, Ahmad Tibi tweetait : « Nous avons afflué en hordes dans les bureaux de vote ».

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