Brisé, Otzma Yehudit cherche, amer, les coupables de son échec
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Brisé, Otzma Yehudit cherche, amer, les coupables de son échec

Alors que les enquêtes montrent que le parti kahaniste n'a pas franchi le seuil électoral, Itamar Ben Gvir fustige Netanyahu et Yamina qui auraient fait campagne contre sa liste

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Les partisans d'Otzma Yehudit regardent les sondages de sortie des urnes au siège de la formation à Jérusalem, le 17 septembre 2019 (Crédit :Jacob Magid/Times of Israel)
Les partisans d'Otzma Yehudit regardent les sondages de sortie des urnes au siège de la formation à Jérusalem, le 17 septembre 2019 (Crédit :Jacob Magid/Times of Israel)

Ce texte a été rédigé à 1h du matin (les chiffres indiqués ne sont pas tout à fait exacts mais le résultat final est bien qu’Otzma Yehudit n’a pas franchi le seuil)

Les membres et les partisans d’Otzma Yehudit gardent le silence lors de la diffusion par les trois principales chaînes de télévision israéliennes de leurs sondages de sortie des urnes, qui indiquent que la formation a échoué à franchir le seuil électoral nécessaire pour intégrer la Knesset au cours du scrutin de mardi.

Les chaînes diffusent successivement leurs enquêtes d’opinion, obligeant les quelques douzaines d’activistes qui se trouvent au siège de campagne du parti, dans le quartier Givat Shaul de Jérusalem, à subir une mauvaise nouvelle après l’autre. Les résultats apparaissent juxtaposés au visage souriant du leader de la faction, Itamar Ben Gvir, sur le large écran qui s’étend du sol au plafond dans un espace de travail ouvert, situé au sous-sol.

« Nous avons dit et répété qu’il n’y aurait pas de gouvernement de droite sans Otzma Yehudit. Mais malheureusement, certains ne nous ont pas écoutés », déclare Ben Gvir aux journalistes et aux quelques partisans restés dans la pièce, trois quarts d’heure environ après la diffusion des résultats des enquêtes d’opinion.

Dans celle de la Douzième chaîne, le bloc de droite formé du Likud, du Shas, de Yahadout HaTorah et de Yamina rafle seulement 57 sièges – soit quatre de moins que les 61 fauteuils nécessaires pour une majorité à la Knesset.

Sur la Treizième chaîne, ce bloc représente 54 sièges et 56 sur la chaîne Kan.

Le président d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, s’adresse aux médias depuis son siège de campagne à Jérusalem, le 17 septembre 2019 (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Dans les semaines qui ont précédé le vote de mardi, le parti d’extrême-droite avait fait campagne sur l’idée que sa capacité à franchir le seuil électoral déciderait de celle du Premier ministre Benjamin Netanyahu à former un gouvernement.

Sans Otzma Yehudit — avait clamé Ben Gvir — les sièges obtenus par le Likud, l’alliance nationale-religieuse Yamina et ceux des partis ultra-orthodoxes du Shas et de Yahadout HaTorah ne suffiraient pas à atteindre le chiffre magique des 61 sièges indispensables pour constituer une véritable coalition de droite.

Pour leur part, le Likud et Yamina avaient déclaré qu’Otzma Yehudit ne franchirait jamais le seuil électoral et que cette candidature ne faisait que siphonner l’électorat précieux et très nécessaire, courtisé par les autres formations de droite.

Ben Gvir avait affirmé que sa formation avait une « base qui ne voterait pas pour le Likud, ni pour Yamina dans la mesure où ces derniers n’ont pas intégré nos demandes dans leurs programmes ».

Otzma Yehudit avait mené pourtant d’intensives négociations jusqu’à la fin du dépôt des candidatures, le mois dernier, s’efforçant de se présenter pour la seconde élection d’affilée en moins d’un an dans le cadre d’une liste nationale-religieuse. Le numéro 4 de Yamina, Naftali Bennett, aurait mis un terme à ces tractations en raison de différends idéologiques avec la formation extrémiste.

Ben Gvir avait également fait savoir qu’il avait été en pourparlers avec le Likud pour conclure un accord sous les termes duquel Otzma Yehudit se serait retiré de la course électorale en échange d’un poste ministériel ou autres promesses politiques de la part de Netanyahu.

Le chef d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, au siège de son parti à Jérusalem durant les élections, le 17 septembre 2019 (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Après avoir remercié les membres et les activistes de la faction, qui le saluent, mardi soir, par les récitations relativement sombres d’un chant populaire en hébreu qui peut se traduire très approximativement par « Hoo-Ha, voyez qui entre en piste, le prochain ministre de la Justice ! », Ben Gvir s’en prend immédiatement à ceux qui, selon lui, endossent la responsabilité des résultats décevants communiqués par les sondages de sortie des urnes.

Tandis que les membres de la faction interrogés auparavant se sont montrés particulièrement critiques à l’égard d’Ayelet Shaked et de son alliance Yamina, Ben Gvir estime pour sa part que c’est Netanyahu qui est responsable et coupable de l’échec d’Otzma Yehudit.

Il est vrai que les jours et les semaines qui ont précédé le scrutin, le Premier ministre avait, à de multiples reprises, vivement recommandé aux électeurs de droite de ne pas apporter leur soutien au parti kahaniste, celui-ci n’étant pas appelé à franchir le seuil électoral.

« On dit qu’il est un génie politique mais ces résultats montrent qu’il n’en est rien », s’exclame Ben Gvir, sarcastique.

Il fustige ensuite les dirigeants de l’alliance Yamina, Shaked et Bennett, qu’il qualifie « d’arrogants » – et même Bezalel Smotrich, politicien encore plus radical et controversé et dont il partage largement les points de vue.

Enfin, Ben Gvir s’en prend aux médias du camp national-religieux et en particulier à Arutz Sheva et à Amit Segal, journaliste à la Douzième chaîne qui, selon lui, a repris la rhétorique du Likud et de Yamina à l’égard de sa faction, clamant qu’elle ne parviendrait jamais à franchir le seuil électoral.

Le dirigeant d’Otzma Yehudit Itamar Ben Gvir vote à Kiryat Arba, le 17 septembre 2019 (Autorisation)

Au moment de terminer son énumération de tous ceux qui, selon lui, ont aidé à l’échec de sa liste, il assure aux journalistes n’être « ni amer, ni brisé » et il s’éloigne des caméras alors que ses partisans entonnent « Am Yisrael Chai » (La nation d’Israël vit).

Tandis que quelques sondages peu nombreux, dans les jours qui avaient précédé le scrutin, avaient prédit qu’Otzma Yehudit franchirait le seuil électoral, l’atmosphère au siège de campagne de la formation, même avant la révélation des résultats des sondages de sortie des urnes, n’était pas très exactement ce qu’on pourrait qualifier de positive.

Les hauts-membres du parti auront demandé aux quelques douzaines d’activistes présents de téléphoner aux électeurs potentiels pour s’assurer qu’ils avaient bien été déposer un bulletin dans l’urne. Cela a été le cas à 20h30, 21 heures et même 21h30.

Il est difficile de trouver un partisan dans la salle âgé de moins de trente ans. Parmi les activistes, des étudiants de yeshivot en tenue ultra-orthodoxe noire et blanche, des jeunes issus du camp national-religieux, arborant de longues papillotes et des tee-shirts et pantalons kakis usés, et seulement peu de femmes.

Dans l’assistance se trouvent aussi d’anciens clients de Ben Gvir, connu pour défendre les « Jeunes des collines » – ces jeunes activistes d’extrême-droite qui construisent des avant-postes illégaux dans des zones reculées de la Cisjordanie et se rendent parfois coupables de crimes de haine à l’encontre des Palestiniens et de leurs biens.

« Nous sommes frustrés, bien sûr, mais nous avons d’autres moyens d’apporter notre contribution à Israël hors de la sphère politique », dit Yair, un partisan d’une vingtaine d’années qui refuse de communiquer son nom de famille.

« Chaque jour, nous sommes sur le terrain et nous nous installons sur cette terre – sans l’aide de Bibi et de Smotrich. Ce n’est pas parce qu’Itamar n’est pas à la Knesset que nous n’allons pas gagner du terrain là où c’est important de le faire », ajoute ce militant en souriant. « Et si Dieu le veut, bien entendu ».

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