Les US s’opposent au conditionnement par Israël de la reconstruction à Gaza
Rechercher

Les US s’opposent au conditionnement par Israël de la reconstruction à Gaza

Israël tente actuellement de relier les travaux de l'après-guerre à un échange de prisonniers ; l'administration Biden s'inquiète d'une rupture des négociations du cessez-le-feu

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Une Palestinienne passe devant un immeuble détruit dans le quartier commercial d'al-Rimal à Gaza City, suite à une frappe israélienne, après le cessez-le-feu conclu entre Israël et les groupes terroristes palestiniens. (Crédit :Emmanuel Dunand/AFP)
Une Palestinienne passe devant un immeuble détruit dans le quartier commercial d'al-Rimal à Gaza City, suite à une frappe israélienne, après le cessez-le-feu conclu entre Israël et les groupes terroristes palestiniens. (Crédit :Emmanuel Dunand/AFP)

WASHINGTON — L’administration Biden s’oppose à la volonté d’Israël de conditionner les projets de reconstruction à Gaza – suite au conflit qui a eu lieu le mois dernier au sein de l’enclave côtière – à la restitution des dépouilles de deux soldats tués au combat et de deux civils israéliens qui se trouvent actuellement entre les mains du Hamas, ont indiqué des diplomates occidentaux lundi au Times of Israel.

Par le passé, Jérusalem avait convenu de mener deux séries bien distinctes de pourparlers indirects avec le Hamas – l’une concernant un échange de prisonniers et l’autre consacrée à la reconstruction de la bande et à la mise en place d’un cessez-le-feu à long-terme.

Le Premier ministre Naftali Bennett aurait néanmoins l’intention de combiner les deux questions. Un responsable israélien a déclaré au Times of Israel que le nouveau gouvernement n’autoriserait pas de projets de reconstruction à long-terme tant que le Hamas refuserait de restituer les deux civils et les deux dépouilles de soldats.

Les corps de Hadar Goldin et d’Oron Shaul sont captifs du Hamas depuis la guerre de 2014 à Gaza. Deux civils israéliens, Abera Menginstu et Hisham al-Sayed, se trouvent également dans les geôles du groupe terroriste qui dirige l’enclave côtière où ils sont entrés de leur plein gré, souffrant, selon leurs proches, de troubles psychiatriques.

« Tous les projets de reconstruction de la bande de Gaza doivent inclure le retour de nos garçons », a déclaré dimanche l’ambassadeur israélien aux États-Unis et aux Nations unies, Gilad Erdan, au cours d’un événement organisé avec les responsables de la communauté juive américaine.

Une délégation sécuritaire israélienne a également transmis le même message, la semaine dernière, au cours de la première série de pourparlers indirects depuis l’investiture du gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett, le 13 juin – des discussions qui ont eu lieu au Caire, selon un diplomate occidental proche du dossier.

Mais pour les intermédiaires égyptiens ayant connaissance du positionnement du Hamas, « cela voue les négociations à l’échec », a indiqué un autre diplomate proche des pourparlers.

Le Hamas pense pouvoir bénéficier de bien plus que de simples postures humanitaires en échange des dépouilles des deux militaires et des civils qui se trouvent actuellement dans la bande de Gaza, a ajouté le diplomate, suite à l’échange de prisonniers qui avait permis la libération, en 2011, de Gilad Shalit, soldat de l’armée israélienne qui avait été kidnappé. Lors de cet échange, l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu avait accepté de faire libérer plus de mille prisonniers sécuritaires palestiniens qui étaient incarcérés en Israël.

Dans le sens des aiguilles d’une montre, à partir du haut à gauche : Avera Mengistu, Hisham al-Sayed, Hadar Goldin et Oron Shaul. (Crédit : Flash 90/The Times of Israel)

Le positionnement plus dur qui est adopté par le nouveau gouvernement rencontre également l’opposition de l’administration Biden qui s’inquiète de ce qu’une potentielle rupture, dans les pourparlers, n’entraîne une recrudescence des violences – ce que les États-Unis veulent éviter de manière à pouvoir se concentrer sur d’autres dossiers de politique étrangère, a fait savoir un diplomate occidental.

Le président Reuven Rivlin a lancé un appel personnel au président américain Joe Biden au cours de sa visite à la Maison Blanche, lundi, selon un responsable ayant assisté à la rencontre.

La mère de Goldin, Leah, se trouvait également à Washington et à New York cette semaine pour s’y entretenir avec de hauts responsables des États-Unis et des Nations unies. Elle leur a vivement recommandé de se saisir de cette « fenêtre d’opportunité » pour réclamer, dans le cadre des pourparlers suivant le conflit du mois dernier, que le Hamas se soumette à la Résolution 2474 du Conseil de sécurité, qui oblige les États à restituer à leurs pays d’origine les personnes portées disparues suite à des conflits armés.

S’exprimant mardi devant les caméras de la Douzième chaîne, Goldin a déclaré qu’aucun « cadeau humanitaire » supplémentaire ne devait être fait au groupe terroriste tant que ce dernier contreviendrait au droit international.

Malgré ses réserves exprimées sur le lien établi par l’État juif entre reconstruction et libération de captifs, l’administration Biden fait plutôt preuve de sympathie et elle prévoit de s’assurer que la question sera bien soulevée au Caire, selon une source proche du dossier. Les États-Unis n’ont envoyé, jusqu’à présent, aucun représentant aux négociations.

Des parents, des membres de la famille et des amis du soldat israélien Hadar Goldin manifestent en marge d’un cérémonie commémorative d’État pour l’opération « Bordure protectrice » au mont Herzl, demandant le retour des soldats disparus Harad Goldin et Oron Shaul, qui ont été tués et enlevés par le Hamas pendant l’opération, le 20 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Un responsable israélien a reconnu que les préoccupations américaines concernant cette demande pourraient faire dérailler les négociations. Mais le responsable a aussi souligné qu’Israël contrôlait plusieurs postes-frontières permettant d’accéder à l’enclave côtière et que l’approbation de l’État juif serait nécessaire pour qu’un grand nombre de projets de reconstruction puissent aller de l’avant – à moins que l’Égypte n’envisage l’utilisation exclusive de ses propres points de transit pour les travaux qui seront entrepris.

Les agences de l’ONU, sur le terrain, évaluent encore les dégâts résultant de la guerre du mois dernier qui a déplacé des milliers de Gazaouis et détruit des centaines de bâtiments. Lorsqu’ils auront terminé leur travail, ils se coordonneront avec les États-Unis, l’Autorité palestinienne et Israël pour déterminer le moyen de faire en sorte que les fonds donnés ne soient pas utilisés par le Hamas – ce qu’avaient échoué à faire les précédentes administrations.

Une source proche du dossier a spéculé que le positionnement israélien s’adoucirait avec le temps pour garantir le maintien du calme sur la frontière sud, mais elle a admis que ce nouveau gouvernement se montrait moins enclin à tolérer les flambées de violences, le Premier ministre Bennett ayant l’intention de « changer de paradigme » concernant Gaza.

Le département d’État n’a pas répondu à une demande de commentaire sur le dossier.

Des Palestiniens recherchent des biens à récupérer parmi les décombres d’un immeuble suite aux frappes aériennes israéliennes menées à Gaza après des pluies de roquettes du groupe terroriste palestinien du Hamas, à la tête de l’enclave, le 15 mai 2021. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Le conflit qui a eu lieu le mois dernier a opposé Israël et les groupes terroristes de Gaza pendant onze jours. Le Hamas a lancé des milliers de roquettes sur les villes israéliennes et l’armée israélienne a riposté par des centaines de frappes aériennes sur des cibles du groupe terroriste.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...