Libération d’un responsable des attentats de Bombay où un rabbin et sa femme avaient été tués
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Libération d’un responsable des attentats de Bombay où un rabbin et sa femme avaient été tués

En 2012, les Etats-Unis ont offert une récompense de 10 M$ pour toute information conduisant à l'arrestation ou à la condamnation de Hafiz Saeed

Le chef pakistanais de l'organisation Jamaat-ud-Dawa (JuD) Hafiz Saeed (au centre) s'adresse aux médias après sa libération devant un tribunal de Lahore, le 22 novembre 2017, (Crédit : AFP PHOTO / ARIF ALI)
Le chef pakistanais de l'organisation Jamaat-ud-Dawa (JuD) Hafiz Saeed (au centre) s'adresse aux médias après sa libération devant un tribunal de Lahore, le 22 novembre 2017, (Crédit : AFP PHOTO / ARIF ALI)

La justice pakistanaise a ordonné la libération de l’un des responsables présumés des attentats de Bombay en 2008, également dirigeant du groupe terroriste Jamaat-ud-Dawa (JuD), a indiqué mercredi un porte-parole du JuD.

Six juifs avaient été tués au cours de cette attaque.

Hafiz Saeed, soupçonné d’être le cerveau des attentats de Bombay en 2008, a été libéré jeudi, a précisé Ahmed Nadeen, un porte-parole de ce parti. Il avait été assigné à résidence en janvier dernier.

Saeed, qui est considéré comme un terroriste par le département de la Justice des Etats-Unis, a été libéré avant l’aube vendredi après que le tribunal a mis fin à sa détention dans la ville de Lahore.

La décision a indigné les autorités indiennes, mais le porte-parole de Saeed, Yahya Mujahid, s’est réjoui de sa libération, la qualifiant de « victoire de la vérité ».

« Hafiz Saeed était en résidence surveillée sur des allégations sans fondement et les responsables de la prison sont venus chez lui hier soir et lui ont dit qu’il était maintenant libre », a-t-il dénoncé.

« La commission d’examen des peines a refusé d’étendre son assignation à résidence, le gouvernement n’ayant pas présenté de preuves soutenant l’accusation », a expliqué Nadeen à l’AFP.

Hafiz Saeed, l’un des hommes les plus recherchés par New Delhi, vivait avant cela en totale liberté au Pakistan, d’où il appelait régulièrement au Djihad contre l’Inde. Il avait été assigné à résidence une première fois, pour une très brève période, en 2008.

En 2012, les Etats-Unis ont offert une récompense de 10 millions de dollars pour toute information conduisant à son arrestation ou à sa condamnation.

Les attentats de Bombay, qui se sont tenus devant les caméras de télévision du monde entier, ont fait 166 morts en 2008. Pendant trois jours, des commandos indiens avaient combattu pour reprendre le contrôle de différents points de la ville aux assaillants.

Parmi les morts, il y avait les émissaires Habad, le rabbin Gavriel et Rivkah Holtzberg qui ont été pris en otage et tués à la Maison Habad de Mumbai avec quatre autres Juifs.

Le Pakistan arrête et libère Saeed sporadiquement depuis l’attaque. Lui et quatre de ses collaborateurs ont été assignés à résidence à Lahore en janvier dernier. Sa libération intervient après que trois juges ont rejeté l’appel du gouvernement à poursuivre son assignation à résidence, qui s’est terminée jeudi. Ses collaborateurs avaient été libérés plus tôt.

Le JuD, classé comme organisation terroriste par l’ONU, est considéré par New Delhi comme une vitrine du Lashkar-e-Taiba (LeT), accusé d’être derrière les attentats de Bombay. Il est populaire au Pakistan pour ses levées de fonds à des fins humanitaires après des catastrophes naturelles.

L’Inde a fréquemment dénoncé l’incapacité du Pakistan à lui livrer des suspects ou à les poursuivre, Islamabad répondant que New Delhi ne lui avait pas fourni suffisamment de preuves.

L’Inde a également affirmé à de multiples reprises que des « agences officielles » pakistanaises étaient impliquées dans la conception des attaques de Bombay, ce qu’Islamabad a toujours nié.

Raveesh Kumar, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de l’Inde, a exprimé son indignation face au fait qu’un « terroriste auto-proclamé et proscrit par les Nations unies a été autorisé à se promener librement et à poursuivre son programme diabolique ».

« Il n’était pas seulement le cerveau, il était l’organisateur principal des attentats terroristes de Mumbai dans lequel de nombreux Indiens innocents et de nombreuses personnes d’autres nationalités ont été tuées », indique le communiqué.

Kumar a déclaré que « la libération [de Saeed] confirmait une fois de plus le manque de sérieux de la part du gouvernement pakistanais pour traduire en justice les auteurs d’actes terroristes odieux ».

Selon l’analyste et général pakistanais à la retraite Talat Masood, le traitement de faveur dont bénéficie Saeed est lié au « soutien de son organisation (le JuD) au Cachemire », ce territoire himalayen à l’origine de deux des trois guerres entre l’Inde et le Pakistan.

Naftali Charter, le chef de la sécurité à Nariman (Chabad) House, qui a rouvert plus tôt cette année après avoir été endommagé dans les attentats terroristes de Bombay, montre les noms du rabbin Gavriel Holtzberg, de son épouse israélienne Rivka et de leur enfant Moshe, écrit en hébreu sur un mur dans sa chambre, qui a été laissé dans le même état qu’il l’était après les attentats, à l’occasion du sixième des attentats de Bombay le 26 novembre 2014 (Crédit : AFP PHOTO / INDRANIL MUKHERJEE)

« C’est à cause du Cachemire que l’Inde est après moi. Mais tous ses efforts ont été vains et Allah m’a remis en liberté », a de fait déclaré l’intéressé mercredi dans une vidéo transmise par son parti.

« C’est une victoire pour la liberté du Pakistan, a-t-il poursuivi. Si Dieu le veut, le Cachemire sera aussi libéré car je me bats pour lui. »

En février 2016, Hafiz Saeed avait déjà accusé « 800 000 militaires indiens » de « commettre un génocide de Cachemiris » lors d’un rassemblement public. Les Cachemiris « n’ont-ils pas le droit de mener des attaques (en Inde) pour se défendre ? », avait-il lancé.

New Delhi accuse le Pakistan d’envoyer des groupes d’insurgés pour fomenter des troubles dans la partie indienne du Cachemire.

Le président américain Donald Trump a accusé en août Islamabad de servir de refuge à des « agents du chaos ». Le secrétaire d’Etat Rex Tillerson, en visite au Pakistan fin octobre, a affirmé avoir fait des demandes « très spécifiques » aux autorités pakistanaises concernant certains insurgés ».

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