Liberman, un espion, Yair Netanyahu, un chrétien : les fake-news prospèrent
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Liberman, un espion, Yair Netanyahu, un chrétien : les fake-news prospèrent

Comment l'industrie de la désinformation en ligne essaie de vous embrouiller la tête, qui se défend et où Israël est encore vulnérable alors que la campagne électorale s'intensifie

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

De gauche à droite : Tzipi Livni, Yair Netanyahu et Avigdor Liberman. (Flash90)
De gauche à droite : Tzipi Livni, Yair Netanyahu et Avigdor Liberman. (Flash90)

Avigdor Liberman, le chef du parti Yisrael Beytenu et ancien ministre de la Défense, est un espion russe. Comment le savons-nous ? Parce que l’ancien chef du Mossad Tamir Pardo l’a dit, dans un discours au Belfer Center de l’Université de Harvard en Novembre, comme indiqué sur le site Internet du centre. Sauf que Pardo, qui a effectivement parlé au Centre Belfer, n’a rien dit de tel, et le centre n’a jamais prétendu cela.

Yair Netanyahu, le fils aîné du Premier ministre, s’est rendu aux Émirats arabes unis à l’invitation du géant manufacturier allemand Siemens en octobre, a rencontré le prince héritier de Dubaï, Cheikh Hamdan bin Mohammed Al Maktoum, et a évoqué la possibilité d’investir les actifs de la famille Netanyahu dans les pays du Golfe. Comment le savons-nous ? Parce que le directeur financier de Siemens Moyen-Orient a été cité sur le site Web de European Coatings à propos de la visite de Yair Netanyahu. Sauf que le fils du Premier ministre n’a en réalité pas discuté de tels projets d’investissement, n’a pas visité Dubaï et n’a pas fait l’objet d’une telle déclaration de Siemens sur un tel site.

Ce ne sont là que deux exemples récents de fausses nouvelles – des fake news, des choses qui ne se sont pas produites et qui n’ont pas été dites – qui ont été « rapportées » sur des sites Web intelligemment contrefaits.

Tamir Pardo, ancien chef du Mossad (Crédit : David Vaaknin / POOL / FLASH90)

Ils ont ensuite été envoyés sur Twitter à partir de faux comptes-rendus à des journalistes israéliens dans l’espoir que les journalistes, dupés, blanchiraient les fausses histoires en les publiant comme de véritables nouvelles sur des sites d’information authentiques et largement lus.

Ça a l’air inquiétant ? Voici trois exemples plus récents de fausses histoires qui se font passer pour de vraies nouvelles diffusées de cette façon et d’une façon semblable :

Un rapport selon lequel Tzipi Livni, chef de Hatnua qui a récemment annoncé la fin de sa carrière politique, s’est plainte dans un récent discours au Centre interdisciplinaire Herzliya que le Mossad avait mal géré les questions relatives à l’affaire Khashoggi, avec pour conséquence qu’un fonctionnaire saoudien, qui était au cœur des efforts pour resserrer les liens entre Jérusalem et Ryad, a été licencié. (Livni n’a émis aucune critique de ce genre.)

Un article selon lequel l’ambassadeur d’Israël en Suède s’engageait dans des efforts de médiation avec les Houthis du Yémen. (Ce n’était pas le cas).

La fausse histoire de Yair Netanyahu à Dubaï, publiée sur le faux site web de European Coatings.

Et, les Netanyahu à nouveau, des rapports affirmant que Sara Netanyahu porte une croix cachée et que le fils, Yair, s’est converti au christianisme. (Inutile de le dire : fausse information.)

Toutes ces histoires ont été jugées improbables par une ou plusieurs des personnes auxquelles elles ont été envoyées, ce qui a amorcé le processus par lequel elles ont été exposées comme fausses et remontées jusqu’aux comptes qui les ont d’abord envoyées sur Twitter. Aucun d’entre eux ne semble avoir fait son chemin dans les médias grand public. Tous avaient cependant commencé à gagner du terrain, y compris en étant retweetés par certains de leurs destinataires vers de nouveaux publics, avant qu’ils ne soient arrêtés dans leur élan.

Tous ont été insérés dans les discussions des réseaux sociaux israéliens depuis l’étranger. D’où exactement ? Seules les plate-formes de réseaux sociaux elles-mêmes peuvent le dire, puisqu’elles possèdent les adresses IP (adresses informatiques) des faussaires. Tous ont été conçus pour promouvoir certains intérêts, y compris celui de porter atteinte à telle ou telle personnalité publique.

Les efforts sophistiqués pour nuire à Israël en diffusant de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux se sont intensifiés depuis qu’Israël est passé en mode électoral, mais cela fait des années que cela dure. En août 2015, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a accueilli le festival « Tel Aviv sur Seine », en partenariat avec son homologue de Tel Aviv, Ron Huldai. L’événement s’est déroulé comme prévu, mais seulement après que le Premier ministre Manuel Valls et la maire Hidalgo l’ont défendu, face à ce qui semblait être un tollé populaire important et de masse.

Une femme joue au beach tennis lors de l’événement « Tel Aviv sur Seine » dans le cadre de la 14e édition de Paris Plages, le 13 août 2015 à Paris. (Kenzo Tribouillard/AFP)

Le « tollé », en fait, était une campagne sophistiquée d’“astroturfing” – une prétendue vague virale de protestations sur les réseaux sociaux qui était en réalité un cas de manipulation orchestrée sur Twitter. C’est ce qu’a révélé un chercheur belge des réseaux sociaux, Nicolas Vanderbiest, qui a établi deux jours avant l’événement qu’Hidalgo, plusieurs hauts responsables politiques et un petit groupe de grands journalistes français étaient bombardés de dizaines de milliers de tweets anti-Israël demandant l’annulation de ce festival. Celles-ci étaient automatiquement générées par des logiciels intelligents mais simples qui envoyaient des tweets à partir, entre autres, des comptes détournés de milliers de citoyens français en vacances.

Convaincus par cette vague de protestations sur Twitter que l’événement pourrait provoquer une dangereuse flambée de violence, impliquant des activistes pro-palestiniens et leurs partisans, les journalistes inquiets ont écrit des articles en première page à cet effet dans les principaux quotidiens français, remettant en question la décision de Hidalgo de permettre à Tel Aviv d’ensoleiller le cœur de Paris. Le lendemain, les grandes chaînes de télévision françaises ont repris le thème, débattant de la décision d’Hidalgo dans les journaux télévisés et les talk-shows.

Des manifestants pro-palestiniens « Gaza Beach » scandent des slogans en marge de « Tel Aviv Sur Seine », un événement de plage célébrant Tel Aviv, au centre de Paris, le 13 août 2015. (AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD)

Ce jour-là, les manifestations contre « Tel Aviv sur Seine » ont été si peu nombreuses qu’il y a eu des récriminations au sujet de la présence de 500 policiers qui ont été appelés pour gérer ce qui s’est avéré ne pas être un problème. « La présence de la police, plus nombreuse que celle des vacanciers, a donné un caractère absurde et oppressant à l’événement », selon un article.

La crise d’astroturfing « Tel Aviv sur Seine », qui, selon les diplomates, a affecté les relations culturelles entre les deux villes jusqu’à ce jour, a été si dramatique, et son origine truquée si révélatrice, qu’elle a incité Yuval Rotem, le directeur général du ministère des Affaires étrangères, de prendre l’initiative radicale et assez pressentie, cet été-là, de mettre en place au sein du ministère un département de R&D « Diplomatie algorithmique », dirigé par le diplomate Elad Ratson, chargé de mettre en évidence et de contrecarrer ce type de manipulation algorithmique de l’opinion publique contre Israël.

Des gendarmes arpentent les quais de la Seine, près de l’attraction balnéaire « Tel Aviv sur Seine » dans le centre de Paris, le 13 août 2015. (AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD)

Comment s’y prennent les faussaires

Comment « Liberman est un espion » a-t-il été lancé dans le maelström des réseaux sociaux ?

Avec une simplicité diabolique. Comme l’a expliqué Haaretz en novembre, les faussaires ont dupliqué le site Web du Belfer Center de Harvard, à belfercenter.org, acheté le domaine faussement similaire belfercenter.net, créé une parodie (réplique canular) du site original et publié le faux article où ils citaient faussement Pardo qui révélait : « en 2011, quand Liberman était ministre des Affaires étrangères, nous avons obtenu les preuves montrant ses liens secrets avec le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie… »

Capture d’écran prise par « Haaretz » d’un faux site Web du Belfer Center, montrant un faux article alléguant qu’un ancien chef du Mossad déclarait qu’Avigdor Liberman était un espion russe.

L’URL avec la fausse histoire a ensuite été tweeté à partir d’un compte Twitter au nom d’une « activiste des droits de l’homme » et d’une passionnée des « arts martiaux », « Bina Melamed » – un compte officiel qui semblait crédible – aux différents journalistes israéliens. (La page Twitter « Bina Melamed » a été fermée depuis.)

La page Twitter désormais fermée de « Bina Melamed ». (Capture d’écran Twitter)

De même, le « Yair Netanyahu à Dubaï » a été « rapporté » pour la première fois sur une version usurpée du site web d’European Coatings. Les faussaires ont copié european-coatings.com sur un domaine qu’ils avaient acheté en Colombie – european-coatings.co – et y ont publié leur faux récit des tractations de Yair Netanyahu à Dubaï, sous la rubrique « UAE : Middle East Investment Destination for the Israeli Prime Minister’s Son », [Émirats arabes unis : destination des investissements au Moyen Orient pour le fils du Premier ministre israélien].

L’URL de cette fausse histoire a ensuite été tweeté par une certaine Mazal Shapiro, une « journaliste indépendante » et « chercheur universitaire » qui a attiré l’attention des journalistes israéliens en leur demandant s’ils avaient vu l’histoire. (Au moment d’écrire ces lignes, la page Twitter de Shapiro est toujours en ligne, avec son démenti sur le fait d’avoir sciemment propagé des fausses nouvelles).

La page Twitter de Mazal Shapiro le 5 février 2019. (Capture d’écran Twitter)

Le mensonge Livni-Khashoggi a été diffusé aux journalistes russophones. La fausse religion chrétienne de Netanyahu a été tweetée en hébreu traduit par Google, via des comptes Twitter apparemment crédibles dans la communauté ultra-orthodoxe. La fausse rencontre entre l’ambassadeur d’Israël en Suède et les Houthis qui a été diffusée par l’intermédiaire d’un site d’information israélien de langue russe usurpé – le véritable site cursorinfo.co.il copié sur cursorinfo.co – puis, à nouveau, transmis aux journalistes israéliens par un compte Twitter apparemment fiable.

A gauche, le faux site web cursorinfo – sur cursorinfo.co – avec la fausse histoire de l’ambassadeur d’Israël en Suède. A droite, le véritable site de cursorinfo.co.il.

Tous ces faux ont été stoppés grâce, d’abord à des journalistes qui ont senti la supercherie, puis à une coalition de chercheurs, d’entreprises de haute technologie et de l’équipe de diplomatie algorithmique du ministère des Affaires étrangères, qui ont retracé les origines des fausses histoires, identifié les sites robots et usurpés qui leur donne l’apparence d’une véritable information, et fournit à Twitter les preuves nécessaires pour contrecarrer les abus.

Le département du ministère des Affaires étrangères, explique Elad Ratson, travaille avec divers experts en informatique, hauts responsables de la gestion et de l’analyse de « données massives » (Big data), sociétés de technologie et chercheurs universitaires, en Israël et en Europe. Ces experts recherchent les anomalies sur les réseaux sociaux et partagent des informations sur ce qu’ils trouvent. C’est un chercheur nommé Ran Bar-Zik, par exemple, dit Ratson, qui a identifié l’usurpation du site du Harvard University Belfer Center et le compte Twitter de Bina Melamed qui a été à l’origine de la fausse histoire d’espionnage Pardo-Liberman parmi les journalistes israéliens. C’est une société du nom de communit360.com qui a identifié le principal réseau de robots de 80 comptes Twitter qui a contribué à faire connaître l’histoire. Et c’est un logiciel développé par le ministère qui a traqué les journalistes israéliens visés par ce réseau ; le ministère a ensuite assuré la liaison avec Twitter tout au long du processus pour fournir les preuves nécessaires à la suspension permanente de dizaines de comptes associés à cet incident.

Il n’est pas surprenant de constater que les plateformes de réseaux sociaux n’aiment pas être perçues comme victimes de campagnes illicites de désinformation, en particulier lorsque ces campagnes sont orchestrées ou liées à un Etat. Mais seules les plates-formes elles-mêmes, bien sûr, peuvent faire tomber les comptes des faussaires. Un petit indice de ce malaise a peut-être été perceptible pas plus tard que la semaine dernière, lorsque Ratson a tweeté que Twitter avait suspendu « encore un autre lot de 61 comptes avec un total de 28 041 abonnés, tous liés aux campagnes étrangères #FakeNews sur la manipulation visant le public israélien ». Un porte-parole de Twitter a présenté un récit quelque peu différent, rétorquant sans sourciller : « Nous avons soigneusement examiné ces comptes et notre analyse n’indique aucune intention malveillante ou activité parrainée par un État ». Néanmoins, les comptes sont toujours bloqués.

S’attaquer aux faussaires, sans aucun doute, est un processus complexe et coûteux. Dans le cas du tollé anti-israélien de « Tel Aviv sur Seine », la fausse hystérie qui a éclaté a été attribuée à un total de 39 688 tweets, générés en trois jours et attribués à 10 428 comptes Twitter – dont seulement 2 941 pouvaient être rattachés à de véritables usagers français. Les autres étaient des robots et des comptes usurpés, ce qui a créé une prétendue avalanche de protestations qui a réussi à dicter l’agenda politique à Paris avant l’événement et qui a presque atteint son but : l’annulation d’un événement pro-Israël.

La chanteuse néo-zélandaise Lorde apparaît dans une vidéo en 2013 pour « Royals ». (Capture d’écran : YouTube)

Plus récemment, dans le cas de la décision de la chanteuse pop néo-zélandaise Lorde en décembre 2017 d’annuler un concert en Israël sous une pression BDS ostensiblement énorme et vaste, 96 % de tout le trafic Twitter dirigé vers elle, dans l’effort réussi pour la pousser à annuler, a finalement été relié à 172 comptes Twitter, m’a-t-on appris. « Si elle l’avait su, peut-être qu’elle n’aurait pas été dissuadée de se produire », s’est demandé l’expert qui m’a donné ces chiffres.

Si Lorde avait su que 96 % de tout le trafic Twitter dirigé vers elle provenait de 172 comptes Twitter, ‘peut-être qu’elle n’aurait pas été dissuadée de se produire’

Le processus de « reverse-engineering » [rétro-ingénierie] d’une campagne « astroturfed » à propagation ultra rapide – c’est-à-dire l’identification à la fois des faux tweets originaux et de leur cercle exponentiel de redistribution et de participation permanente – nécessite à la fois expertise et accès aux informations que Twitter fournit, mais qui a un coût. À ce jour, tous les faux comptes Twitter qui ont été identifiés comme diffusant les fausses histoires que j’ai citées n’ont pas encore été fermés.

Parfois, ils changent de forme pour essayer d’éviter la détection et la fermeture. Le compte Twitter « Bina Melamed », une fois démasqué, par exemple, est devenu « Leakers Without Borders », a indiqué Ratson du ministère des Affaires étrangères, et a pu repousser de quelques jours encore sa suspension Twitter. (Un processus similaire, a ajouté M. Ratson, s’est déroulé sur un compte Twitter prétendant appartenir à l’ex-député du Shas Haim Amsalem qui, quand il a été démasqué, a changé son nom le mois dernier et a disparu pour le moment des radars).

La non-transparence de Facebook

Voilà pour Twitter. S’agissant de Facebook, la tâche de repérer et de bloquer les fausses nouvelles est encore plus compliquée, avec des implications puissantes pour la campagne électorale israélienne actuelle.

Facebook et d’autres plates-formes de réseaux sociaux ont été attaquées violemment par le Sénat américain en raison de la manière dont elles se sont laissées abuser stratégiquement par l’Agence de recherche sur Internet (Internet Research Agency – IRA) soutenue par l’État russe pour se mêler des élections présidentielles américaines de 2016 – une campagne qui ne se résumait en rien de moins qu’une « guerre de l’information contre les États-Unis », comme l’a signalé un récent rapport du Sénat.

Ce rapport de décembre 2018 établissait que l’IRA avait mené « une opération d’influence sociale vaste et soutenue consistant en diverses tactiques coordonnées de désinformation visant directement les citoyens américains, conçues pour exercer une influence politique et exacerber les divisions sociales dans la culture américaine ». La campagne de désinformation de l’IRA, avec un budget de plus de 25 millions de dollars, a touché 126 millions de personnes sur Facebook, et au moins 20 millions d’utilisateurs sur Instagram – qui appartient à Facebook.

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, lors de son témoignage devant une audience conjointe des commissions commerciale et judiciaire au Capitole à Washington, le mardi 10 avril 2018, concernant l’utilisation des données Facebook pour cibler des électeurs américains lors des élections de 2016. (AP Photo/Andrew Harnik)

Les propriétaires et dirigeants de Facebook, depuis Mark Zuckerberg en passant par les échelons inférieurs, se sont montrés publiquement contrits et ont promis de corriger la vulnérabilité de la plateforme face aux acteurs extérieurs qui en ont abusé pour s’ingérer dans la démocratie américaine : « Les acteurs étrangers ont mené une action coordonnée et soutenue pour attaquer notre démocratie… [et] violé nos services », ont-ils reconnu en février dernier. « Nous savons que nous avons encore beaucoup à faire pour prévenir de futures attaques ».

Au moment d’écrire ces lignes, Facebook, de façon scandaleuse, se permet tout simplement d’héberger des publicités politiques liées aux élections israéliennes, et de recueillir l’argent des annonceurs, sans que ces derniers soient tenus de s’identifier

Mais le rapport de décembre du Sénat a clairement indiqué que Facebook continue de faire patienter les chercheurs qui enquêtent et cherchent à empêcher d’autres itérations de cet abus stratégique dirigé par les Russes. Facebook « fournit aux chercheurs un accès très restreint aux données publiques de la plate-forme Facebook grâce à son interface de programmation d’applications (API) », se plaint le rapport, et « il n’en fournit actuellement aucun sur Instagram ».

Alors que les articles d’information contrefaits liés à Israël décrits ci-dessus ont été placés sur de faux sites et envoyés aux journalistes et autres faiseurs d’opinion potentiels via Twitter, les chercheurs ont établi qu’un autre moyen très rentable de diffuser de fausses informations est la publicité sur Facebook. Au moment d’écrire ces lignes, Facebook, de façon scandaleuse, se permet tout simplement d’héberger des publicités politiques liées aux élections israéliennes, et de recueillir l’argent des annonceurs, sans que ces derniers soient tenus de s’identifier.

Le mois dernier, le Likud a inexplicablement rejeté un appel de la commission électorale centrale à appliquer des normes de transparence de base aux campagnes en ligne

La semaine dernière, Facebook a annoncé en fanfare qu’il allait introduire des outils destinés à empêcher l’ingérence et la manipulation de type russe lors des élections d’avril, et d’autres élections dans le monde, en interdisant toute publicité politique anonyme. En d’autres termes, lorsque les utilisateurs de Facebook sont invités dans des publicités sur la plateforme à soutenir ou à s’opposer à des candidats ou à des partis, ils seront en mesure d’identifier la personne qui les pousse à agir en conséquence. C’est d’autant plus vital pour les élections d’avril depuis que le parti au pouvoir, le Likud de Netanyahu, le mois dernier, a rejeté de manière inexplicable un appel de la Commission électorale centrale à appliquer des normes de transparence de base aux campagnes en ligne – ce qui est inexplicable, comme l’a fait remarquer Tehilla Shwartz Altshuler, experte de l’Institut israélien de la démocratie, sauf si le Likud prévoit d’utiliser certaines des méthodes douteuses du style russe qui ont gagné en importance lors des élections américaines de 2016. (Le Likud a été le seul parti de la Knesset sortante à refuser la demande de la commission électorale centrale.)

Mais si l’annonce de Facebook semblait indiquer que la plateforme de réseaux sociaux apprenait ses leçons et qu’elle était vraiment déterminée à mettre fin à la désinformation et à l’ingérence, les petits caractères racontaient une toute autre histoire. Les nouvelles règles interdisant les publicités anonymes en Israël ne devraient entrer en vigueur qu’en mars – vers la fin de la campagne. Interrogé par le Times of Israel pour savoir s’il était même prêt à préciser quand exactement en mars, Facebook a maintenu son silence hautain et coutumier.

Photo de couverture de Facebook Tel Aviv. (Facebook)

Dans le contexte israélien en général, Facebook est tout simplement un lieu clos. Ses responsables en Israël ont refusé avec insistance les demandes répétées du Times of Israel pour des interviews sur les politiques de l’entreprise et les mesures qu’elle prend pour se défendre contre l’ingérence politique, la désinformation et autres abus – qu’ils proviennent de l’intérieur ou de l’extérieur du pays.

Et il refuse de divulguer les pages qu’il supprime à la demande de la Direction nationale de la cyber-défense, l’organisme du Cabinet du Premier ministre chargé de tous les aspects de la cyber-défense dans le domaine civil. En octobre dernier, avant les élections municipales nationales, par exemple, Facebook a supprimé des milliers de faux comptes de profil créés pour diffuser de fausses informations sur les candidats politiques israéliens à la demande de la Direction nationale de la cyber-défense, mais ni cette dernière ni Facebook n’étaient disposés à fournir de détails sur ces comptes supprimés et ceux qui ne l’ont pas été, et sur quels critères. (La responsable des politiques et des communications de Facebook en Israël est Jordana Cutler, ancienne collaboratrice de l’ambassadeur américain Ron Dermer et membre de l’équipe de campagne du Likud lors des élections de 2009.)

On ne sera pas dupé ?

Nous tous, y compris le présent auteur, aimerions croire que nous sommes des consommateurs avertis et intelligents de nouvelles et d’information. Sans doute beaucoup d’entre vous se sont dit, en lisant mes descriptions de ce que vous savez maintenant être de fausses histoires sur Liberman l’espion et Yair Netanyahu le chrétien, que vous n’auriez jamais cru un seul instant de telles histoires si elles apparaissaient sur vos fils Twitter ou Facebook. En effet, il se peut que vous ne le feriez pas.

Êtes-vous tout à fait certain que, si vous aviez lu quelque part, dans un article apparemment crédible, que l’ancien chef du Mossad l’avait traité d’espion, vous n’auriez peut-être pas changé d’avis sur Liberman ?

Mais lorsque la désinformation est à la fois implacable et soigneusement ciblée, elle a un effet avéré.

Dans une campagne visant à encourager les Britanniques à voter pour le Brexit – pour quitter l’Union européenne – « les trolls russes et iraniens d’Internet ont envoyé plus de 10 millions de Tweets… y compris une journée de blitz le jour du vote sur le Brexit », a rapporté en octobre, le quotidien britannique The Telegraph, citant des informations de Twitter. « L’Agence de recherche sur Internet, ‘l’usine à trolls’ russe et un groupe distinct de pirates iraniens ont utilisé des réseaux de comptes Twitter pour diffuser des informations qui sèment la zizanie », ajoute le rapport, en écho à ce qui se passe dans la sphère israélienne, où « certains messages proviennent de comptes se faisant passer pour des organes de presse ou des journalistes ». La campagne « usine à trolls » a-t-elle eu un effet ? Dans un document de travail de mai 2018, le National Bureau of Economic Research des États-Unis a estimé que les robots Twitter « ont augmenté de 1,76 point de pourcentage la part des votes en faveur du Brexit », a rapporté Bloomberg – un chiffre extrêmement significatif, étant donné que le Brexit a été approuvé par un score serré de 51,9 % contre 48,1 %

Le même document du National Bureau of Economic Research estime que les robots Twitter « peuvent expliquer 3,23 points de pourcentage du vote réel pour Trump dans la course présidentielle américaine », selon le rapport Bloomberg.

La façade de la pizzeria Comet Ping Pong, à Washington, le lundi 5 décembre 2016. Pour les théoriciens du complot, « Pizzagate » ne s’est pas terminé lorsqu’un homme a apporté une arme à feu dans un restaurant de Washington dans une tentative malavisée de sauver des enfants esclaves sexuels. Au lieu de cela, la fusillade a ravivé la confiance dans les affirmations sans fondement. Sur les blogs, les chaînes YouTube et les émissions de radio sur Internet consacrées aux théories du complot, certains voient celle d’Edgar Maddison Welch comme le dernier « faux drapeau ». C’est un terme qui désigne un camouflage ou une distraction orchestrée par le gouvernement ou d’autres puissants personnages. (AP Photo/Jose Luis Magana)

Mais pour trouver un exemple amèrement concret de fausses nouvelles carrément ridicules qui gagnent néanmoins en crédibilité et entraînent des conséquences réelles et violentes, ne cherchez pas plus loin que le Pizzagate – la théorie du complot diffusée par les réseaux sociaux et de faux sites web d’information selon laquelle Hillary Clinton dirigeait un réseau pédophile depuis la cave d’une pizzeria de Washington, DC.

Un réel consommateur de cette folle désinformation est allé sur place et a fait feu sur la pizzeria.

Sur cette photo du 9 décembre 2016, on peut voir des fleurs et des messages laissés par des sympathisants à l’extérieur de Comet Ping Pong, la pizzeria du nord-ouest de Washington, où un habitant de Caroline du Nord a tiré plusieurs fois avec une arme d’assaut, en voulant faire « son enquête personnelle » sur la théorie du complot connue sur le réseau Twitter comme « Pizzagate ». (AP Photo/Jessica Gresko)

Êtes-vous tout à fait certain que, si vous aviez lu quelque part, dans un article apparemment crédible, que l’ancien chef du Mossad l’avait traité d’espion, vous n’auriez peut-être pas changé d’avis sur Liberman ? Quelque part au fond de vous ? Assez pour planter une graine de doute ? Assez pour, peut-être, vous faire réfléchir à deux fois avant de voter pour lui si vous aviez jusqu’à présent envisagé de le faire ?

Nous avons été prévenus

Pendant quelques jours le mois dernier, les médias israéliens se sont fortement concentrés sur un avertissement lancé par le chef de l’agence de renseignement nationale du Shin Bet selon lequel « un pays étranger » a l’intention d’intervenir dans les élections israéliennes via l’ingérence en ligne. Nadav Argaman a précisé de quel pays il parlait et a dit qu’il était certain à 100 % de la tentative à venir, sur la base d’informations précises. La Russie, sans y être invitée, s’est empressée d’affirmer qu’elle n’avait pas cette intention – en fait, qu’elle n’a jamais fait et ne fera jamais une telle intervention lors des élections de quiconque.

Le chef du Shin Bet Nadav Argaman, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie de remises de distinction organisée au siège du Shin Bet, à Tel Aviv, le 4 décembre 2018 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

La censure militaire israélienne continue d’interdire aux journalistes de préciser si Argaman faisait effectivement référence à la Russie. Les fondements de cette censure sont discutables. Ce qui n’est pas discutable, c’est que la cyber-direction d’Israël, dont le but est de défendre les civils israéliens contre les attaques en ligne, et d’autres organismes pertinents, doivent compléter les efforts du ministère des Affaires étrangères pour garantir que l’intervention échoue. Pour garantir cette assurance, il est essentiel d’investir toutes les ressources nécessaires pour permettre l’identification rapide et de contrecarrer de fausses histoires conçues pour fausser nos préférences avant le vote, et la réitération de l’exigence que des plateformes comme Facebook instituent l’exigence tout à fait démocratique d’identifier les commanditaires de toute publicité politique.

Au lieu de cela, le porte-parole de la commission électorale centrale a reconnu au Times of Israel le mois dernier qu’elle essayait d’élaborer un plan pour se prémunir contre les ingérences, mais qu’elle n’avait pas les outils nécessaires pour faire son travail. Pour sa part, le juge qui préside la commission a été réduit à plaider pour la sauvegarde du processus démocratique.

Le président de la Commission électorale centrale, le juge de la Cour suprême Hanan Melcer (à gauche) rencontre la directrice des élections de Facebook, Katie Harbeth, le 3 février 2019. (Autorisation)

Après le rejet par le Likud, le mois dernier, de sa demande d’accepter d’appliquer au moins des normes élémentaires de transparence aux campagnes en ligne, le juge Hanan Melcer de la Cour suprême a dû cette semaine demander à Facebook d’avancer son interdiction des annonces politiques anonymes et accélérer l’introduction de nouveaux outils et restrictions destinés à prévenir toute interférence étrangère lors des élections – le contrôleur des élections israéliennes a adressé des demandes concrètes au géant des réseaux sociaux qui a reconnu avoir facilité la fraude électorale ailleurs et ne voit apparemment pas l’urgence d’empêcher la même fraude électorale de se produire ici. Fidèle à sa réputation de forteresse, Facebook a simplement promis de lui donner une réponse dans un avenir proche.

Qu’y a-t-il d’autre, déguisé en reportage factuel, qui n’a pas encore été signalé comme faux ?

J’ai commencé cet article par des exemples précis de fausses nouvelles qui ont été repérées et discréditées avant d’entrer dans le courant dominant et d’embrouiller la tête des gens. Ce qui m’inquiète à la fin, c’est la question de savoir ce qu’il y a d’autre dehors, déguisé en reportage factuel, qui n’a pas encore été signalé comme faux – en d’autres termes, ce qui nous embrouille la tête en ce moment.

Et ce qui devrait nous troubler tous, Israéliens, alors que nous nous préparons à exercer notre droit de vote, c’est qu’Israël reste vulnérable à l’abus constant de notre processus démocratique en ligne. Comme le soulignent les exemples que nous connaissons, c’est déjà en train de se produire. Cela en dépit du fait que nous savons que la Russie a inventé de fausses histoires et de la désinformation qui ont embrouillé la tête des électeurs lors des élections américaines, des élections présidentielles françaises et du vote sur le Brexit au Royaume-Uni. Et en dépit de l’avertissement explicite de notre chef du renseignement national selon lequel la même chose a été projetée par un pays étranger pour notre électorat également.

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