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L’importation de fruits et légumes compromettrait la sécurité alimentaire – Rapport

Selon l'Institut Shoresh pour la recherche socio-économique, les fournisseurs de Turquie, d'Égypte et de Jordanie sont moins bien préparés au dérèglement climatique

Des agriculteurs bloquant le carrefour Bilu dans le cadre des manifestations organisées dans tout le pays contre le projet des ministères des Finances et de l'Agriculture d'ouvrir le marché des fruits et légumes à l'importation, le 29 juillet 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Des agriculteurs bloquant le carrefour Bilu dans le cadre des manifestations organisées dans tout le pays contre le projet des ministères des Finances et de l'Agriculture d'ouvrir le marché des fruits et légumes à l'importation, le 29 juillet 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Le projet du gouvernement d’ouvrir le marché des fruits et légumes aux importations étrangères pourrait faire baisser les prix à court-terme mais mettre en danger la sécurité alimentaire du pays à long terme, prévient un nouveau rapport.

Israël importe déjà près de la moitié de sa nourriture – bien plus que la moitié si l’on tient compte de l’importation d’aliments pour animaux, indique l’Institut Shoresh pour la recherche socio-économique, un centre de recherche indépendant et non-partisan.

Mais il s’approvisionne lui-même de la plupart de ses produits agricoles frais.

Dans une démarche à laquelle s’opposent les agriculteurs, les ministères de l’Agriculture et des Finances ont fait pression pour supprimer les droits de douane à l’importation de produits frais afin de faire baisser les prix et de contribuer ainsi à la réduction du coût de la vie.

Mais, prévient le rapport, publié la semaine dernière, les principaux fournisseurs probables – la Turquie, la Jordanie et l’Égypte – sont moins préparés au dérèglement climatique qu’Israël, peuvent fluctuer dans leurs relations diplomatiques avec Israël, et peuvent ne pas contrôler efficacement les normes environnementales et sanitaires de leurs agriculteurs.

« En fin de compte, même si la réforme permettra d’obtenir des fruits et légumes moins chers à court-terme, elle met en danger la sécurité alimentaire en Israël à long-terme », écrit le professeur Ayal Kimhi, vice-président de Shoresh et membre du département d’économie et de gestion de l’environnement de l’Université hébraïque de Jérusalem.

La sécurité alimentaire se définie comme une situation dans laquelle toutes les personnes, à tout moment, ont un accès physique, social et économique à une nourriture suffisante, sûre et nutritive qui répond à leurs préférences et à leurs besoins alimentaires pour mener une vie saine et active.

Illustration : Des fruits et légumes sur le marché de Mahane Yehuda, le 13 octobre 2017. (Crédit : Times of Israel/Stuart Winer)

Kimhi ajoute que la suppression des obstacles aux importations de produits alimentaires en général expose potentiellement le pays à des risques mondiaux liés au dérèglement climatique, aux conflits et aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement du type de celles provoquées par la pandémie de COVID et l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Le rapport constate que les fruits et légumes en Israël sont déjà plus abordables que dans d’autres pays développés, ce qui soulève la question de la probabilité que la suppression des barrières à l’importation réduise davantage les prix.

Kimhi appelle à la création d’une autorité gouvernementale chargée de superviser la formulation d’une stratégie de sécurité alimentaire, de fixer des objectifs et d’en superviser la mise en œuvre.

Un verger de citrons en Galilée, dans le nord d’Israël. (Crédit : David Shankbone, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Pendant les quatre premières décennies d’Israël, la quantité de production agricole a augmenté plus rapidement que la population du pays, note le rapport.

Aujourd’hui, cette situation s’est inversée.

Alors que la population devrait doubler d’ici 2065, selon le Bureau central des statistiques (CBS), la productivité totale des facteurs agricoles (qui mesure la production par rapport aux intrants) n’a augmenté que de 3,4 % entre 2012 et 2021 – l’un des taux de croissance les plus faibles de l’OCDE. Cette situation, a écrit Kimhi, est due à une baisse du financement public de la recherche et du développement, et au dérèglement climatique, dont les effets se traduisent déjà par des dommages sur les cultures.

Israël se classe 5e parmi les 32 pays de l’OCDE pour la disponibilité alimentaire, 7e pour l’accessibilité financière, 10e pour la qualité et la sécurité, mais 31e pour les ressources naturelles et la résilience, souligne Kimhi. Cette dernière catégorie comprend l’exposition à la hausse des températures et à la sécheresse, les risques pour la qualité et la quantité d’eau destinée à l’agriculture, ainsi que les problèmes liés à la terre, comme la dégradation des sols.

Le secteur agricole perd des terres au profit de logements et d’autres types de développement, en particulier dans les régions centrales. L’eau naturelle qui pourrait être utilisée pour l’agriculture est de plus en plus détournée pour d’autres usages, et l’eau dessalée qui la remplace coûte beaucoup plus cher, note Kimhi.

Bien qu’Israël soit techniquement capable de produire lui-même des aliments qui satisferont la plupart des besoins nutritionnels de ses résidents, ce n’est pas réaliste et la question la plus pertinente est de savoir quelles cultures peuvent être produites en Israël à un coût raisonnable, en tenant compte à la fois des alternatives actuelles et des risques futurs.

« Si la production locale de produits agricoles frais doit être maintenue, les agriculteurs doivent être assurés d’un revenu raisonnable », a écrit Kimhi.

Il note que l’une des composantes de la réforme agricole proposée par les ministères des Finances et de l’Agriculture consiste à augmenter le budget de la R&D et des investissements en capital.

Mais il estime que ces mesures n’auront probablement pas d’effet avant que les importations – si elles sont moins chères à court-terme, comme cela est prévu – n’aient entraîné la faillite de nombreuses exploitations, en particulier les petites exploitations familiales.

Kimhi note que, lorsqu’on compare les prix d’un panier alimentaire qui fournit tous les nutriments nécessaires, les prix en Israël sont plus bas que dans la plupart des pays de l’OCDE. En outre, a-t-il écrit, entre 2017 et 2020, le prix moyen d’un panier alimentaire sain en Israël a augmenté d’un peu plus de 2 %, soit beaucoup moins que dans la plupart des pays développés.

Un jeune garçon mangeant au centre Yad Ezra VeShulamit à Jérusalem, qui sert chaque jour un déjeuner chaud à plus de 1 200 enfants vivant sous le seuil de pauvreté, le 27 septembre 2011. (Crédit : Uri Lenz/FLASH90)

« Cela implique que le problème des ménages les plus démunis – qui ne peuvent pas se permettre un panier alimentaire sain – n’est pas un problème d’augmentation des prix mais de pouvoir d’achat », explique-t-il.

« Israël étant l’un des pays les moins égalitaires du monde développé, il a besoin d’une politique axée sur ses groupes de population les plus démunis afin de les aider à obtenir un panier alimentaire répondant à leurs besoins. »

Le système actuel de contrôle des prix, qui vise à permettre aux communautés les plus pauvres d’acheter des produits de base, a tendance à couvrir des aliments qui ne sont pas considérés comme sains, tels que le pain blanc, le sel, le beurre, la crème et les fromages à pâte dure, qui sont tous riches en graisses, fait-il valoir.

En outre, la politique d’aide alimentaire aux familles nécessiteuses n’est pas bien budgétisée et doit être revue. L’éducation et la défense de la nutrition (y compris la limitation de la publicité pour les aliments nocifs) devraient faire partie intégrante de la politique alimentaire, affirme-t-il. Des incitations économiques, telles que la taxation des produits dits « nocifs » et le contrôle des prix des produits sains, devraient également être envisagées.

En 2021, environ 265 000 familles en Israël – soit environ 8 % de la population – souffraient d’une insécurité alimentaire considérable, dont seulement 11 000 environ recevaient une aide financière mensuelle, note le rapport.

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