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Analyse

L’invitation de Biden, sur fond de réforme et de nouvelles implantations, intrigue

Selon un officiel américain, l'administration voulait dévier l'attention de la rebuffade et la recentrer sur les politiques irresponsables d'Israël, aucune date n'a été fixée

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président américain Joe Biden fait un signe de la main alors qu'il marche avec la première dame Jill Biden pour monter à bord de Marine One sur la pelouse sud de la Maison Blanche à Washington, le vendredi 14 juillet 2023, alors qu'ils se dirigent vers Camp David pour le week-end. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)
Le président américain Joe Biden fait un signe de la main alors qu'il marche avec la première dame Jill Biden pour monter à bord de Marine One sur la pelouse sud de la Maison Blanche à Washington, le vendredi 14 juillet 2023, alors qu'ils se dirigent vers Camp David pour le week-end. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)

La décision prise lundi par le président américain Joe Biden de gratifier le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’une invitation à une rencontre après presque sept mois a semblé inopportune, pour ne pas dire hors sujet.

Fin mars, Joe Biden déclarait qu’une invitation de la Maison Blanche n’était pas prévue « dans un avenir proche », et exhortait Netanyahu à « renoncer » au projet de loi de réforme du système judiciaire de sa coalition, qui, craignait-il, menaçait la viabilité de la démocratie israélienne. La semaine dernière, le président américain a déploré le caractère « extrémiste » de la coalition de Netanyahu, et plus particulièrement la conviction de certains de ses membres qu’ils pouvaient « s’installer où ils voulaient » en Cisjordanie tout en refusant aux Palestiniens le droit d’occuper ces mêmes terres.

Depuis ces déclarations, la situation en Israël n’a pas vraiment évolué sur ces deux points. Netanyahu avait toutefois accepté de suspendre temporairement le projet de refonte afin de mener des négociations avec l’opposition en vue de parvenir à un compromis sur la refonte judiciaire ; or, ces négociations ont échoué le mois dernier. Depuis, la coalition a relancé l’avancement du projet de loi sur un des volets de la réforme, sans le consensus que Jérusalem avait assuré à Washington qu’elle rechercherait. Elle prévoit de la soumettre à la Knesset pour un vote final d’ici la fin de la semaine.

En Cisjordanie, le gouvernement a autorisé la construction d’un plus grand nombre d’implantations au cours des six derniers mois qu’il ne l’avait jamais fait au cours d’une année civile entière, et il a octroyé au ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui est favorable à l’annexion, des pouvoirs considérables sur ce dossier. Les autorités israéliennes ont par ailleurs autorisé cette semaine des habitants d’implantations ultra-nationalistes à s’emparer illégalement d’une propriété, déclarée zone militaire fermée, dans la ville d’Hébron.

Et c’est cette semaine que Joe Biden a choisi d’annoncer qu’il mettait fin à ses réticences à rencontrer Netanyahu. L’invitation – faite lors d’un appel téléphonique entre les deux hommes – a été lancée juste avant la dernière des « journées de résistance » organisées par le mouvement de protestation contre les réformes, au risque de discréditer les manifestants, qui avaient exhorté les Etats-Unis à intervenir, et que l’administration avait salué comme un exemple de la force de la démocratie israélienne.

Netanyahu a semblé remuer le couteau dans la plaie en déclarant à Biden que la coalition adopterait la semaine prochaine le premier projet de loi de réforme, qui empêcherait les tribunaux d’annuler les mesures gouvernementales qui ne satisfont pas au test du « caractère raisonnable ». Le Premier ministre a toutefois rassuré le Président en lui disant qu’il s’efforcerait de faire adopter le reste du paquet avec un soutien plus large, une promesse qui a peut-être sonné creux étant donné que Netanyahu avait fait la même promesse au sujet du projet de loi sur le caractère « raisonnable ».

Le président américain Joe Biden, à gauche, serrant la main du chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 14 juillet 2022. (Crédit : Bureau du Premier ministre)

Les responsables américains qui ont parlé au Times of Israel après l’appel téléphonique ont néanmoins défendu la décision d’étendre l’invitation. Ils ont expliqué que plutôt que de représenter un cadeau pour Netanyahu, ils ont annoncé cette invitation en raison de l’attention soutenue portée au refus présumé de Biden, ce qui a détourné l’attention de la politique de la coalition israélienne la plus dure.

« Nous étions devenus le centre de l’attention, et ce n’était pas ce que nous voulions », a déclaré un haut fonctionnaire américain. « Maintenant, nous avons écarté cette question de la table ».

La non-invitation menaçait déjà d’assombrir la visite du président Isaac Herzog à Washington avant même son arrivée mardi, la presse israélienne se focalisant sur le moindre signe de fracture dans l’alliance américano-israélienne. L’administration pensait que la présence de Herzog, une personnalité sans grand pouvoir politique, pour sa deuxième visite à la Maison Blanche en moins de neuf mois et pour le deuxième discours jamais prononcé par un président israélien devant une session conjointe du Congrès, aurait démontré la solidité des relations entre les Etats-Unis et Israël. Mais l’attention des médias a surtout porté sur l’absence de Netanyahu, a indiqué une seconde source au fait du dossier.

Selon cette dernière, la Maison Blanche s’est bien gardée de préciser la date et le lieu de la rencontre. Elle a comparé l’invitation à celle envoyée par le secrétaire d’État américain Antony Blinken au président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas en février, alors que Washington tentait de convaincre Ramallah de retirer son soutien à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui condamnait la construction d’implantations israéliennes. Cette rencontre n’a pas encore eu lieu et la Maison Blanche n’a pas encore indiqué quand elle pourrait avoir lieu.

En ce qui concerne Netanyahu, les responsables de Joe Biden se sont contentés de dire que la rencontre aura lieu aux Etats-Unis à l’automne, ce qui laisse supposer qu’il s’agira de l’une des nombreuses réunions que le président américain organise avec des dirigeants étrangers en marge de la semaine consacrée à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre.

Contrairement à la version israélienne de l’appel Biden-Netanyahu, un communiqué de la Maison Blanche n’a pas fait mention de l’invitation. Interrogé sur la rencontre prévue, le porte-parole du Conseil national de sécurité américain, John Kirby, s’est empressé de souligner que cela « ne signifie pas que … nous sommes moins préoccupés par ces réformes judiciaires ou moins préoccupés par certaines activités et comportements extrémistes de certains membres du cabinet de Netanyahu ».

Des Israéliens protestant contre les plans du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à réformer le système judiciaire se battant avec la police à Tel Aviv, en Israël, le 18 juillet 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)

Le haut responsable américain qui s’est entretenu avec le Times of Israel a ajouté que l’invitation ne devait pas être interprétée comme un aval de Biden à la décision de Netanyahu d’adopter unilatéralement la première étape de la refonte. Le responsable a reconnu que les États-Unis n’allaient pas s’opposer à Israël sur des textes législatifs spécifiques, mais que « les adopter unilatéralement n’a pas vraiment bien fonctionné pour Israël non plus », a-t-il déclaré, faisant référence à l’impact que le mouvement de protestation a eu sur l’économie du pays et sur son armée.

La seconde source a admis qu’il y avait également des considérations de politique intérieure en jeu pour Biden, qui ne veut pas être perçu comme excessivement opposé à Israël alors que la campagne présidentielle de 2024 va commencer.

La source a refusé de dire si son administration avait reçu quoi que ce soit de Netanyahu en échange de l’invitation.

Un autre haut fonctionnaire de l’administration américaine, qui a donné des informations aux journalistes après l’appel, a souligné la récente décision du cabinet israélien d’empêcher l’effondrement de l’Autorité palestinienne. Toutefois, même ce responsable a reconnu que le gouvernement de Netanyahu avait simplement accepté « d’envisager de nouvelles mesures pour soutenir les moyens de subsistance des Palestiniens » et n’avait encore rien approuvé.

En février, le bureau de Netanyahu a dévoilé un plan prévoyant un certain nombre de mesures visant à soutenir l’économie de l’Autorité palestinienne et à alléger sa charge fiscale. Mais bien qu’un haut fonctionnaire du Conseil national de sécurité israélien ait déclaré en avril que les mesures avaient reçu l’approbation finale, elles n’ont pas encore été pleinement mises en œuvre, a déclaré lundi un fonctionnaire palestinien au Times of Israel.

A LIRE : Netanyahu évoque sa vision d’une future « entité palestinienne infranationale »

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