Israël en guerre - Jour 196

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Malgré le vandalisme et les manifestations, la galerie new-yorkaise Pace expose une artiste israélienne

L'exposition de Michal Rovner « Pragim » se tient depuis le 7 mars malgré les exactions de manifestants anti-Israël contre des galeries d'art suite aux atrocités du Hamas

« Signalisation » de Michal Rovner lors de sa projection au Musée d'art de Tel Aviv, le 12 janvier 2024. (Avec l'aimable autorisation du Musée d'art de Tel Aviv/Photo de Yaron Eini)
« Signalisation » de Michal Rovner lors de sa projection au Musée d'art de Tel Aviv, le 12 janvier 2024. (Avec l'aimable autorisation du Musée d'art de Tel Aviv/Photo de Yaron Eini)

Une trentaine de manifestants anti-Israël ont brièvement perturbé le vernissage de l’exposition consacrée à l’artiste israélienne Michal Rovner, « Pragim », au siège mondial de la célèbre galerie d’art Pace, le 7 mars, avant d’être conduits dans une autre zone par le personnel de la galerie.

Avant cela, des actes de vandalisme ont émaillé la campagne de communication de l’exposition de Rovner par Pace. Il y a de cela deux mois, dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 janvier, la galerie de Chelsea, à Manhattan, a été dégradée, recouverte de graffitis et placardée d’affiches anti-Israël.

« Nous accusons la Pace Gallery et la sioniste Michal Rovner de : génocide, épistémicide, pillage, incitation à la haine, déshumanisation, révisionnisme historique », pouvait-on lire sur l’une des affiches apposées sur le 540 West 25th Street, dans le quartier de Chelsea à Manhattan. « Intifada » et « Free Gaza » avaient par ailleurs été tagués sur la façade du bâtiment, en plus d’éclaboussures de peinture rouge pour figurer des tâches de sang.

« Les actes de vandalisme ont été suffisamment importants pour imposer la fermeture de la galerie », a annoncé Pace dans un communiqué le 27 janvier. « Notre galerie est une communauté faite d’artistes et d’employés, dont nombre d’entre eux s’intéressent beaucoup aux questions socio-politiques et sont à l’écoute des événements mondiaux. Cette diversité est faite de points de vue différents. En cas de désaccord, nous privilégions un dialogue civique constructif. »

L’exposition « Pragim » est visible à la galerie Pace jusqu’au 18 avril prochain.

Ces actes de vandalisme, perpétrés anonymement, étaient une réponse à la publication de Pace, le 15 janvier sur Instagram, évoquant l’installation vidéo de Rovner à Times Square intitulée « Signaling » (2023). Des captures d’écran des commentaires de cette publication Instagram ont été collées sur la galerie, qui présente le travail de Rovner depuis 20 ans.

« Signaling » a été projeté pour la première fois en décembre sur le campus de l’Académie des arts Bezalel, où Rovner a obtenu son diplôme, avant d’être projeté simultanément à Times Square et sur la façade du Musée d’art de Tel Aviv pendant le week-end du 12 janvier.

Cette installation avait vocation à prendre acte des 100 premiers jours de captivité des 134 otages toujours aux mains du Hamas à Gaza, qui ne seraient pas tous vivants. Ils ont été kidnappés lors des atrocités du 7 octobre, lorsque des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut la frontière avec Israël, tuant 1 200 personnes et en enlevant 253, essentiellement des civils, sur fond d’extrêmes brutalités – viols, tortures et mutilations -.

Dans « Signalisation », on voit des rangées de silhouettes humaines représentées de manière abstraite – une constance dans l’œuvre de Rovner – agiter les mains et faire bouger leur corps tandis que des lumières rouges scintillent à l’intérieur de leur corps.

« Ces mouvements de la main sont le code universel pour appeler à l’aide, un signal de détresse. Attention ! Je suis là, regardez-moi, ne m’oubliez pas », a expliqué Rovner. « La couleur rouge est celle de la chaleur corporelle, et son mouvement est comme une respiration accélérée, un pouls qui bat. C’est aussi la couleur de l’urgence, du danger : ce sont des lumières rouges qui s’allument en cas d’urgence, des signaux d’alarme.

Michal Rovner, lauréate du Prix Israël, après la cérémonie de remise du Prix Israël à Jérusalem, le jour de l’indépendance d’Israël, le 26 avril 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’artiste est lauréate du Prix Israël 2023 et a fait l’objet d’expositions au Louvre, à l’Art Institute of Chicago, au Stedelijk Museum d’Amsterdam, au musée du Jeu de Paume de Paris et au Whitney Museum of American Art. Elle a également représenté Israël à la 50e Biennale de Venise.

Le vandalisme de la galerie Pace fait écho aux nombreux incidents similaires qui ont affecté des galeries d’art et institutions culturelles new-yorkaises dès le mois de décembre.

Le 6 décembre dernier, la galerie Lévy Gorvy Dayan – propriété de Dominique Lévy, Brett Gorvy et Amalia Dayan, la petite-fille de l’ex-ministre israélien de la Défense Moshe Dayan – a été vandalisée après leur réponse écrite à une lettre ouverte publiée dans Artforum, le 19 octobre, qui appelait à la fin du « silence institutionnel autour de la crise humanitaire », sans mention des atrocités commises par le Hamas le 7 octobre. La galerie avait été couverte d’une fausse lettre d’excuses pour sa propre lettre d’Artforum qui disait, entre autres, « Nous nous sommes trompés ».

À la mi-janvier, plusieurs galeries du quartier chinois (dont le 56 Henry, Essex Street, Fierman, King’s Leap, Lyles and King, Maxwell Graham et No Gallery) ont été recouvertes d’affiches peu de temps avant le vernissage de leur première exposition de l’année. Ces affiches disaient : « Ne vendez pas d’art aux sionistes », « Le sionisme est du terrorisme » et « Vous avez du sang sur les mains ».

Ces actes n’ont pas été revendiqués, mais deux jours après les incidents de Chinatown, des photos des galeries vandalisées ont été publiées sur le compte Instagram d’un groupe appelé Écrivains contre la guerre à Gaza, assorties d’un commentaire disant qu’ils étaient « l’oeuvre d’un groupe autonome d’activistes palestiniens et de POC [personnes de couleur] ». Le même compte a publié un message, le 28 janvier, disant que « les activistes étaient parvenus à faire fermer la galerie Pace ».

Des musées new-yorkais ont également été pris pour cibles, comme c’est le cas de la Neue Galerie (fondée par Ronald S. Lauder, président du Congrès juif mondial) ou encore de la Dia Art Foundation. Le 10 février, le Musée d’art moderne a dû fermer ses portes lorsque 500 à 800 manifestants ont investi l’atrium et manifesté contre les investissements des administrateurs du musée dans des technologies militaires israéliennes.

Deux jours plus tard, une discussion au Musée juif entre la peintre israélienne Zoya Cherkassky et le directeur du musée James S. Snyder, au sujet de l’exposition de l’artiste intitulée « 7 octobre 2023 », était interrompue par des manifestants.

L’exposition consacrée à l’oeuvre de Rovner, dont le principe avait été acté en 2023, a ouvert ses portes le 7 mars, comme prévu, malgré les manifestants. Les œuvres de sa série « Pragim », dont certaines sont inédites, sont exposées au premier étage de l’espace phare de Pace. Inspirée par les coquelicots sauvages qui poussent non loin de son atelier, situé dans une ferme à mi-chemin entre Jérusalem et Tel Aviv, la série comprend des estampes, des œuvres vidéo et des installations.

« Transmission », de Michal Rovner, vidéo sur écran LCD. (Tous droits réservés, Michal Rovner/Artists Rights Society New York)

« La série ‘Pragim’ de Rovner offre une vision poétique de la nature actuelle », commente Marc Glimcher, PDG de Pace. « Avec son mouvement tout en staccato et sa forme fragile, le coquelicot, symbole du souvenir, est l’élément formel de ces sortes de tapisseries vidéo et photographies de l’incertitude. »

Les coquelicots fleurissent en Israël entre mars et juin et sont souvent confondus avec les anémones rouges, qui tapissent les champs du sud d’Israël entre janvier et février et attirent chaque année de nombreux amateurs lors du festival Darom Adom, annulé cette année du fait de la guerre.

« La guerre a eu un impact sur la vision de l’artiste sur ses œuvres ‘Pragim’ », peut-on lire dans le communiqué de presse de l’exposition, « car elles reflètent désormais aussi puissamment l’état d’agitation et d’angoisse qui affecte la région. »

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