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Mansour Abbas: Israël restera un État juif, mais quel statut pour le citoyen arabe ?

"La question n'est pas de savoir quelle est l'identité de l'État - il est né comme ça et il restera comme ça. La question est de savoir quel est le statut du citoyen arabe"

Mansour Abbas, chef du parti Raam, dirige une réunion de faction, au Parlement israélien, le 19 avril 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Mansour Abbas, chef du parti Raam, dirige une réunion de faction, au Parlement israélien, le 19 avril 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Le chef du premier grand parti arabe à entrer dans une coalition gouvernementale a déclaré mardi que le statut d’Israël en tant qu’État juif ne pouvait pas être changé, conseillant à la communauté arabe de suivre son approche pragmatique plutôt que d’essayer de remettre en cause l’identité du pays.

Les commentaires de Mansour Abbas, au cours d’une conférence organisée par le magazine Globes à Tel Aviv, s’inscrivent dans le droit fil de ses tentatives, pour améliorer l’image de sa communauté en travaillant au sein du gouvernement, – une stratégie que certains autres politiciens arabes ont critiquée en la qualifiant de vente de la cause nationale palestinienne.

« Israël est né en tant qu’État juif. Et c’était la décision du peuple juif, d’établir un État juif. La question n’est pas de savoir quelle est l’identité de l’État. C’est ainsi que l’État est né, et c’est ainsi qu’il restera », a déclaré Abbas, le chef du parti islamiste Raam.

Les Arabes israéliens se débattent depuis des décennies avec leur identité en tant que minorité nationale au sein de l’État ouvertement juif. Certains s’identifient comme Palestiniens, d’autres comme Arabes israéliens, et d’autres encore simplement comme Arabes ou Bédouins.

Illustration : Des enfants sont assis dans une salle de classe après le début précoce des cours dans une école du village bédouin de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 16 juillet 2018. (Abbas Momani/AFP)

Abbas a déclaré à l’auditoire qu’il avait protesté contre la loi de 2017 sur l’État-nation, qui a inscrit l’identité juive de l’État dans la législation. Mais il leur a également dit « de ne pas se donner d’illusions ».

« C’est la réalité. La question n’est pas de savoir quelle sera l’identité de l’État, mais quel sera le statut des citoyens arabes dans cet État », a déclaré M. Abbas.

Le parti Raam, d’Abbas, est le premier parti arabe israélien à rejoindre une coalition gouvernementale israélienne depuis des décennies. Depuis qu’il a rejoint la coalition en juin, Raam a cherché à promouvoir, des politiques qui bénéficient aux Arabes israéliens, tout en maintenant la cohésion du fragile gouvernement.

Pendant la campagne électorale de mars, il avait promis des résultats tangibles à ses électeurs, affirmant que son parti offrait une approche « réaliste » pour résoudre les problèmes quotidiens des communautés arabes, de la hausse de la criminalité à la grave pénurie de logements.

Un troupeau de moutons dans un village bédouin du désert du Neguev, dans le sud d’Israël, le 21 janvier 2017. (Crédit : Nati Shohat / Flash90)

Les détracteurs de l’islamiste affirment que renoncer à discuter de l’identité palestinienne n’aidera pas à obtenir des résultats pour les Arabes israéliens dans ce qui est fondamentalement un conflit national.

« La question du statut de la minorité palestinienne, en Israël, est fondamentalement liée à la définition de l’État en tant qu’État juif », a déclaré le député Sami Abou Shehadeh, qui représente la faction nationaliste Balad, du parti de la Liste arabe unie à la Knesset, en réponse aux remarques de M. Abbas mardi.

Abbas a fait des déclarations similaires ces dernières semaines aux médias de langue arabe, encourageant les Arabes israéliens à accepter la nature juive de l’État comme un fait sur le terrain.

« Israël est un État juif. C’est son identité, son essence. De leur point de vue, si sa nature juive disparaît, l’État aura également disparu. Que vous l’acceptiez ou non, c’est une question personnelle », a déclaré M. Abbas lors d’une interview accordée à la publication en langue arabe Kul al-Arab en novembre.

Le chef de Balad, Sami Abou Shehadeh, s’adresse aux électeurs à Arraba, le 13 mars 2021. (Liste arabe unie)

« La question essentielle pour nous, Arabes, est de savoir quel est notre statut dans ce pays. Point final. Page suivante », a déclaré M. Abbas. Il a également suggéré d’éviter ce qu’il considère comme des « batailles perdues ».

Cette position est ancrée dans la charte du parti Raam qui préconise l’utilisation de la citoyenneté arabe et de la participation politique aux institutions de l’État israélien comme un outil pratique pour faire progresser le statut des Arabes israéliens.

« Je me considère comme un citoyen à part entière de l’État d’Israël, et je veux bénéficier de tous mes droits. Quelle est la différence entre moi et [les autres politiciens arabes israéliens] ? J’utilise ma citoyenneté », a déclaré M. Abbas à Kul al-Arab.

Mais lors de son interview de novembre, M. Abbas avait pris soin d’ajouter qu’il n’avait pas non plus oublié son identité palestinienne.

« Mes droits ne viennent pas seulement de ma citoyenneté. Mes droits viennent aussi du fait que je suis un membre du peuple palestinien, un fils de cette patrie palestinienne. Et que nous le voulions ou non, l’État d’Israël, avec son identité, a été établi à l’intérieur de la patrie palestinienne », avait déclaré M. Abbas.

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