Miki Zohar ne voit pas comment empêcher le changement de gouvernement
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Miki Zohar ne voit pas comment empêcher le changement de gouvernement

"Parasites", "escrocs" aidés par "l'État profond" : les députés pro-Netanyahu opposés à la nouvelle coalition se déchaînent contre ses dirigeants, en particulier contre Bennett

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud Miki Zohar (à droite) à la Knesset, à Jérusalem, le 20 novembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud Miki Zohar (à droite) à la Knesset, à Jérusalem, le 20 novembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Miki Zohar, député du Likud, dirigeant de la coalition sortante, a déclaré mercredi qu’il ne pensait pas que le Premier ministre Benjamin Netanyahu puisse réussir à empêcher ses rivaux de former un « gouvernement de changement », qui verra le Premier ministre le plus pérenne de l’histoire du pays être destitué du pouvoir.

Dans une interview à la Douzième chaîne, il a été demandé à Zohar si Netanyahu et le Likud avaient encore des idées de stratégiques politiques pour parvenir à empêcher la création de la coalition dirigée par Naftali Bennett de Yamina et Yair Lapid de Yesh Atid, qui doit prêter serment dimanche.

« Non. Je ne pense pas », a répondu Zohar, ajoutant que Bennett et le leader de Tikva Hadasha, Gideon Saar, étaient allés trop loin pour pouvoir maintenant faire marche arrière.

« Bennett comprend qu’il a perdu tous ses partisans [s’il devait affronter à nouveau l’électorat lors d’une autre élection]. [L’ancien député du Likud] Gideon Saar a complètement renoncé à son idéologie de droite afin de mener sa vengeance personnelle et enfantine contre Netanyahu », a déclaré Zohar. « Et donc, je ne vois aucune alternative dans laquelle ils changeraient de cap ou annuleraient à la dernière minute. Ils ont pris leur décision [de chasser Netanyahu], acceptant le prix énorme qu’ils vont payer pour cela. »

Netanyahu et ses alliés ont travaillé intensément pour déjouer cette nouvelle coalition en tentant de convaincre certains députés qui en sont membres de renoncer à leur soutien.

Mais Zohar a déclaré que la décision du Likud de mardi de réserver trois places sur sa liste électorale à des éventuels transfuges « était une sorte d’effort de dernière minute, assez tardif et assez peu susceptible de réussir, en toute honnêteté ».

« J’ai bien sûr voté en faveur de cette décision afin de garder cette chance en vie, mais il était manifestement trop tard », a-t-il poursuivi. « Les choses là-bas [dans le bloc du changement] ont été scellées, et conduiront à un gouvernement [de changement]. »

Il a également exprimé son soutien au maintien de Netanyahu en tant que président du Likud pour diriger le parti depuis les bancs de l’opposition « jusqu’à ce que nous puissions renverser ce gouvernement lâche qui a été formé ».

« Au moment où ce gouvernement tombera et que nous nous dirigerons vers des élections, nous pourrons avoir des primaires à la direction [du Likud]… et Netanyahu sera à nouveau choisi », a déclaré Zohar, tout en soulignant qu’à son avis, il n’y avait pas besoin de primaires au Likud, car Netanyahu était le chef élu du parti.

Les députés du Likud Shlomo Karhi (à gauche) et Galit Distel assistent à une réunion du comité des Arrangements à la Knesset, à Jérusalem, le 9 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les remarques de Zohar surviennent alors que la commission des Arrangements de la Knesset a approuvé lors d’une réunion houleuse la prestation de serment du nouveau gouvernement dimanche à 16h, après que la date a été fixée par Yariv Levin, président de la Knesset membre du Likud.

Les membres des partis pro-Netanyahu qui appartiennent au gouvernement sortant ont vivement attaqué la nouvelle coalition, conduisant la présidente de la commission, Karine Elharrar (Yesh Atid), à leur demander de modérer leurs propos.

« Ce gouvernement est en train d’être formé avec l’énorme soutien de l’accusation, qui a mené à bien un processus de l’État profond, qui devient de plus en plus clair », a déclaré Galit Distel Atbaryan, députée du Likud, citée par la Douzième chaîne. Elle faisait apparemment référence au procès en cours pour corruption contre Netanyahu, que le Premier ministre et ses partisans ont défini comme un complot du parquet, de la police et des médias visant à renverser le Premier ministre.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Netanyahu lui-même a déclaré cette semaine que le nouveau gouvernement, qui doit encore prêter serment, était de mèche avec un soi-disant « État profond ».

Accusant la coalition naissante d’avoir le soutien du ministère public et des médias, Distel Atbaryan a qualifié Saar et Bennett « d’opportunistes », qui sont « comme des parasites sur un organisme, qui ont détourné la confiance du public et ont transféré des votes de la droite à la gauche. Votre victoire est donc triste, faible et irréelle. »

S’adressant aux députés de la coalition du changement, Shlomo Karhi du Likud a déclaré : « Le gouvernement que vous allez mettre en place est un gouvernement qui ne sera pas établi sur un mandat pour le peuple, mais sur un mandat qui a été volé au peuple. »

Le député Michael Michaeli du parti ultra-orthodoxe Shas, allié au Likud de Netanyahu, a déclaré que, si dans le passé il était possible d’enseigner aux enfants que la voie pour devenir Premier ministre est de diriger le plus grand parti de la Knesset et de gagner la confiance du public, alors maintenant, la leçon sera : « Que plus vous êtes un escroc et un menteur, plus vous avez de chances de devenir plus rapidement Premier ministre. » Michaeli faisait référence à Bennett qui deviendrait Premier ministre alors qu’il a remporté seulement sept sièges à la Knesset, mais avec la défection d’Avraham Chikli, il n’en a que six.

Bennett, a-t-il accusé, est « un escroc qui a menti à ses électeurs et au peuple israélien – et nous devrons dire à nos enfants que cet escroc est Premier ministre parce qu’il a trompé tout le monde ».

Le député du Shas Michael Michaeli lors d’une réunion du comité des Arrangements à la Knesset, à Jérusalem, le 9 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La présidente du comité, Karine Elharrar, s’est emportée contre les députés. Tout en reconnaissant que les critiques étaient les bienvenues, elle a déclaré : « Il s’agit de la Knesset israélienne, essayons de nous assurer que les critiques sont formulées avec le bon langage. Appeler les gens par des noms péjoratifs n’est pas approprié. »

D’autres critiques ont été formulées, notamment de la part du ministre du Likud David Amsalem, qui s’est exprimé en séance plénière de la Knesset mercredi. Il a déclaré aux députés qu’il ne croyait pas que Bennett, un Juif orthodoxe, soit vraiment religieux.

David Amsalem, ministre des Communications, prend la parole lors d’une cérémonie au ministère des Communications à Jérusalem, le 10 juillet 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Quelle profanation du nom de Dieu commettez-vous », a déclaré Amsalem. « Je n’ai jamais cru qu’il était religieux. »

Alors qu’un changement de gouvernement est devenu de plus en plus probable, le discours de la droite est devenu de plus en plus alarmiste. Selon certains de ses représentants, un gouvernement réunissant la droite, le centre et la gauche pourrait condamner Israël et conduire le pays vers des temps sombres, et des manifestations de colère devant les domiciles des politiciens, l’incendie d’affiches politiques et des allégations de trahison émises via les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux ont été constatées.

Dimanche, May Golan, députée du Likud, a qualifié Bennett et Saar de « kamikazes » lors d’une interview avec la chaîne de la Knesset.

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